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A cet homme sur son lit de mort!

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Je vous entends m’appeler fille!  J’avoue être stupéfaite par le taux d’audace qu’affiche le cadran de votre ruse. Vous semblez ne pas être décidé à laisser une marge de pudeur dans votre registre de machiste réussi. Mais ce que vous appelez réussite n’est autre que l’évaluation du nombre de jupons courus au fil des années. Si votre liste d’erreurs ne se limitait qu’à ce vice, la nature elle-même n’en serait pas contre…Hélas!

Il a fallu que vous soyez vous, rien que vous, celui que je devrais appeler père. Mais heureusement pour moi, j’ai hérité de dons autres que les vôtres, donc mentir ne fait pas partie de mes attributs. Je ne peux que vous appeler Monsieur. Ne soyez pas étonné. Remerciez plutôt la politesse, vertu transmise par ma maternelle à travers mon éducation. Bon, je doute fort que ce concept vous soit familier. Il semble  même absent de votre vocabulaire démuni. Dans votre monde d’intellect, le cerveau semble être totalement exclu, il n’y a de place que pour l’organe situé dans votre bas-ventre. Oh, voyons! Monsieur, ne restez pas bouche bée. Remerciez de préférence l’instruction, car c’est grâce à elle que j’utilise avec sagesse des mots explicites sans une once de grossièreté. Entre nous, je suis polie, pour une progéniture sans concessionnaire.  Néanmoins, pour le type de personne spécial que vous êtes je ne me suis jamais vue comme une simple enfant née de la cuisse gauche. Je me suis toujours considérée comme l’œuvre  bien-aimée du Créateur de l’univers. Si cela ne tenait qu’à vous, mon existence se limiterait à la fécondation et rien d’autre. Ne faites pas semblant de ne rien comprendre, car on sait tous les deux que vous avez demandez de choisir entre vous et moi. Mais ma mère a su prendre une décision divine en me gardant moi et tous les problèmes qui m’accompagnèrent dans sa vie.

J’ai été son châtiment et en même temps source d’une grande repentance; sa seconde chance de renaître spirituellement et de se débarrasser de démons tels que vous. Vous me semblez perdu! Est ce donc une histoire inventée? Non! N’est-ce pas? Alors laissez-moi vous demandez ceci: vous vous êtes senti comment, quand la seule clinique privée qui pouvait mettre au monde une enfant prématurée avait choisi de la garder en otage, et de ne pas la remettre avant que les honoraires du médecin ne soient versés? Je suppose que cette partie aussi fut inventée de toute pièce? Aller dire ca à mon oncle qui a balancé toute son économie pour permettre à sa sœur, ma mère, de me sortir de la clinique en question. Ce même oncle s’est ouvert les veines pour me donner vie parce qu’il pensait que c’était la bonne chose à faire quand on demandait du sang contre ma survie alors que vous étiez dans la même pièce.

Mais malgré tout, je souris à la vie et j’avance quand je pense aux retombées de la vie.  Je ne sais pas si vous ignorez l’existence de Madame Karma, mais permettez de moi vous dire qu’elle est une vraie salope. Alors ne soyez pas surpris de votre situation actuelle. Vous voir étalé sur ce lit d’hôpital fait appel à mon humanité et croyez-moi, je compatis. Mais ce que je n’arrive pas à comprendre c’est que vous me questionnez sur ma présence tardive à votre chevet, alors que moi je ne vous demande même pas où vous étiez à ma naissance? Mon enfance? Mon adolescence? Quand maman est morte, vous étiez où? Quand je trimbalais mes bagages de chez tatie à la pension vous étiez où? Et lors du fameux 12 janvier, vous étiez dans quel trou? Vous n’étiez tout de même pas dans une fosse à ce que je sache. Alors je vous prie de gardez le peu de fierté qu’il vous reste et de vous estimer chanceux de jouir du peu de bien-être que ma présence devrait procurer à un homme comme vous.

Vous voyez, j’ai souvent entendu dire que nous, les femmes, recherchions souvent un trait paternel chez nos futurs maris. Alors estimez-vous heureux d’avoir été le seul trouble mâle dans ma vie car votre profil n’a jamais été dans les critères de sélection pour mon idéal masculin. Sincèrement, je ne ressens aucune envie de vivre pour le meilleur et pour le pire avec mon pire cauchemar. J’ai d’autres ambitions : vivre avec votre clone n’en fait pas partie.

Le plus fascinant dans cette histoire, c’est que je vous remercie de tout ce que vous avez fait. Surpris, hein ? Et oui grâce à vous, je ne me suis pas donnée tant de mal à faire la différence entre être ou ne pas être et vous savez quoi je choisis d’être! Alors que pour moi vous n’aviez jamais été et ne serez jamais. Les Saintes écritures nous disent d’honorer nos parents mais elles nous disent aussi de laisser les morts ensevelir leurs morts. Je choisis donc le second conseil je vous confie aux morts que vous rejoindrez bientôt. Puissent-ils prendre soin de vous comme le fantôme que vous avez toujours été. Pour ce qui est du pardon, je vous l’accorde. Puissiez-vous retrouver la rédemption même si je ne sais pas comment elle fera pour vous trouver.

Ici prend fin ces funestes retrouvailles, je ne vous dis pas adieu mais un au revoir éternel.

Nanine

 

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