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Recommandations pour des repas équilibrés et nutritifs en Haïti

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Les experts recommandent trois repas par jour pour obtenir une énergie et des nutriments essentiels

La population haïtienne souffre d’un manque d’éducation nutritionnelle, ce qui explique en partie la prévalence d’une mauvaise alimentation et de maladies connexes dans un contexte où près de la moitié du pays est en situation d’insécurité alimentaire, selon des spécialistes.

Parmi les sept groupes d’aliments, à savoir les boissons, les céréales, les fruits et légumes, les produits laitiers, les viandes, poissons et œufs, les matières grasses et les sucres simples, il est recommandé d’inclure au moins trois groupes et au maximum cinq dans un repas.

«Nous constatons certes la présence excessive de céréales dans l’alimentation haïtienne, mais nous remarquons également une absence notable de légumes [et de fruits]», analyse le Dr Junior Antoine, nutritionniste et cadre au Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP).

Parmi les sept groupes d’aliments […] il est recommandé d’inclure au moins trois groupes et au maximum cinq dans un repas.

Rentrer dans des considérations sur la qualité de la nourriture demeure cependant très difficile pour une bonne partie de la population qui a déjà du mal à trouver de quoi se mettre sous la dent.

Clerna Auguste, mère de deux filles âgées respectivement de dix et trois ans, en sait quelque chose. Pour des raisons économiques, en tant que vendeuse de saucisses frites au marché «Dèyè Pòs» et habitant la localité de «Ti Mango» à Carrefour, elle nourrit presque systématiquement sa famille avec des spaghettis le matin, avant de se rendre au marché.

«Les pâtes sont moins coûteuses et nous disposons de peu d’argent», témoigne Auguste, qui dit en cuisiner en «quantité considérable afin de pouvoir assurer une grande partie de la journée, jusqu’à mon retour le soir».

Beaucoup d’autres familles dans le pays suivent une diète similaire. Cependant, les experts recommandent trois repas par jour, qui peuvent fournir la quantité d’énergie requise pour la journée ainsi que les bons nutriments dont l’organisme a besoin pour son bon fonctionnement.

Haïti fait partie des plus grands consommateurs de riz en Amérique latine. La majeure partie du riz consommé dans le pays est importée.

Selon Ernst Saint-Fleur, nutritionniste et expert en technologie alimentaire, ces riz de l’étranger subissent un processus de décorticage et de blanchiment qui appauvrit leur qualité nutritionnelle. Ils présentent une faible teneur en nutriments et en fibres, et sont caractérisés par des calories vides, ce qui les distingue considérablement du [riche] riz brun cultivé notamment dans la vallée de l’Artibonite. »

Aussi, il est donc recommandé de combiner le riz blanchi avec d’autres aliments nutritifs tels que les légumes, des protéines et des graisses saines, afin d’obtenir un repas équilibré et nutritif.

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« Comme bien écrire et bien parler, bien manger s’apprend ! », renforce le nutritionniste Junior Antoine.

Selon le médecin, la principale carence dans l’alimentation haïtienne concerne d’abord le manque de fruits et légumes. Ces éléments essentiels font partie de la catégorie des aliments protecteurs. Ils sont riches en vitamines, minéraux, fibres et antioxydants. Les vitamines et les minéraux permettent au corps d’utiliser efficacement les autres éléments nutritionnels consommés.

Il est donc recommandé de combiner le riz blanchi avec d’autres aliments nutritifs tels que les légumes, des protéines et des graisses saines, afin d’obtenir un repas équilibré et nutritif.

Selon le cadre du MSPP, « une alimentation sans apport adéquat en vitamines et minéraux est presque inutile, car le corps ne pourra pas métaboliser les nutriments de manière optimale ».

La diète des Haïtiens reste très pauvre en bonnes graisses (lipides), continue Dr Antoine. Ces graisses insaturées demeurent très bénéfiques pour la santé, en particulier pour le cœur, le fonctionnement cérébral et la santé des vaisseaux sanguins. Des exemples d’aliments riches en bonnes graisses sont l’huile d’olive, les noix, les avocats et les poissons. De plus, ces nutriments fournissent de l’énergie et aident à l’absorption de certaines vitamines.

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Par ailleurs, l’haïtien ne consomme pas assez de produits laitiers, qui sont des sources riches en calcium, analyse Dr Antoine. Le calcium est un minéral essentiel pour la construction et le maintien des os et des dents. On y trouve dans les produits laitiers, mais aussi dans les légumes verts, les noix et les graines, entre autres.

Les fibres alimentaires font aussi défaut. Elles aident à maintenir la santé digestive, soutiennent le bon fonctionnement du système immunitaire et aident à prévenir les maladies chroniques. On les retrouve dans les aliments d’origine végétale tels que les fruits et les légumes.

Une alimentation sans apport adéquat en vitamines et minéraux est presque inutile, car le corps ne pourra pas métaboliser les nutriments de manière optimale.

