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Haïti, un sanctuaire d’oiseaux endémiques menacés

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Le travail du Dr Exantus permet de répertorier trois espèces d’oiseaux supplémentaires — Tachycineta euchrysea, l’Elaenia cherriei et la Tyrannus Gabbii — dont une se retrouve uniquement en République Dominicaine

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Malgré le déboisement agressif et les troubles sociopolitiques, Haïti abrite 288 espèces d’oiseaux, dont 33 sont endémiques, ce qui classe le pays parmi les territoires de la Caraïbe aux riches biodiversités.

Ces chiffres viennent d’une recherche effectuée par Jean Marry Exantus, spécialiste en avifaune et titulaire d’un doctorat en Écologie de l’Université des Antilles en Guadeloupe.

Le travail du Dr Exantus permet de répertorier trois espèces d’oiseaux supplémentaires — Tachycineta euchrysea, l’Elaenia cherriei et la Tyrannus Gabbii. D’entre les espèces endémiques, une se trouve aujourd’hui uniquement en République Dominicaine.

Myadestes genibarbis = Zwazo mizisyen = Musicien siffleur. | © René Durocher

Les 288 espèces d’oiseaux se répartissent en 176 genres et 56 familles, selon le chercheur. Parmi elles, les espèces migratrices se chiffrent à 171, soit 59,3 %, les espèces résidentes sont au nombre de 117, 40,7 %, dont 33 sont endémiques.

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Si la biodiversité des écorégions d’Haïti reste remarquable, bon nombre d’espèces du pays voient leur statut mondial se détériorer au fil des années.

Sur les 33 espèces d’oiseaux endémiques, dix sont menacées, parmi lesquelles sept sont vulnérables (VU), deux sont en danger (EN) et une espèce en danger critique d’extinction (CN), selon Jean Marry Exantus.

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Plusieurs raisons se croisent pour expliquer la précarisation du statut de ces espèces. Parmi celles-ci figure notamment la déforestation, l’urbanisation et sa pollution, l’agriculture et les changements climatiques, selon les experts.

René Durocher est un photographe animalier passionné par la biodiversité animale en Haïti. Avec son appareil photo en main, il part en expédition un peu partout dans le pays pour capturer sur pellicule différentes espèces d’oiseaux, ainsi que des amphibiens.

Durocher explique à Ayibopost que la chasse fait partie des nombreuses menaces pesant sur les espèces aviaires en Haïti. Il dit avoir vu un chasseur « il y a environ un an et demi » tenant plusieurs ramiers dans ses mains, dans les hauteurs de la capitale.

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Le Trogon Damoiseau, encore appelé Caleçon rouge ou « Kanson Wouj », est un oiseau endémique de l’île. Avec ses yeux vifs et perçants, il arbore un plumage bigarré.

Priotelus roseigaster = Kanson wouj, Caleçaon-rouge, Dame-anglaise. Endémique. L’oiseau emblématique d’Haïti. . | © René Durocher

Cet animal réside principalement au niveau du massif de la Selle et celui de la Hotte et est considéré comme l’emblème national. Il est surnommé scientifiquement Temnotrogon Roseigaster et se rencontre entre les 500 et 3000 mètres d’altitude. À cause de la chasse notamment, le Kanson Wouj connait une « réduction modérément rapide » au niveau de sa population et une perte graduelle de son habitat naturel, selon l’Unité internationale pour la conservation de la Nature (UICN).

Fondée en 1948, l’UICN est une organisation intergouvernementale qui se charge de la conservation de la nature et qui attribue aux espèces du monde entier un statut de conservation, dépendamment de leur situation.

Le Kanson wouj n’est pas la seule espèce sur laquelle pèsent de sérieuses préoccupations. Le Corneille d’Hispaniola, Corvus leucognaphalus dans le vocabulaire scientifique, entre autres, est classé « vulnérable ». Plus connu sous le nom de « Kaw » en Haïti, cet oiseau — qui a l’habitude de surprendre le paysage haïtien de son trémolo criarde et sa fourrure noire et qui se rencontrait dans divers types d’habitat, notamment les milieux naturels et boisés — voit sa population diminuer d’année en année, selon Jean Marry Exantus.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les Kaw ne se rencontrent désormais plus que sur l’île d’Haïti. L’espèce s’est déjà éteinte dans plusieurs pays, dont le Porto-Rico où elle a été observée pour la dernière fois en 1977.

