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La création massive d’emplois est la seule issue pour le prochain gouvernement

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Au lendemain des bouleversements sociaux qui terrassèrent Port-au-Prince au début du mois de juillet 2018 et de la démission forcée du gouvernement de l’administration Moïse-Lafontant, la nation attend du premier ministre nommé M. Jean-Henri Céant un nouveau souffle politique. Vu l’importance du moment historique, il est souhaitable que ce politicien après l’obtention d’une probable ratification parlementaire comprenne l’importante tâche de calmer l’instabilité sociale qui comme un volcan gronde de façon menaçante.

Je ne peux condamner quiconque ferait de tels vœux car nous désirons tous des changements en profondeur et une nouvelle direction pour la barque nationale. Cependant, je crois en toute sincérité que nous ne devons nous leurrer en nous berçant d’illusions comme je l’observe présentement sur la scène nationale. Un premier ministre en Haïti n’est que l’émanation du président. Depuis les trente dernières années, cette fonction étatique n’est qu’un fusible politique coiffant un gouvernement guidé par les simples désirs du Chef de l’État. Certains premiers ministres ont été de meilleurs communicateurs ou de meilleurs stratèges que d’autres. Certains ont bénéficié d’une plus grande confiance du président et ont exercé un pouvoir plus étendu. Certains ont dirigé des gouvernements d’exception issus de coup-d’ états ou enfantés par des transitions politiques. D’autres furent parachutés de l’étranger, jouissant de la confiance de la tutelle internationale. Mais de tout cela, le poste de premier ministre a juste eu le mérite de maintenir une certaine stabilité politique à chaque fois qu’il a été question de renvoyer un gouvernement conspué par le peuple. Une administration exécutive bicéphale où deux têtes pensantes travailleraient en symbiose est plutôt un souhait qu’une réalité.

Cependant, nous convenons que nous n’avons expérimenté qu’une seule cohabitation politique où le président et le premier ministre étaient les produits de chapelles politiques différentes (comme le rend possible la Constitution du pays). Il s’agissait du Président René Préval de Lavalas et de son premier ministre Rosny Smarth de L’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) en 1996-97. De fait, dans notre tradition politique, le premier ministre nommé explicitement par le président ne peut lui être fondamentalement différent – « Kalbas pa janm bay joumou ! ». Donc dans la généralité de notre histoire et notre culture politique le président reste et demeure l’acteur incontournable.

Cependant, j’admets que la conjoncture politique pourrait forcer effectivement le président à former un gouvernement inclusif, consensuel ou pluriel, quel que soit l’appellation politique ou poétique qui lui sera attribuée. Cela est souhaitable. Mais comme le dit une frange de l’opposition : Haïti n’a pas un problème de premier ministre ! Car le vrai virage politique pour sauver le mandat présidentiel à mi-chemin et définir de nouveaux objectifs réalistes sans les myriades de promesses mirobolantes ne peuvent être pris que par le président lui-même. Et l’un de ces objectifs d’après ma compréhension doit être la création massive d’emplois pour une population affamée, aux abois, désespérée et pessimiste.

Si le Président Moïse tient à sauver le reste de son mandat aux fins d’entrer dans l’Histoire par la grande porte, il se doit, à l’aide de son premier ministre, du futur gouvernement et de ses conseillers économiques et politiques d’investir intensivement dans la production nationale et l’agroalimentaire, comme le suggère l’économiste Camille Chalmers. Cet investissement doit se matérialiser par une création massive d’emplois pour un peuple qui a faim et qui veut travailler. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? Il doit faire montre de bonne volonté politique et offrir à la population la perspective d’un nombre précis d’emplois pour tenter de satisfaire ses besoins élémentaires. Toutefois soyons réalistes, tous les besoins ne seront pas satisfaits, toutes les attentes ne seront pas comblées, tout le monde ne sera pas heureux du jour au lendemain dans un peu plus de deux ans et surtout « tout moun pap gen lajan nan poch yo e jwenn manje nan asyèt yo ». Il faut en finir avec le temps de la naïveté politique, du populisme débridé et de la propagande déraisonnable. Il faut de préférence offrir l’espoir d’une avancée sociale dans des discours honnêtes, sincères, optimistes mais ancrés dans la réalité du possible.

