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Opinion | Le SPNH ne peut être une licence pour plus de brigandages

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Ce qui était chuchoté, réclamé avec force, puis dans la violence revêt désormais un statut officiel. Les policiers peuvent se réjouir : ils ont finalement un syndicat dont le travail consistera à militer pour leurs intérêts auprès de responsables de l’institution.

Il convient de noter cependant deux choses.

La première, c’est la violence structurelle qui a accouché le syndicat de la police nationale d’Haïti (SPNH). Cette brutalité se donne à voir dans le traitement quotidien des agents, le scandale des salaires, l’absence d’une assurance de santé efficace et la surdité incompétente des autorités.

Puis, cette violence, couvée dans des frustrations longtemps tues par les menaces de révocations, a pris les rues. En Haïti, les responsables, privés et publics, se laissent toujours séduire par l’ivresse du pouvoir qui mène à croire que la force brute seule peut taire des revendications légitimes.

Cependant, s’il faut déplorer l’absence de réflexions stratégiques à la tête de l’état, dans un même mouvement, des policiers qui parcourent les rues, cagoulés, menaçant, tirant comme des fous se rendent coupables d’actes condamnables.

C’est malheureux que le langage tonitruant de la violence, qui se parle aussi dans toutes les strates de la société, trouve un terreau idéal au sein de la police haïtienne.

La sécurité publique ne sous-tend pas les interpellations de la circulation en Haïti. Cette forme de corruption crasse, bien que sans grandes conséquences en surface, met en danger le plus grand nombre.

En dehors de citoyens négligents parcourant les rues sans vignettes, ou avec une assurance expirée, l’on peut facilement s’imaginer le cas de bandits et de trafiquants de stupéfiants, profitant du démarchage opportuniste des policiers pour s’adonner à leurs activités, sans risque d’être appréhendés. Une police qui tend la main, et demande l’aumône, est une police qui prostitue la sûreté du public.

Les cas de bastonnades de citoyens, d’usage abusif de la force, de démonstration plate du statut de « chef » ne se comptent plus. Vendredi dernier, 13 mars, des agents de l’Unité de sécurité générale du palais national (USGPN) ont frappé deux professeurs de l’École normale supérieure. Début mars, ce sont cinq magistrats qui ont été agressés alors que la presse rapporte qu’un sénateur élu fut « maltraité et battu » par la police, jeudi dernier.

Pris individuellement, ces actes disent des épisodes malheureux qui méritent compréhension, investigation et sanctions. Considérés collectivement, et avec l’histoire de quasi-impunité qui entoure la PNH, ces incidents pointent du doigt une institution justement armée, mais injuste dans son mode opératoire. C’est une trahison de la mission même d’une force de police.

Ceci amène la deuxième chose qu’il convient de souligner. La création d’un syndicat demeure une revendication constitutionnelle, internationalement reconnue et juste, par-dessus tout. Il faut se réjouir que, désormais, les veuves de policiers harcelés sexuellement par des cadres et agents de la PNH, trouveront assistance auprès d’une structure dont la mission même est défendre l’intérêt des agents.

Le SPNH doit avoir une place à la table des décisions stratégiques et, grâce à sa proximité avec la rue, il fera des recommandations aptes à orienter la PNH vers un fonctionnement plus juste et effectif.

Pour ce faire, le SPNH doit cependant penser contre lui-même. La culture de la violence, les interventions virant au massacre, l’irrespect constant des droits humains font gagner des batailles. Mais la guerre reste la confiance de la population et son support. Pour la remporter, le SPNH devra soupeser les nécessités de sécurité publique et les intérêts collectifs qu’il se doit de porter.

Tout indique que l’équilibre sera difficile à atteindre. Une preuve éclatante vient d’être fournie par Jean Helder Lundi, porte-parole de la SPNH. Monsieur affirme au Nouvelliste que si les autorités ne reviennent pas sur la disposition de l’arrêté du 13 août qui oblige le policier à démissionner deux ans avant de briguer un poste électif, « je ne vois pas comment on va pouvoir organiser des élections dans le pays ».

La menace de violence se précise dans le reste de la déclaration. « Si nous sommes contre les élections, elles n’auront pas lieu », conclut Jean Helder Lundi qui rappelle comment ils ont bloqué le carnaval de février dernier.

Ces déclarations ne sont pas seulement précipitées, elles sont dangereuses. De même qu’il faut condamner des autorités qui campent sur des positions illégitimes et parfois illégales, il demeure impérieux de dénoncer un syndicat naissant, violent, intransigeant et irresponsable.

Tout compte fait, un syndicat effectif au sein de cette police nationale doit avoir une double mission. Évidemment, la quête agressive et constante de meilleures conditions de travail pour chaque policier. Mais aussi une réforme en profondeur de la culture au sein de la PNH. La survie même de l’institution en dépend.

Widlore Mérancourt 

Photo couverture: DIEU NALIO CHERY/AP

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Widlore Mérancourt
Éditeur en chef d'Ayibopost. Consultant média. Précédemment manager chez LoopHaïti et à HEINEKEN. Amateur de philosophie. Grand curieux des nouvelles façons d'exercer le journalisme sur internet. Grand curieux, tout simplement.

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