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Quel avenir pour le journal Le Nouvelliste ? Grande interview avec Max Chauvet.

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Après plus de 40 ans à la tête du journal Le Nouvelliste, Max E. Chauvet revient sur les succès, les défis et l’avenir du plus ancien quotidien du pays

Le Nouvelliste est le plus ancien et le seul quotidien papier qui existe en Haïti aujourd’hui. Cette compagnie familiale a surmonté la dictature, l’occupation américaine, de nombreux coups d’État, des catastrophes naturelles et tout récemment la régression économique que connaît le pays, en marge des épisodes de Peyi lock et de la pandémie du nouveau coronavirus.

À une époque où les nouvelles technologies de l’information et de la communication occasionnent la naissance d’une pléiade de médias et une infobésité évidente, Max E. Chauvet veut ancrer le journal dans son temps.

Le Nouvelliste compte une présence active sur les réseaux sociaux alors que le portail web du média offre le magazine Ticket et les contenus qu’on retrouve dans le journal papier. Plus récemment, Covid-19 oblige, Livres en folie a migré vers internet, exclusivement.

Mais le « tout en ligne » n’est pas encore rentable et le journal papier l’est de moins en moins. Pourtant, le journal tel qu’on le connaît n’est pas près de disparaître.

Dans cet entretien exclusif accordé à AyiboPost, Max E. Chauvet analyse l’environnement dans lequel évolue le Nouvelliste. Par souci de clarté, cette entrevue réalisée en créole a été éditée et condensée.

Max E. Chauvet, vous avez pris la tête du Nouvelliste en plein troubles politiques qui mèneront au départ de Jean Claude Duvalier et à la fin de la dictature en 1986. Parlez-nous de vos débuts.

Je suis arrivé au journal en 1973. À cette époque, Lucien Montas était le directeur. Je travaillais en tant qu’administrateur, mais j’étais également propriétaire. Je me suis mis en mode apprentissage pour pouvoir me former sur les ficelles du métier auprès de monsieur Montas. Des années plus tard il est mort. J’étais déjà devenu directeur à ce moment-là.

À l’époque, il y avait au moins trois quotidiens : Le Nouvelliste, Le Nouveau Monde et Le Matin. Maintenant, on en est réduit à un seul. Le National n’est plus un quotidien papier, mais un journal électronique.

Durant mon règne, j’ai eu trois rédacteurs en chef. Le premier fut Carlo A. Désinor, à sa mort, ce fut Pierre Manigat Jr., et après le tremblement de terre, c’est Frantz Duval.

Après 1986, nous étions contents, nous espérions que la liberté d’expression serait toujours gardée. Cela a été fait, si bien que de nos jours on a aujourd’hui une multitude de médias. Mais ceci affaiblit la presse aujourd’hui.

Les gens pensent que l’existence de tant de médias est un signe de bonne santé de la presse, mais ce n’est pas vrai. Et maintenant, entrer dans l’ère électronique est un nouveau défi, mais un défi qui présente les mêmes défauts, c’est-à-dire des moyens économiques faibles, et très peu de revenus.

La raison est que tout le monde peut créer un média électronique, tandis qu’avant pour lancer un journal, il fallait investir dans une presse. Le coût d’entrée, pour la télévision ou la radio par exemple, était élevé et cela permettait une sorte de sélection. Mais avec la nouvelle technologie, ce coût a baissé, et maintenant n’importe qui peut faire n’importe quoi.

Photo: Hervia Dorsinville / Ayibopost

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le groupe Nouvelliste s’est mûri avec la création du P’tit nouvelliste, Ticket Magazine ou Tout Terrain. Quel bilan tirez-vous de ces initiatives ?

Pour des raisons économiques, ces initiatives n’ont pas duré. On n’a pas eu les sponsors qu’il fallait. Nous avons relancé deux fois le P’tit Nouvelliste, mais nous n’avons jamais reçu de publicité. C’était un investissement à fonds perdu.

Est-ce que c’est un signal qui démontre que les gens ne sont pas intéressés par la jeunesse haïtienne ? Est-ce que c’est parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’il faut commencer très tôt avec les enfants ? Je ne sais pas, mais toujours est-il que nous n’avons pas réussi.

Ticket était sur version papier, et s’adressait à un public jeune. Le tirage du magazine dépassait largement celui du Nouvelliste. C’était un vrai succès. Il y avait aussi Ticket Max magazine. Mais même si on vend le journal, on doit proposer un prix raisonnable. Et puis, il faut assez de publicités pour le soutenir, ce qui n’était pas le cas.

