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Mauvais plan de cul !

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Et merde, et merde, et merde, et merde ! Chout ! Je compresse ma tête entre mes mains, je tourne à grands pas en demi-cercle au pied du lit. Dans quoi me suis-je encore fourré ? Qu’est-ce qu’elle peut bien avoir ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui se passe ? Et merde encore ! Il ne faut pas que je parle trop fort pour ne pas alerter les gens. Et merde ! Oh Mon Dieu, dans quoi me suis-je mis ? Je suis dans de beaux draps et vu ma situation, c’est peu de le dire. Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Bizarre, comme nous humains avons le réflexe de solliciter Dieu les jours de malheur, mais transgressons sans regarder en arrière ses commandements pour nous satisfaire.

Mais qu’est-ce qu’elle a ? C’est quoi son problème ?

J’approche ma main près de son nez, entrouvre un de ses yeux à une certaine distance. Je contrôle son pouls, elle parait vivante. Alors pourquoi ne répond-elle pas quand je l’appelle ? Au fait, c’est quoi encore son nom Gisèle, Adèle, non, Edèle ? Je ne sais plus, je ne suis pas sûr. Je pense à vérifier son identité dans son sac à main. Je pourrais laisser des empreintes, je suis tétanisée. Les papillons de mon ventre se déchainent, ma gorge est nouée et sèche, je sens que mon cœur va me lâcher. Non, ne vous méprenez pas, je ne suis pas avec une pute. D’ailleurs, je n’ai jamais eu de rapports avec une vendeuse du sexe à moins qu’elle ne pratique ces transactions officieusement.

Et merde, il faut que je me calme, que j’arrĂŞte de jurer. J’ai froid quand je balaye la salle du regard cherchant une solution. Je vois le film de ma vie dĂ©filer devant moi. Mon passĂ© de prĂ©dateur bien membrĂ©, mon prĂ©sent dans cette chambre qui m’effraie et la chaine d’évĂ©nements qui vont dĂ©couler de ce chapitre. Elle parait sombre. Et merde, je vais paraitre comme un vulgaire criminel dans les nouvelles tĂ©lĂ©visĂ©es, sur les rĂ©seaux sociaux, dans les journaux de la ville. Oh mon Dieu, ce sera un terrible avilissement ! Combien d’hommes à ma place ont eu Ă  subir ça ? Je ne voulais que tirer un bon coup. Il faut croire que ce n’est pas mon jour. Et merde, je vais perdre mon travail, tout ce que j’ai si durement construit. Les langues de vipère des commères de la capitale vont jaser sur mon compte. Les hommes, eux vont s’évertuer Ă  reprĂ©senter la rĂ©incarnation mâle de la fidĂ©litĂ© en plaidant qu’ils n’ont jamais pĂ©ché… Et merde, ma femme, ma fidèle Ă©pouse, Marjorie, elle devra vivre avec ça. Elle a toujours su que je n’étais pas fidèle. Elle se taisait parce que cela n’entachait en rien sa rĂ©putation. De plus, je me suis toujours occupĂ© de ma famille comme je le devais. Elle faisait semblant d’ignorer mes escapades, parce qu’elles ne laissaient aucune preuve tangible, pas d’appel embarrassant, pas d’enfant conçu hors des liens du mariage, pas de MST… De plus, son cas n’était pas diffĂ©rent des autres mariĂ©es cocufiĂ©es. Elle avait consenti Ă  « ces petits sacrifices » pour sauver les apparences. Dans ce pays du tiers-monde, mieux vaut avoir un homme volage que pas d’homme du tout. Une femme indĂ©pendante, sans mari  se verra attribuer une mauvaise renommĂ©e. Notre union la protĂ©geait et me laissait libre… Toutefois, je ne pense pas que cet Ă©vĂ©nement fasse partie des choses qu’elle pourrait supporter. Quant à m’apporter de la nourriture en prison, elle en disconviendra sĂ»rement ! Bref, elle ne mĂ©rite pas ça, surtout avec tout le lot de choses que je lui ai dĂ©jĂ  fait subir.

Qu’est-ce qu’elle a ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Voilà, je l’ai rencontré moins de quarante-huit heures de ça, à la réception de ce cabinet d’avocats. Pendant l’attente, j’ai papoté avec elle. Elle était mignonne, gentille avec un français très moyen. Mes confrères sont bien trop pingres pour payer quelqu’un de mieux qualifié. Toutefois, les fesses que j’aperçois quand elle se lève pour classer des documents doivent lui assurer plusieurs augmentations, et la patience des clients de la gent masculine. Je lui fais un peu de charme, lui confère un peu d’attention et le tour est joué. En un rien de temps, elle est conquise. Elle adoucit le ton de sa voix, me fait des yeux doux et n’en finit pas de me sourire en m’appelant Cher Maître. L’affaire est dans le sac. Je ne suis pas Don Juan, mais la gent féminine m’est clémente, elle ne rechigne pas trop pour m’offrir un rencart. Je la traite tellement bien durant mon mandat provisoire qu’elle pense souvent à un renouvellement ou à une prolongation à vie. Heureusement que je suis malin, je ne veux pas divorcer ou être harcelé. Je préfère les femmes engagées, elles finissent par redescendre du petit nuage sur lequel je les ai fait monter bon gré, mal gré.

