Insecurité alimentaireSOCIÉTÉ

Comment l’abandon de l’irrigation par l’État aggrave la crise alimentaire en Haïti ?


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La dernière fois où l’État haïtien s’est montré intéressé à l’irrigation, c’était avec l’expérience des Petits Périmètres Irrigués, initiée par le ministère de l’Agriculture vers les années 1980

Construit sur le fleuve Artibonite en 1956, le barrage de Péligre était d’abord destiné à l’irrigation de la vallée. Plus tard, François Duvalier y fait construire le central hydroélectrique.

Aujourd’hui, de plus en plus de paysans tournent le dos à l’agriculture dans la vallée à cause de l’absence d’une gestion efficace de l’eau pour irriguer les terres.

Désormais, selon des spécialistes, le barrage de Péligre illustre l’échec des projets d’irrigation dans le pays. Ce qui accentue, d’année en année, la crise alimentaire en Haïti.

Construit sur le fleuve Artibonite en 1956, le barrage de Péligre était d’abord destiné à l’irrigation de la vallée.

Camilus Flaubert est un cultivateur de Dessalines, dans la vallée de l’Artibonite, où il cultivait cinq carreaux de terre. En janvier de cette année, confronté au problème de la rareté de l’eau, il se plaint d’avoir perdu la majeure partie de ses récoltes de riz. «La majorité des parcelles sont affectées par ce problème», dit-il.

Baptisson Paul, habitant de la commune de Desdunes a complètement perdu son demi-carreau de riz en décembre 2022, à cause de la rareté de l’eau.

Ces cas sont des exemples parmi des centaines d’autres cultivateurs qui, chaque année, perdent leurs récoltes à cause des problèmes liés à l’irrigation dans la valée de l’Artibonite et ailleurs dans le pays.

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L’irrigation est une condition sine qua non pour l’agriculture. Son rôle premier est de faciliter la stabilité agricole. Mais aujourd’hui, à l’échelle du pays, les grands systèmes d’irrigation ont soit disparu, soit sont en baisse de rendement. Alors que la superficie irrigable en Haïti est estimée à 150 000 hectares, seulement 80 000 hectares sont effectivement irrigués. Avec l’utilisation de techniques modernes d’irrigation, la surface irrigable pourrait atteindre les 400 000 hectares.

La mauvaise gestion des terres cultivables en Haïti, due au désintérêt de l’État, influe sur la crise d’insécurité alimentaire actuelle.

Selon les chiffres de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) parus en mars 2023, 4,9 millions d’Haïtiens sont dans l’insécurité alimentaire. Le délaissement de l’irrigation entre les seules mains des paysans, l’absence de mise en place infrastructurelles, constituent autant de facteurs qui démontrent ce choix de l’État vis-à-vis de l’irrigation.

La mauvaise gestion des terres cultivables en Haïti, due au désintérêt de l’État, influe sur la crise d’insécurité alimentaire actuelle.

«Nous avançons vers une catastrophe», conclut Jean André Victor, militant écologiste et agronome à la retraite.

Durant l’époque coloniale, le pays comptait 58 000 hectares de terres irriguées. Ce, grâce à la construction de grands systèmes d’irrigation initiés par les colons bénéficiant de l’apport de la métropole. Après l’indépendance, l’État haïtien s’est approprié de la gestion de ces systèmes. «Au cours des années 1985, nous avons frôlé les 80 000 hectares irrigués», dit Jean André Victor.

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La dernière fois où l’État haïtien s’est montré intéressé à l’irrigation, c’était avec l’expérience des PPIs, petits périmètres irrigués, initiée par le ministère de l’Agriculture vers les années 1980. Les PPIs, bénéficiant d’une gestion communautaire, sont présents dans différentes zones du pays où il y a un potentiel d’irrigation. Ces périmètres irrigués utilisent l’eau de certaines sources pour alimenter des territoires en aval en vue de la culture. «C’est une expérience intéressante. Mais aujourd’hui, c’est presque la démission totale de la part de l’État», regrette Volny Paultre, agronome et expert en irrigation.

Le barrage de Péligre illustre assez bien ce constat d’échec des systèmes d’irrigation en Haïti. Normalement, l’eau du barrage devait être exploitée pour la production agricole. Doté d’une capacité de stockage évaluée à 600 millions mètres cubes d’eau, le barrage de Péligre devrait être en mesure d’irriguer 32 000 hectares de terre dans la vallée. Cependant, à cause de la mauvaise gestion, de l’ensablement et l’envasement du lac, sa capacité se réduit aujourd’hui à 200 millions de mètres cubes d’eau, permettant d’irriguer à peine 20 000 hectares.

Le barrage de Péligre illustre assez bien ce constat d’échec des systèmes d’irrigation en Haïti.

«Ce n’est pas un problème que le barrage soit utilisé à l’alimentation de l’usine hydroélectrique, cependant cela ne doit pas mettre en péril l’irrigation en aval», explique Paultre.

En temps de sécheresse, lorsque le lac est à son plus bas niveau, «il est inapproprié de continuer à produire de l’électricité», car cela mettrait en péril l’irrigation des terres en aval continue le spécialiste.

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«Dans ce cas, c’est catastrophique pour les cultivateurs qui devront désespérément faire face à une dérégulation de l’eau », dit Paultre.

Il faut dire qu’aucun des autres systèmes d’irrigation du pays n’échappent à cette gestion calamiteuse, selon les experts interrogés pour cet article.