Sans oublier qu’il y a eu le tremblement de terre du 12 janvier. Après avoir recommencé avec Ticket, on l’a intégré dans le journal du Nouvelliste avec une section, deux fois par semaine. Finalement ça nous coûtait les yeux de la tête, on a dû laisser tomber. On a pensé à tester la presse électronique. Aujourd’hui Ticket prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux, mais cela n’a pas encore été rentabilisé.

Le groupe Nouvelliste ne cesse de se moderniser. L’expérience de la réalisation de Livres en folie en ligne en est la preuve. Comment cela s’est passé ?

La vente en ligne existe depuis dix ans à Livres en folie ; elle représente très peu des ventes. Livres en folie c’est d’abord la rencontre, le partage physique. Mais cette année, on ne pouvait pas l’organiser ainsi, donc on a décidé d’adopter la formule électronique.

Les résultats étaient bons, car par rapport aux années précédentes, les ventes en ligne ont été multipliées par près de 5. Cependant, même si on a vendu environ dix mille livres cette année, on est loin des quarante mille qui se vendent en général dans une journée, dans les éditions précédentes.

Mais c’est quand même un bon signal et c’est une formule que l’on va développer. Parce qu’il y a des gens qui ont vieilli avec Livres en folie et qui n’aimeraient pas faire tout le chemin de croix dans les lignes. Donc, il y aura des gens qui voudront commander en ligne et d’autres qui voudront venir par eux-mêmes, car certains ne viennent que pour l’ambiance.

Est-ce que cette expérience peut se reproduire pour d’autres événements du groupe Nouvelliste, comme Artisanat en fête ?

On ne peut pas faire une vente en ligne avec Artisanat en fête, parce qu’il faut voir le produit qui vous intéresse. C’est-à-dire l’exposition, la présentation est importante. Ensuite, on peut négocier avec l’artisan, et cela fait partie aussi de l’activité.

Je pense que l’Artisanat online à un avenir, mais ce n’est pas un avenir en Haïti. Lorsqu’on sera débarrassé du coronavirus et que le tourisme reprendra dans la Caraïbe, la région pourra devenir un marché. Et là, la vente en ligne pourra être exploitée. Car si on n’arrive pas à trouver d’autres formules pour leur permettre d’exporter davantage leurs produits, les artisans connaîtront une longue traversée du désert.

Photo: Hervia Dorsinville / Ayibopost

Musique en folie n’existe plus depuis plusieurs années, mais le secteur musical en Haïti continue de tenir bon et de se renouveler à chaque difficulté. Maintenant, il y a les live. Est-il possible de trouver une formule comme pour Livres en folie ?

Pour Musique en folie, il y a eu deux problèmes majeurs. Le premier, c’est parce que l’événement devait faire la promotion des CD. Ce n’était pas un festival. Mais aujourd’hui les CD ont disparu, c’est une question de streaming, même si la musique demeure.

Deuxièmement, c’est un problème d’infrastructure. On a commencé au complexe Promenade, ensuite à Bellevue qui s’est révélé trop petit. Puis on a été au Parc de la Canne à sucre ; c’est encore devenu trop petit. Finalement, on a été au Parc de la UNIBANK, où on n’a fait qu’une édition, avant que n’arrive le tremblement de terre.

Les Nations unies et la MINUSTAH ont réquisitionné l’espace. Ils ont fini par le libérer, si bien qu’on a pu organiser Livres en folie au parc, en 2019. Cependant, lorsqu’on parle d’infrastructures, ce n’est pas uniquement l’espace, ce sont aussi les voies d’accès.

Imaginez qu’il y ait une perturbation qui provoque la panique, nous en aurons la responsabilité. Ce n’est pas normal qu’on organise un événement et que Tabarre soit bloqué à cause de cela. Livres en folie l’année dernière, c’était le blocus total !

Comment comptez-vous pallier cette situation ?

Je pense que l’on pourrait s’associer à d’autres opérateurs pour trouver un espace, dans la zone de l’Arcahaie par exemple. Elle se trouve à une trentaine de minutes de Port-au-Prince, ou de la côte des Arcadins pleine de chambres d’hôtel disponibles. Mais il y a tellement de facteurs infrastructurels et sécuritaires qui rendent la réalisation de gros événements très compliquée en Haïti.

J’ai aussi essayé d’organiser un événement pour les enfants, Vol au vent ; cela se déroulait très bien. Mais il faut trouver les sponsors. Il faut que la société comprenne que les enfants ont besoin de distractions, et que la création d’espaces ludiques est importante. On étouffe à Port-au-Prince, on aurait dû avoir des activités au moins chaque mois.

Avant, le journal se trouvait à la rue Bonne Foi, mais au début des années 90, vous avez déménagé à la rue du Centre. Aujourd’hui, avez-vous déjà envisagé de quitter ce local ?

