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Un abandon qui fait mal

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J’aimerais pouvoir trouver la définition appropriée pour faire la différence entre l’amitié au présent et l’amitié au passé?

La différence aussi entre l’amour au présent et l’amour au passé ?

Je n’ai pas voulu généraliser la situation et utiliser directement la terminologie « ex » en écrivant « ex petit-ami » et « ex-amie ». Et pour être honnête, j’espère tout au fond de moi encore que cela ne soit pas le cas même si je suis consciente que cette relation trilatérale est devenue très difficile.

C’est dans cette optique que j’ai voulu trouver un moyen pour faire la paix. Malgré ce sentiment de rage, cette rancœur qui me retenaient prisonnière, j’ai quand même fait un pas vers vous deux. Pourtant, vous êtes néanmoins restés de marbre. J’ai rétabli le contact malgré mon trouble. Je pense que je cherchais davantage à dégager ma frustration et ma douleur (oui, j’ai la rage au cœur car ma douleur est immense…) et non pas à entamer une quelconque dispute. Alors, j’espérais que vous seriez aussi soulagés que moi de remédier à cette situation gênante, mais non! Evidemment, j’étais dans le faux. Vous vous en fichiez royalement !!!

Réaliser cela, je dois bien l’avouer, fut comme recevoir une belle claque au visage. Toi qui étais supposé être l’éternel amour de ma vie, je t’ai appelé avec la plus grande peine jamais ressentie de ma vie. Il y avait un tel désarroi en moi…. Je ne me rappelle même plus les mots que je t’ai dit. Me connaissant, ils ne devaient refléter ni la peine ni le désarroi, mais plutôt la rage incommensurable du moment. Je n’ai pas non plus entendu un traître mot de ce que tu disais pour te défendre. Puis ce fut au tour de celle que j’affublais du nom d’amie auprès de nos intimes et de soeur auprès de nos connaissances. J’ai composé le numéro, tout en sentant au creux de mon cœur cette boule de… de quoi déjà?… Je ne saurais vraiment trop comment la décrire. C’était un mélange de tristesse, de rage, de rancœur à cause de ce silence radio, de cette indifférence face à mes excuses, face à mon souhait de remédier à notre situation. Et pareille, j’ai transformé cette immense peine de la perdre en ressentiment. J’ai quand même laissé un message sms à force de tomber sur la messagerie.

Puis, j’ai compris que la situation était, peut-être, bien moins gênante pour vous qu’elle devait l’être pour moi. Sinon, vous auriez sauté sur l’occasion offerte. Je nous ai donné une chance de clarifier les choses, et ceci ensemble. Mais vous n’en vouliez pas. Alors, oui, j’ai compris !

Ai-je pleuré? Non. Est-ce normal de vouloir transformer toute peine en rage? Je ne sais pas. Mais c’est ce que j’ai toujours fait. Le sentiment de rage est bien plus facile à porter que celui de la peine. Je préfère dix mille fois être en rage que d’être triste. La rage m’aide à avancer alors que la tristesse me donne envie plutôt de… de m’en aller… de l’autre côté.

Mes idées deviennent noires, me font pleurer et me poussent à concocter une boisson à base de comprimés de tout genre, de détergent pour vaisselles, d’eau de javel et de plein d’autres produits que je garde près de moi, sur mon lit, le poignet gauche ensanglanté. Puis, je ne sais plus trop : la fatigue, le sommeil… le sentiment de tristesse disparait petit à petit pour laisser place à la rage. J’essaie à nouveau de me focaliser sur ma tristesse afin d’être à nouveau noyée par le chagrin… Je n’arrive plus passer à l’action.

Cette boule de rage me ronge les tripes, m’insuffle la force de vivre et de dire que je n’ai besoin de personne d’autre pour être heureuse. Je n’ai besoin que de moi seule. J’avais désespérément eu besoin de ce sentiment de tristesse pour réaliser l’étendue de ma solitude, de ma peur et de mon chagrin. Il m’avait servi de source d’adrénaline afin de pouvoir passer à l’acte. Sauf que la tristesse n’a pas duré : je n’ai pas pu aller jusqu’au bout et boire la boisson mortelle. Le sang sur mon poignet a cessé de couler, la blessure auto-infligée n’était pas profonde.

J’aimerais pouvoir trouver la définition appropriée pour faire la différence entre l’amitié au présent et l’amitié au passé? La différence aussi entre l’amour au présent et l’amour au passé ? Quel mot pourrait donc bien résumer ces notions ?

Je n’ai toujours pas encore trouvé!

En attendant, j’espère… je laisse faire le temps. Je traîne derrière moi encore cette rage qui me rend amère mais me garde en vie. J’épie du coin de l’œil cette parcelle de tristesse qui me donnera peut-être un jour la force de boire ma boisson que je conserve quelque part à l’abri des yeux indiscrets.

J’attends encore secrètement que vous vous décidiez à faire un pas vers moi.

Mais, j’ai aussi cette petite voix tout au fond de moi qui me dit que tout s’arrête là pour nous trois…

 

 

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Widlore Mérancourt, Lauréat du prix du jeune journaliste de l’OIF

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