Par exemple, l’autre grand système d’irrigation d’Haïti se trouve sur la rivière Grise dans la plaine du Cul-de-sac. Construit depuis l’époque coloniale, il a la capacité de fournir 15 000 litres d’eau par seconde. Cependant, ce système, mal entretenu, ne peut pas répondre aux besoins de la plaine, en dépit des interventions de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), il y a cinq ans.

Il faut dire qu’aucun des autres systèmes d’irrigation du pays n’échappent à cette gestion calamiteuse.

Ensuite, il y a celui sur la rivière de Momance à Léogâne. À Dubreuil, aux Cayes, il existe un barrage aussi qui a étrangement passé dix ans d’inactivité après sa construction, parce qu’il n’y avait aucun canal de distribution secondaire construit. Il a fallu attendre 1984 pour qu’il soit fonctionnel.

Le Sud compte également les systèmes d’Avezac et de Torbeck.

Dans le Nord-est, il y a le barrage inachevé sur la rivière Marion. Ce barrage, dont la construction a commencé en mai 2021 sous l’ancien président Jovenel Moïse, devait permettre d’irriguer 25 à 30 000 hectares de terres.

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Pour Jean Robert Jean Noël, ingénieur civil et ancien cadre du ministère de l’Agriculture, ce projet destiné à l’irrigation des terres, mais aussi à la production d’électricité et de l’eau potable, devrait continuer «même après la gouvernance de Jovenel Moïse». Ce n’est pas le cas.

Dans le haut Artibonite, le système de L’Organisation de Développement de la Plaine des Gonaïves (ODPG) a été mis en place. Il devait desservir 9 000 hectares de terres. Le barrage de Canaux sur le fleuve Artibonite, de son côté, fut construit pour fournir 50 mètres cubes d’eau par seconde, afin d’alimenter les hauteurs grâce à la technique d’irrigation par gravité.

Dans tous ces systèmes, les problèmes de gestion et d’entretien sont les mêmes. Il y a certes de l’argent investi pour leur construction, et parfois pour leur fonctionnement, mais rien n’est fait pour leur entretien, expliquent les spécialistes. Cela arrive que des systèmes d’irrigation soient complètement bouchés de sédiments à cause du fait qu’il n’y a pas de maintenance. Ce qui devrait être une priorité si l’on veut les pérenniser.

Dans tous ces systèmes, les problèmes de gestion et d’entretien sont les mêmes.

«Il n’y a pas de système d’irrigation sans entretien», dit Jean André Victor.

Le problème de l’urbanisation incontrôlée affecte aussi l’irrigation. La pression démographique exercée dans les périmètres des bassins versants aujourd’hui ainsi que sur les terres irriguées inquiète énormément. «Il n’existe aucune disposition légale pour orienter l’urbanisation dans le pays», tance l’agronome Volny Paultre.

Aussi important que le système d’irrigation, le système de drainage permet l’évacuation de l’eau utilisée pour irriguer les terres. Mais ce système fait lui aussi défaut. Lorsque l’eau n’est pas évacuée, cela engendre le phénomène de salinisation des sols. Ce qui est fatal pour les cultures.

Ajoutés aux problèmes de gestion et d’entretien, nous avons le tarissement des rivières à cause de la dégradation des bassins versants, la diminution du débit des rivières et la sédimentation due à l’érosion des terres qui constituent trois autres problèmes majeurs qui accentuent le dépérissement de nos systèmes d’irrigation en Haïti, selon Volny Paultre qui a passé cinq ans à la tête de l’Organisme du développement de la vallée de l’Artibonite (ODVA).

Selon les prévisions qui ont été faites par le Famine Early Warning System Network, au cours de la période 2021-2022, l’importation du riz et du blé devrait atteindre 96 % des importations totales de céréales (riz, blé, maïs et sorgho). Mais en dépit de tout, la crise d’alimentation aiguë touchant près de 4,9 millions de personnes reste toujours critique.

Les dernières statistiques présentées par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire de mars 2023 sont inquiétantes.

Si l’augmentation de la productivité agricole dépend nécessairement des intrants et de la main-d’œuvre, l’irrigation constitue l’une des composantes essentielles de l’agriculture. Elle facilite de meilleurs rendements agricoles par la mise en valeur des terres. Ce qui pourrait aider à relancer notre économie surtout dans un contexte où l’importation reste très privilégiée. «Nous sommes dépassés», déclare le cultivateur Baptisson Paul.

Des cultivateurs ayant prévu de récolter des dizaines de sacs de riz n’en ont récolté qu’un. D’autres, rien du tout. Les habitants ont tout perdu, explique-t-il.

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À Desdunes, des hectares de terres sont aujourd’hui abandonnés par leurs propriétaires à cause de la rareté d’eau pour les cultiver. Des habitants comme Baptisson Paul vont encore tenter de planter cette année, mais d’autres ont fait leurs choix : ils abandonnent. «Ils ne sont plus motivés à continuer à travailler la terre dans ces conditions», déclare Paul.

Par Jérôme Wendy Norestyl & Wethzer Piercin

Photo de couverture : Les 3 turbines du barrage de Péligre


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Journaliste-rédacteur à AyiboPost, Jérôme Wendy Norestyl fait des études en linguistique. Il est fasciné par l’univers multimédia, la photographie et le journalisme.

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