Jusqu’à présent, non. Parce qu’en réalité, où est-ce qu’on irait ? Et on a une unité de presse assez importante, on ne pourrait pas la déplacer aussi facilement. Ensuite, on veut rester là, parce qu’on le veuille ou non, un média doit rester au centre de l’activité politique et de l’administration publique. Actuellement, les administrations publiques se rapprochent de nous. Donc il faut rester là dans la mesure du possible.

Je ne sais pas si les bandits vont nous en chasser. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas encore reçu la visite de bandits cherchant à nous rançonner. En plus il y a la prison [Ndlr: le pénitencier national], nous ne déménagerons que s’ils déménagent. Parce que si la police n’arrive pas à sécuriser la prison, alors on aura de gros problèmes.

Mais depuis mon enfance, lorsque je venais au journal, c’était toujours à la rue du Centre. Sauf que l’espace était très petit. C’est sous mon administration que l’on a construit ce bâtiment-là.

En fait durant la construction, on était en face dans un petit bâtiment. On a passé deux ans dans cet espace. Quelques années plus tard, il y a eu le tremblement de terre, on s’est rendus à Pétion-ville. Il fallait procéder à des travaux pour renforcer la structure. L’administration et la rédaction étaient dans une petite cour derrière le complexe Promenade.

2020 vous fait presque 40 ans en tant que directeur du Nouvelliste, quelle a été votre année la plus difficile à la tête de cette institution ?

L’année dernière a été la plus mauvaise d’entre toutes. C’est la première année ou le Nouvelliste a connu une régression économique. Peyi lock et insécurité ont obligé mes livreurs à abandonner certaines zones. C’était devenu impossible de les envoyer livrer le journal à Martissant, chaque matin, par exemple. De plus, nous fonctionnons 24 heures sur 24. L’équipe des pressiers a l’habitude de quitter le journal à trois ou quatre heures du matin.

On doit s’assurer de leur sécurité. Ce n’est plus possible pour eux de prendre une camionnette pour rentrer tranquillement chez eux. Ce sont des inquiétudes que je n’avais pas avant. Et tout ceci affecte le fonctionnement du journal.

Qu’avez-vous choisi de faire à ce moment ?

Avec la gourde qui perd de sa valeur, ce n’est pas possible d’ajuster le salaire de nos employés, sans prendre une décision impopulaire. On a dû licencier des collaborateurs. J’étais en présence d’un dilemme où il fallait choisir entre renvoyer les uns, garder les autres, et augmenter leur salaire. Ou bien, de les garder tous et mettre tout le monde dans une situation inconfortable.

Mais ma vision a changé. Lorsque j’ai investi après le tremblement de terre, j’ai réparé ma presse. J’ai investi dans une nouvelle presse plus performante, parce qu’avant j’avais une petite presse qui pouvait tirer 24 pages, dont 8 pages couleur. Maintenant, on a une presse qui tire 32 pages, dont 16 en couleur. Les choses allaient mieux.

Mais quand j’y pense aujourd’hui, j’aurais pu investir 600 000 dollars américains au lieu d’un million de dollars. Lorsque j’ai un gros tirage, j’aurais pu faire deux tirages au lieu d’un seul. C’est pour vous dire qu’à l’époque, je voyais la vie en rose, maintenant, c’est plutôt gris.

À présent, j’ai un journal de moins en moins épais. Et je demande à mes journalistes de proposer des textes plus courts, plus concis. D’un autre côté, mon lecteur a développé d’autres habitudes, il nous faut plus de titres, plus de contenus. S’il y a reprise économique, on pourrait avoir une amélioration, mais ce n’est pas pour demain.

À partir de 1983, vous avez cessé d’utiliser les grandes feuilles au profit du format tabloïd. Ticket n’est disponible que sur Internet, quelques années seulement après sa création. Et, avec les épisodes répétés de Peyi lock, on remarque que le journal réduit considérablement le volume des feuilles imprimées. Pensez-vous que nous nous dirigeons vers la disparition du papier journal en Haïti ?

On est passé au format tabloïd parce qu’il est plus pratique, et aussi pour avoir des sections mieux définies. Parce que lorsque vous avez un gros journal de vingt pages, tout est entremêlé. On a changé le concept pour segmenter le journal en National, économie, culture, et autres.

En réalité, on subventionne le papier. Parce qu’on dépense plus de cinq cents gourdes pour le papier journal. Et moins de cinq cents gourdes reviennent à l’entreprise, car le livreur perçoit un pourcentage. Un petit journal de seize pages, c’est près de mille dollars américains par jour. Et là, je ne parle même pas d’encre, uniquement pour le papier.