Corvus leucognaphalus = Gwo kaw, Gwo gra-gra, Endémique. | © René Durocher

D’entre les espèces menacées en Haïti, l’on compte le Merle de la Selle appelé scientifiquement Turdus Swalesi, le bec-croisé appelé scientifiquement Loxia megaplaga, l’Amazone d’Hispaniola scientifiquement appelé Amazona ventralis, et le Pétrel diablotin, entre autres.

Une seule espèce est menacée de disparition en Haïti : le malfini savann, dénommé scientifiquement Buteo ridgwayi.

Loxia megaplaga = Bèk kwaze = Bec-croisé. Endémique, menacé. Il utilise la forme de son bec spécialisé pour extraire les graines de pin (Pinus occidentalis, notre pin endemique), favorisant ainsi la dissémination des semences et la reproduction des pinèdes. | © René Durocher

Selon Dr Exantus, l’urbanisation ou la poussée anthropique sur les espaces naturels en milieu urbain explique, en partie, cette situation.

« La recomposition territoriale, où les gens déboisent et détruisent la richesse de la flore pour construire des maisons ou s’adonner à l’agriculture, entraine le déboisement qui n’est pas bénéfique pour les espèces d’oiseaux. En créant plus d’espaces pour les villes, on détruit les habitats où logeaient différentes espèces  », déplore Dr Exantus.

La destruction de l’habitat des espèces débouche sur une situation où l’espèce en question n’est plus à même de trouver les éléments nutritifs nécessaires à son alimentation et d’espace où elle pourra se nicher et se reproduire convenablement.

Pterodroma hasitata = Petrel diablotin, Chanwan, Kanan Lasèl. Danger Critique d’extinction. | © René Durocher

Il n’est pas clair si l’insécurité joue sa partition dans la diminution de la population des oiseaux. “Peut-être que l’insécurité est profitable aux oiseaux, car à cause de cette situation, les personnes qui chassent ne sont plus en mesure de sortir comme bon leur semble pour les chasser”, analyse René Durocher.

Psittacara chloropterus = Perruche d’Hispaniola, endémique. | © René Durocher

Waselin Salomon détient un doctorat en Sciences agronomiques et en ingénierie biologique de l’Université de Liège en Cotutelle avec L’Université d’État d’Haïti (UEH).

Pour Salomon, à mesure que la population augmente, elle fait pression sur les systèmes écologiques, notamment par l’agriculture, l’industrialisation, etc. Ces actions contribuent à la modification du paysage. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la biodiversité.

Lorsqu’une route est construite dans un milieu paysager par exemple, cette superficie se retrouve scindée en deux ou fragmentée.

“Or, il y a des espèces d’oiseaux qui ont besoin d’une superficie spécifique pour leur épanouissement”, précise Salomon.

Riccordia swainsonii = Wanga negès mòn = Émeraude d’Hispaniola, endémique. | © René Durocher

Des actions étatiques ont été alignées pour la protection des oiseaux et leurs habitats en Haïti.

Un code rural a été mis en place sous le gouvernement de François Duvalier et un décret publié le 31 mars 1971 organise la surveillance et la police de chasse sur le territoire national.

En janvier 2018, le ministère de l’Environnement interdisait pour une durée indéterminée la chasse, l’empoisonnement et le commerce de toute espèce d’oiseau dans le pays.

Mais malgré ces mesures, les oiseaux n’ont jamais été exemptés des menaces que les activités humaines font peser sur eux.

“Les lois sont là certes, mais on ne les applique pas”, tranche le Dr Jean Marry Exantus.

Les efforts de conservation de la biodiversité semblent aussi minimes. “Il n’y a jamais eu en Haïti un inventaire national ou un recensement général pour identifier toutes les espèces qui peuplent notre terroir”, déplore Exantus. Les expéditions isolées dans ce sens sont faites, le plus souvent, par des chercheurs ou des organismes étrangers.

Haïti possède une “Direction de la Biodiversité”, un organisme du ministère de l’Environnement chargé de donner corps à la politique nationale en matière de protection et de conservation, entre autres, des espèces du pays. Malgré des requêtes répétées, AyiboPost n’a pas pu s’entretenir avec Michelet Louis, le responsable de cette direction.

Le gouvernement haïtien semble abandonner la question. “Le seul musée d’histoire naturelle sur l’île se trouve en République dominicaine  », rajoute Exantus.

Par Junior Legrand

© Image de couverture : Corvus leucognaphalus = Gwo kaw, Gwo gra-gra, Endémique. | © René Durocher

Ce reportage a été mis à jour. 11.16 24.11.2023


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Junior Legrand est journaliste à AyiboPost depuis avril 2023. Il a été rédacteur à Sibelle Haïti, un journal en ligne.

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