«Par exemple, dans le cas de l’orange, nous avons tendance à la presser pour en extraire le jus, alors que les fibres se trouvent principalement dans sa chair», explique le Dr Antoine. «Il est donc préférable de consommer les fruits tels quels, qu’il s’agisse d’oranges, de corossols, etc.»

La mauvaise alimentation vient avec des conséquences néfastes sur la santé des Haïtiens.

En 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapportait qu’en Haïti, 6,9 % de la population était atteinte de diabète, 35,5 % étaient en surpoids et 10,7 % souffraient d’obésité.

Trois ans avant, cette agence des Nations Unies démontrait dans un rapport que la consommation excessive d’aliments riches en matières grasses et un régime pauvre en fruits et légumes favorisaient les risques d’hypertension artérielle, l’obésité, l’hyperlipémie et les maladies cardiovasculaires.

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Henriquez Henriska travaille dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Il décrit pour AyiboPost une diète alimentaire qui semble aller à rebours des recommandations. Le chauffeur de taxi prend des pâtés graisseux au petit matin, de la bouillie ou des fritures à grand renfort de boissons gazeuses le reste de la journée.

La mauvaise alimentation vient avec des conséquences néfastes sur la santé des Haïtiens.

La pauvre alimentation attaque le système digestif. La gastrite, une inflammation de la muqueuse de l’estomac, se trouve dans la liste des conséquences.

Il n’existe pas de statistiques officielles, mais « huit patients sur dix que je consulte souffrent de gastrite », selon le Dr Roudolphe Paul, chef de service de médecine interne à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH).

Les problèmes de malnutrition ou de famine peuvent également conduire à la gastrite.

Une personne souffrant de famine ne reçoit pas une quantité suffisante de nutriments essentiels nécessaires au bon fonctionnement de son organisme. Ceci peut affaiblir son système immunitaire et augmenter sa vulnérabilité aux infections de l’estomac causées par des bactéries telles que l’Helicobacter pylori (H. pylori).

La gastrite non contrôlée ou non traitée peut entraîner des complications comme les ulcères, des saignements gastro-intestinaux, une obstruction gastrique et, dans les cas les plus graves, un cancer de l’estomac.

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Les enfants ne sont pas épargnés par le déséquilibre alimentaire. D’après un rapport sorti par l’UNICEF en juillet 2023, près de trois millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire urgente en Haïti, soit le nombre le plus élevé jamais enregistré.

La malnutrition des enfants engendre l’anémie due à une carence en fer, le faible poids, la carence en vitamine A, la déficience en iode et le retard de croissance, ainsi que l’insuffisance pondérale et l’émaciation.

Près de trois millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire urgente en Haïti, soit le nombre le plus élevé jamais enregistré.

Ces problèmes peuvent avoir un impact sur le développement cognitif de l’enfant et entraîner une diminution de ses performances scolaires, entre autres conséquences. Les conséquences de la malnutrition chronique sur le développement de l’enfant sont largement irréversibles.

Selon un rapport publié en 2022 par l’organisation World Vision, environ 217 000 enfants haïtiens souffraient de malnutrition aiguë l’année précédente.

« Environ 30 à 35 % des enfants hospitalisés présentent des signes de dénutrition », confirme de son côté le Dr Ronald Eveillard, pédiatre et chef de service à  l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH).

« Il est courant que les parents haïtiens associent la malnutrition uniquement à une insuffisance nutritionnelle, dit Dr. Eveillard, ancien président de la Société haïtienne de Pédiatrie. Cependant, continue le médecin, l’obésité chez les enfants est également un problème lié à la malnutrition ».

Malgré l’inflation, la plupart des familles peuvent manger mieux avec une éducation adéquate, selon des spécialistes.

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Le Dr Junior Antoine, nutritionniste et cadre au MSPP conseille d’éviter les boissons gazeuses et énergisantes, les produits transformés tels que les cubes de bouillon, les charcuteries telles que les saucisses et les hot-dogs. Il propose aussi la réduction de la consommation de farine raffinée, comme le pain blanc.

La plupart des experts mettent en avant « l’assiette santé » développée par l’université Harvard et qui recommande une alimentation composée de 50 % de fruits et légumes, 25 % de produits céréaliers et 25 % de protéines saines, telles que le poisson, la volaille, les légumineuses et les noix.

Par Lucnise Duquereste

Alexandro Nicolas a participé à ce reportage.

Image de couverture : «Des agriculteurs exposent les légumes de leur jardin lors d’une foire agricole organisée par l’USAID à Kenscoff.» | © USAID/Haïti


La pyramide alimentaire d’Haïti selon la CNSA, telle que présentée par l’agronome Harmel Cazeau, est à découvrir dans cette vidéo :


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Journaliste à AyiboPost depuis mars 2023, Duquereste est étudiante finissante en communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH).

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