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Enquête : La musique haïtienne est-elle promue à la radio dans nos émissions de variétés ?

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Pourquoi la musique étrangère occupe t-elle beaucoup plus d’espace sur les ondes de nos radios? L’enquête suivante pointe du doigt cette anomalie et propose des pistes de réflexion aux acteurs concernés.

 

En avril 2017, le Sénat haïtien vote à l’unanimité une proposition de loi relative à la promotion de la culture et à l’aide aux artistes et aux artisans. * Initiée par le sénateur-chanteur Gracia Delva, elle stipule en son article 22 que « Le quota de diffusion de la musique haïtienne sur les stations de radio et de télévision est fixé à 70 %. » Cette intéressante proposition, qui attend son adoption à la Chambre basse, représente une innovation dans la promotion de la musique nationale. Elle soulève aussi la question du pourcentage de musique haïtienne diffusée actuellement à la radio.

Pour tenter de fournir une réponse, de juillet à octobre 2018, j’ai mené une petite enquête non scientifique sur cinq stations de radios de Port-au-Prince. Je voulais noter le pourcentage de diffusion de musique haïtienne dans des émissions de variétés.

J’ai écouté les émissions une seule fois au hasard d’un jour particulier, de 7 h du matin à minuit,  du lundi au vendredi. L’horaire était fonction des contraintes personnelles et non des besoins de l’enquête. Subjectivement, j’ai sélectionné cinq stations de radio de grande écoute :

  • Radio Kiskeya
  • Radio Vision 2000
  • Radio Caraïbes
  • Radio Métropole
  • Radio Nationale

J’ai exclu les émissions spécialisées en un type particulier de musique du terroir (konpa, racine, musique traditionnelle, etc.) ou en spécificités de musiques internationales (musiques américaines, latines ou françaises, jazz, musique classique, etc.).

La méthode a été tout simplement d’écouter les émissions dans leur intégralité et de noter le nombre de musiques haïtiennes, quel que soit le genre (konpa, racine, musique instrumentale, traditionnelle, etc.) comparé au nombre de musiques internationales tous genres confondus. Je me suis concentré sur la tranche d’heures allant de 7 du matin à minuit du lundi au vendredi considérant que cette tranche est de plus grande écoute que les heures réservées usuellement au sommeil.

L’objectif était de déterminer, pour chaque jour, le nombre de musiques locales que la citoyenne ou le citoyen ordinaire aurait l’opportunité d’entendre.

Le tableau ci-après présente les résultats obtenus pour chacune des émissions écoutées :

 

Des données obtenues, nous avons tiré la conclusion générale que les stations de radio individuelles diffusent moins de 70 % de musiques haïtiennes comme souhaitée par la proposition de loi. Je rappelle que ces données ne sont pas scientifiques, mais offrent juste un schéma pour une étude scientifique approfondie.

Quelle serait l’utilité d’une telle étude ?

Si la proposition de loi du Sénateur Delva est adoptée par le Parlement, il serait nécessaire de connaître en premier lieu le quota de diffusion de la musique du terroir dans la variété de ses composantes. Pour ce faire, il faut déterminer le nombre exact de stations de radio légalement enregistrées sur tout le territoire national. Puis, on obtiendrait un échantillon représentatif déterminé par des statisticiens expérimentés. Le processus de cette enquête devrait donc être répété à plus grande échelle sur une durée plus longue pour fournir des résultats fiables.

Ces nouvelles données permettront aisément de savoir à quel pourcentage la musique haïtienne est diffusée sur nos radios. Moins de 70 % de diffusion exigerait des mesures de correction.

Dans cet ordre d’idées, tout un éventail de réflexions surgit. De quelle durée de quota de diffusion s’agit-il ? Un jour, une semaine, un mois ? Comment veiller au respect de cette future loi par les stations de radio ? Devra-t-on avoir une unité spéciale chargée d’écouter les stations de radio, peut-être d’enregistrer les émissions, d’identifier celles qui enfreignent cette loi ? Quel serait le budget pour une telle unité ? Quelles seraient les infractions et les amendes correspondantes ?

On peut aisément imaginer les multiples rencontres, dialogues et débats nécessaires entre les propriétaires des stations de radio et les représentants gouvernementaux pour répondre à de tels questionnements et obtenir un mode opératoire accepté par les deux parties.

Que gagnerait finalement la culture nationale ?

Les différentes formes musicales haïtiennes incluent entre autres la musique dansante où règne le konpa, la musique traditionnelle/racines/vaudou, la chanson, les meringues carnavalesques, le rap kreyol, et d’autres variations allant du twoubadou au raboday. La musique est au cœur de la culture nationale. Elle parle directement à notre subconscient, essence de notre âme haïtienne.

Sans réprimer l’éclectisme de nos goûts musicaux, rare chez d’autres peuples, il est impératif de renforcer notre amour pour la musique locale. Il nous faut l’apprécier encore plus, la raffiner, la consommer, la supporter financièrement, la promouvoir auprès des jeunes générations et la faire briller à l’étranger. Cette musique renforce notre fierté nationale et crée indubitablement l’une de nos plus grandes forces de cohésion sociale.

 

Patrick André (avec la collaboration de Betty Alnéus)

 

*lenouvelliste.com : « Les sénateurs votent une loi pour la promotion de la culture et de l’aide aux artistes et aux artisans. » – 19/4/2017

 

 

 

Commentaires

Patrick André
Je suis Patrick André, l’exemple vivant d’un paradoxe en pleine mutation. Je vis en dehors d’Haïti mais chaque nuit Haïti vit passionnément dans mes rêves. Je concilie souvent science et spiritualité, allie traditions et avant-gardisme, fusionne le terroir à sa diaspora, visionne un avenir prometteur sur les chiffons de notre histoire. Des études accomplies en biologie, psychologie et sciences de l’infirmerie, je flirte intellectuellement avec la politique, la sociologie et la philosophie mais réprouve les préjugés de l’élitisme intellectuel. Comme la chenille qui devient papillon, je m’applique à me métamorphoser en bloggeur, journaliste freelance et écrivain à temps partiel pour voleter sur tous les sujets qui me chatouillent.

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