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Opinion | Qu’il s’en aille !

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« Ce pouvoir illégitime, malfaisant et illégal doit être défait », écrit le poète Mehdi Chalmers

J’écris aujourd’hui comme simple citoyen. Je veux d’abord saluer tous les militants inlassables de courage qui continuent, pour nous tous, de lutter face aux balles et gaz lacrymogènes des policiers et des milices gangstérisées du pouvoir.

J’écris comme citoyen, car nos vies à tous sont en jeu. Aujourd’hui personne ne peut refuser la responsabilité de protéger notre pays d’un danger que nous ne devrions plus hésiter à décrire comme mortel, et qui porte le nom de Jovenel Moïse. De quelque manière qu’on puisse, il faut rejoindre et appuyer ceux qui n’ont cessé d’être sur la ligne de front, dans l’opposition, dans la presse et dans les rues dans les dix départements de la Nation.

Les mots nous manquent pour exprimer notre indignation après 10 ans de pouvoir PHTK néo-duvaliérien et nous avons été témoin de l’acharnement frénétique à briser ce pays, par la clique de Martelly et de son fils prodigue Jovenel Moïse. Une tentative sans précédent de démantèlement total de tout ce qui reste de digne des acquis de 1986.

De la masse des innombrables actes minables de son incompétence et de sa lâcheté, ou des cruautés criminelles de ce personnage cynique, pourvoyeur de bananes imaginaires, ce massacreur, incendiaire, infanticide et pilleur ès lettres devant l’éternel ; du vol, de la fraude, du mensonge et de l’assassinat… qu’est-ce qui définira l’essence de la présidence de Jovenel Moïse, ex-président, et maintenant plus qu’apprenti dictateur ?

Quand ses armes, ses sbires et ses maîtres ne suffiront plus pour retenir sa chute, comment nommerons-nous cet homme du néant, dont quelques minutes de non-discours odieux ont systématiquement suffit à embraser les rues des villes de la colère du peuple ?

Nous n’avons pas manqué d’analyses, de condamnations véhémentes et claires du côté de ceux qui combattent sa machine de guerre brinquebalante (mais bien meurtrière), et nous avons été gratifiés d’une lucidité pragmatique sans pareille de la part du peuple, qui a pris les rues ou les a vidés pour protester et pour montrer à Jovenel Moïse de la manière la plus éloquente que cette nation, ses institutions, tous ceux qui y ont part avec dignité, pratiquement tous — à part quelques requins et rapaces qui survivent de sa charogne — ne veulent plus de lui. Collectivement le peuple a parlé, les grands corps de la nation ont parlé. Il ne veut pas entendre. Nous devons continuer.

C’est être aujourd’hui sourd, aveugle et abruti de penser que lui ne continuera à aller de plus en plus loin, si on lui laisse un seul souffle, et qu’il ne continuera pas à insulter, à détruire, à tuer, autant qu’il pourra, avec pour seule limite que notre sang soit un peu trop visible sur ses mains dans les dîners diplomatiques et les rencontres de bailleurs… la seule limite de Jovenel est une moue hypocrite du Blanc. Nous ne compterons pas trop sur cette grimace de l’Empire qui est la grande faiblesse de ses valets. C’est nous et surtout nous qui pouvons élever la voix, sortir, tenir, résister, ne pas laisser passer les projets absurdes du PHTK qui contreviennent à la souveraineté, à la possibilité d’un projet collectif commun et viable, voire à la transformation de notre pays en une société plus juste.

Non, Jovenel Moïse ne nous épargnera pas aujourd’hui ni demain… seule notre résistance le freine, comme l’ont freiné les avocats intègres, les militants des droits humains, et la condamnation d’une seule voix de la société, après l’arrestation anticonstitutionnelle et inique du Juge Dabrésil et de 22 citoyens innocents, sous couvert d’un coup d’État invraisemblable qui n’existe que dans l’imagination désespérée du petit dictateur et ancien président Moïse.

Jovenel Moïse ne vous épargnera pas, comme il n’a pas épargné les classes populaires, en combien de massacres ! À La Saline, au Bel-Air, à Carrefour-Feuilles… mis à feu à sang, Jovenel Moïse a une main directe dans le climat de terreur sanglant qui hante le territoire. Le voilà maintenant qui vise notre Constitution, après avoir dépecé tout ce qu’il pouvait d’institutions encore solides.

Jovenel Moïse ne nous épargnera pas. Tout ce qui peut faire Pays, tout ce qui peut faire projet collectif, Jovenel en est l’ennemi. Jovenel Moïse ne nous épargnera pas. Toutes nos forces individuelles doivent stratégiquement se concentrer sur son départ, et les discours de divisions entre nous, les hésitations et les jésuitismes anti-transition doivent être tus. La priorité est de dire et de faire qu’il s’en aille.

Alors, malgré l’incertitude, malgré le climat de peur, malgré le délire de mort du pouvoir, notre seule arme est la solidarité. Jovenel Moïse et sa machine n’épargneront pas ceux qui se cachent ou qui font silence. Tous les jours nous subissons sa folie des grandeurs, sa passion de la menterie, sa dégaine et ses pratiques de petite frappe mafieuse, son gouvernement par les gangs, sa vénalité et son aplatissement cauteleux envers les pires agents de l’impérialisme américain accompagné des divers corps diplomatiques de l’Occident cynique…. et enfin sa capacité inouïe à anéantir tout le tissu social, comme peu avant lui… tout cela doit nous convaincre, une bonne fois pour toutes, que Jovenel Moïse, malgré (ou à cause) de son inaptitude et de sa bêtise, est parfaitement capable avec ses alliés de devenir le pire avatar de l’autoritarisme et de la violence dictatoriale que nous ayons connu en Haïti.

Aux militants, à toutes les forces de l’opposition actuelle, je réitère ma gratitude, pour leur engagement, les risques qu’ils ont pris. Je crois avec vous que la victoire est à portée de main face au pire. Je crois avec vous que nous reconquerrons l’espace démocratique de la libre délibération de notre destin commun, et je crois avec vous que nos combats les plus profonds pourront reprendre, et nos espoirs se remettre en chemin quand nous aurons purgé la gangrène maligne qu’est le PHTK, la pire forme de valetaille de l’oligarchie rapace que nous ayons connue en ce pays. Ce pouvoir illégitime, malfaisant et illégal doit être défait. D’abord, la tête la plus active de cette hydre doit tomber. Jovenel Moïse, qui n’est déjà plus président, doit quitter le fauteuil auquel il s’accroche. Lui et tous complices doivent être jugés, être punis, pour leurs crimes. Et nous garderons en mémoire leur infamie comme nous gardons, pour les honnir, celle de tous les contempteurs de la Nation.

Mehdi Étienne Chalmers

Photo de couverture : Valérie Baeriswyl

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Mehdi Chalmers
Mehdi E. Chalmers a étudié à Paris, à la Sorbonne. Il s’intéresse à l’histoire de la philosophie et aux métiers du livre. Il travaille dans une librairie (Tschann) et dans une maison d’édition indépendante (édition Caractères), avant de revenir en Haïti où il est actuellement libraire et professeur de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure (ENS). Il est membre du comité de rédaction de la revue Conjonction, de la revue Demambre et aussi l’un des fondateurs de la revue Trois/Cent/Soixante – des fois qu’une ambigüité persiste-. Il a publié son premier recueil de poésie, Jaillir est la solution, aux éditions de l’Atelier Jeudi Soir, en 2015.

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