VoilĂ  que je commence Ă  penser Ă  autre chose. Mmm ! Et lĂ  je fais quoi, j’appelle un des employĂ©s du motel qui m’a reçu ? Il faudrait que j’enfile mes vĂŞtements, j’ai seulement des chaussettes aux pieds. J’étais en train de la prendre fougueusement par-derrière en compressant et admirant ses fesses redondantes quand je la vis vocifĂ©rer et balancer ses mains dans tous les sens. J’ai d’abord cru qu’elle allait jouir comme une bĂŞte sauvage… Ensuite, elle Ă©tait tellement secouĂ©e que j’ai pensĂ© qu’un loa de sa famille allait me rĂ©clamer mon âme ou pire qu’elle allait se transformer en couleuvre… Il n’en Ă©tait rien. Elle est lĂ , humaine, couchĂ©e depuis plus de cinq minutes entre la vie et mon long sĂ©jour en prison. En prison, oh non pas ça, les dĂ©tenus ne feront qu’une bouchĂ©e de moi. J’ai entendu les tĂ©moignages de certains d’entre eux qui rĂ©vulsent l’homophobe en moi. Les viols collectifs, les billes de marbre dans le sexe… Moi, Ă  la solde d’un gang, traumatisĂ©, violĂ©. Oh non, oh non ! Épargnez-moi cette coupe mon Dieu, je promets de changer, d’être un homme rangĂ©. Je prĂ©fère envisager cette sortie de crise. Mon cĹ“ur n’arrĂŞte pas de battre la chamade. Le ronronnement de ce ventilateur poussiĂ©reux m’énerve. La paille de cette chaise pique mon postĂ©rieur, on dirait des punaises. On rencontre de tout dans ces motels bon marchĂ© qui servent de lieux d’intimitĂ© pour ceux qui veulent assouvir leur dĂ©sir en toute discrĂ©tion. J’en connais un lot. C’est un ami fin connaisseur de la chose et bon vivant comme moi qui me l’a rĂ©fĂ©rĂ©.

Elle s’appelle comment cette fille, Edèle, Adèle, ça doit être l’un des deux. La connasse, elle va se réveiller enfin ou je dois avertir le personnel du motel… ? Sept minutes douze secondes, la plus longue attente de ma vie. Elle ouvre timidement les yeux, il y a de l’espoir. Qu’est-ce qui t’es arrivée ? Engourdie, elle me dévoile qu’elle a un petit problème cardiaque quand la sensation est trop forte, il lui arrive de tomber en syncope. Pour se donner bonne conscience devant la frayeur qu’elle lit sur mon visage, elle me confie que son petit ami est habitué… Je ne suis pas son petit ami. Elle aurait pu me le dire avant la conne. Mon cœur avec toute cette pression a failli me lâcher pour de vrai.

Je me rhabille en un rien de temps. Elle traine, je lui fais entrevoir mes signes d’impatience. Je ne veux surtout pas la bousculer pour ne pas avoir une vraie crise cette fois. Je fais un dernier coup d’œil avant de quitter la pièce pour m’assurer que par mon Ă©garement, je n’ai rien oubliĂ©. Je n’ai mĂŞme pas passĂ© les deux heures pour lesquelles j’ai payĂ©. Aujourd’hui, on ne viendra pas frapper Ă  la chambre pour que je dĂ©guerpisse. Elle s’assoit et se met Ă  l’aise dans mon 4×4 climatisĂ© Ă  fond. Elle me parle comme Ă  une amie de longue date. Tout son qu’elle Ă©met fait un bourdonnement Ă  mes oreilles. Je rĂ©flĂ©chis, je dois trouver une solution pour me dĂ©barrasser d’elle. On ne sait jamais ça pourrait la reprendre. EurĂŞka ! Je prĂ©texte un rendez-vous important oubliĂ© pour la larguer en chemin. Je lui procure mille gourdes pour prendre un taxi moto. Elle parait déçue, mais semble comprendre mon urgence. Elle descend et promet de m’appeler. Mmm !

Après les deux pâtés de maisons qui suivent, je m’arrête et bloque son numéro. Je ne veux plus avoir affaire avec elle. J’enverrai un messager pour finaliser mes dossiers, cette fille est une fréquentation trop stressante et dangereuse.

J’oublie déjà mes prières. Je recommencerai, mais surtout pas avec elle.

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Lou
I am a woman, a life lover and a pluridimensional human being! Blogger @ Louetsaplume

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