Il y a certes une multitude d’autres corollaires sociaux ajoutés aux emplois qui sont de grande importance pour atteindre un apaisement social. Le pouvoir ne les connait que trop bien et le répète souvent dans ses discours. Les urgences sont partout mais un tri s’avère nécessaire pour déterminer celles qui sont prioritaires dans cette conjoncture précise. Nul doute existe en mon esprit que l’opportunité de la création continuelle et croissante d’emplois nous permettra de nous affranchir patiemment de notre misère qui faussement semble être endémique. Par exemple, la valse à venir des 80 millions de dollars que Petrocaribe s’apprête encore une fois à fournir, peut engendrer du travail pour toutes les couches de la société. Qu’il s’agisse de dynamiser la Caravane du Changement, ou de faire du Ministère de l’Agriculture le centre moteur du nouveau gouvernement, le but serait d’arriver à localement produire le plus que possible pour le plus de personnes que possible. Le président et sa nouvelle administration auront libre choix de définir les meilleures stratégies à adopter mais il faut des résultats probants.

La plus grande responsabilité de tout pouvoir face à son peuple est de le nourrir, de lui garantir la sécurité des vies et des biens et de lui offrir les opportunités sociales pour prospérer économiquement. Le président ne peut faire des miracles, le premier ministre ne pourra faire sortir du sang des roches. Mais les élites, les universitaires, la société civile, l’opposition politique et les alliés du pouvoir peuvent et doivent d’un commun accord offrir des idées novatrices pour assouvir la faim du peuple, créer des emplois et offrir des opportunités économiques bénéfiques à toute la population. Tel aurait pu être l’un des buts des Etats Généraux Sectoriels de la Nation ou de la nécessité de créer des « ateliers de la pensée » comme on le fait en Afrique, pour résoudre nos problèmes de par nous-même. Voilà trois questions directes qui méritent des réponses gouvernementales :

  • Combien d’emplois vérifiables dans toutes les couches de la population peuvent être créés le plus rapidement possible pour augmenter la production nationale ?
  • Combien de citoyens et de citoyennes peuvent obtenir un support financier gouvernemental pour s’approvisionner en nourriture à un coût abordable ou gratuitement et pour quelle durée ?
  • Quelles seront les opportunités économiques sous l’impulsion du gouvernement pour l’obtention de crédit et de microcrédit bancaire ou via des coopératives à de très faibles taux d’intérêts pour favoriser l’entreprenariat, créer des industries lucratives et stimuler le secteur privé pour la création de richesses, comme on se plait à les nommer ?

C’est vers de tels objectifs que doivent s’atteler principalement le président et le premier ministre pour tout simplement offrir du concret. La nation attend impatiemment et encore une fois demandera des comptes.

Patrick André

Commentaires

Patrick André
Je suis Patrick André, l’exemple vivant d’un paradoxe en pleine mutation. Je vis en dehors d’Haïti mais chaque nuit Haïti vit passionnément dans mes rêves. Je concilie souvent science et spiritualité, allie traditions et avant-gardisme, fusionne le terroir à sa diaspora, visionne un avenir prometteur sur les chiffons de notre histoire. Des études accomplies en biologie, psychologie et sciences de l’infirmerie, je flirte intellectuellement avec la politique, la sociologie et la philosophie mais réprouve les préjugés de l’élitisme intellectuel. Comme la chenille qui devient papillon, je m’applique à me métamorphoser en bloggeur, journaliste freelance et écrivain à temps partiel pour voleter sur tous les sujets qui me chatouillent.

    Et si on parlait du tabou autour de la menstruation ?

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    Elle n’ira pas l’école parce qu’elle a le Sida

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