Mais il ne faut pas avoir peur du changement, le papier ne va pas disparaître. Je prends toujours pour exemple la musique. Les supports ont changé au fil du temps, néanmoins la musique demeure. Et si le journal papier doit disparaître, il y a de nombreuses lois qui doivent changer. Parce que jusqu’à présent, la loi exige que certains avis soient publiés dans un ou deux journaux à grand tirage.

Mais le jour où cela va changer, où cette source de revenus sera affectée, la presse écrite, représentée par le Nouvelliste, devra alors s’adapter.

En 2020, comment le nouvelliste se situe maintenant dans ce monde qui est en perpétuel changement ?

Premièrement, le site du Nouvelliste est bien positionné. Il est de loin le site le plus visité. Mais il n’est pas rentable parce qu’à peu près 40 % des visiteurs ne sont pas en Haïti. Et il n’y a pas d’entreprise en Haïti assez importante pour justifier la publicité pour ces 40 % qui sont à l’étranger. Le site internet est un investissement à long terme. L’objectif pour nous c’est de demeurer le site de référence.

Quant aux réseaux sociaux et à notre application mobile, on s’y est pris assez tôt, on s’est bien positionné aussi. Mais la publicité n’est pas au rendez-vous non plus. Pourtant si on considère les chiffres de Facebook, Instagram, Twitter, et ceux du site internet, on arrive à atteindre plus d’un million de personnes pour Nouvelliste et Ticket. Je ne vais pas mettre différents médias en compétition, mais la radio ne peut pas obtenir ces chiffres. Pourtant on continue à faire de la publicité à la radio, et très peu sur les sites. Mais je ne vois pas encore les dividendes, et cela m’inquiète.

Mais je pense que l’avenir est là, c’est à nous de convaincre ceux qui nous font vivre de faire de la publicité sur les réseaux sociaux. Parce que pour moi, mes compétiteurs sont aussi ceux qui vendent eux aussi de la publicité. Pas uniquement les médias, mais ceux qui font les billboards aussi. La compétition est multiforme et nombreuse.

Et là, je pense à ces journaux comme Ayibopost ou bien PapPost. Après la fougue des débuts comment ils vont faire pour tenir ? Parce que moi avec tout cet audimat, je n’arrive pas à rentabiliser.

Qu’envisagez-vous de faire alors pour le Nouvelliste ?

Pour être indépendants des commanditaires, nous envisageons de faire payer l’abonnement en ligne. C’est notre objectif futur, mais les défis sont là. Le premier concerne les lois en Haïti sur la propriété intellectuelle. Disons que l’on fasse payer le site, il faut que les textes publiés soient protégés et que n’importe qui ne puisse les plagier. Il nous faut cette protection.

Ce n’est pas pour maintenant, mais on va y arriver. Les abonnés au journal papier auront accès gratuitement au site, mais pour les autres, ce sera payant. Maintenant, est-ce que le public va répondre ? Si j’abandonne définitivement le papier à cause de son coût, est-ce que je vais pouvoir récupérer ces gains en ligne ? Je n’ai pas les réponses à ces questions.

Si nous avons la qualité et la crédibilité, nous devons générer de nouvelles ressources. Ce sont les ressources qui permettent de s’améliorer. Par exemple, on pourrait créer une section dédiée à l’investigation. Mais cela coûte du temps et de l’argent. Car les reporters peuvent travailler durant un mois ou plus sur un dossier, qui ne produit qu’un seul document, mais il faut les payer décemment pour qu’ils ne soient pas soudoyés, etc.

Et il est temps que nous ayons deux ou trois journalistes spécialisés pour le numérique uniquement. Parce que le fonctionnement du journal écrit n’est pas le même que le journal électronique. Dans la presse écrite, on a des éditions qui sont préparées, on a des articles qui sont prêts aujourd’hui pour être publiés dans le tirage de demain. Nos journalistes n’ont pas ce réflexe d’écrire immédiatement après la réception de la nouvelle. Mais je n’ai pas encore de revenu pour monter une telle équipe.

Comme je l’ai déjà dit, il y a certaines questions auxquelles je n’ai pas encore de réponses. Est-ce que le Nouvelliste sera un portail qui accueille en son sein une multitude d’autres médias en ligne ? Est-ce que le Nouvelliste va développer d’autres stratégies en devenant plus vidéo et audio au lieu de l’écrit ? Est-ce que l’avenir n’est pas dans les capsules d’information ? Peut-être, je réfléchis à tout cela.

Jameson Francisque a participé à l’édition de cette interview

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Hervia Dorsinville
Journaliste résolument féministe, Hervia Dorsinville est étudiante en communication sociale à la Faculté des Sciences humaines. À Ayibopost, elle écrit sur les sujets de société, la culture et la technologie. Passionnée de mangas, de comics, de films et des séries science-fiction, elle travaille sur son premier livre.

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