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Les dentistes de la Fondation Max Cadet bravent le Coronavirus pour servir la population

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Puisqu’au temps du Covid-19 les maux de dents et de gencives ne s’estompent pas, les responsables de la clinique de la fondation Max Cadet courent le risque de continuer de fonctionner

Il est environ 10 h 30. Des dizaines de personnes font la queue dans les locaux de la clinique dentaire de la fondation Max Cadet (CFMC) située à Canapé Vert.

Les patients de la CFMC viennent de partout. Un monsieur venant de Le Lambi dans la commune de Gressier se retrouve depuis 7 h 30 du matin sur la cour de la clinique pour le nettoyage de ses dents. « Je n’ai pas encore vu le dentiste, mais l’on ne va pas tarder à me faire appeler, dit-il sur un ton apaisant. »

L’homme dit qu’il fréquente la clinique depuis 2019 et affirme être satisfait des services offerts.

L’épidémie du nouveau Coronavirus a chamboulé le quotidien de plusieurs professions. Parce qu’ils sont en contact avec la salive de leurs patients, les dentistes sont très exposés.

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En France, tous les cabinets dentaires ont fermé leurs portes le 18 mars, sauf urgence. Ils reprennent les activités progressivement depuis le 11 mai, date officielle du déconfinement dans ce pays. Panorama similaire aux États-Unis où l’Association des Dentistes américains avait « recommandé » aux professionnels de n’offrir que les services d’urgence.

En Haïti, l’administration en place n’avait pas formellement émis une décision pour le métier. Mais les professionnels rapportent une diminution du nombre des consultations et un manque de matériels de protection. Si la grande clinique bucco-dentaire de la Faculté d’odontologie reste fermée, la fondation Max Cadet n’a pas chômé pendant la période.

Photo: Laura Louis / Ayibopost

Des activités non-stop

Dans la réception du centre, les petits enfants jusqu’aux personnes âgées portent des masques ou des morceaux de toile qui leur barrent le visage pour se protéger contre le Covid-19. Ils attendent qu’on leur cite le nom pour voir un dentiste.

Une dame d’une cinquantaine d’années pensant qu’on lui avait appelé s’amène à pas feutrés en s’appuyant sur sa canne avec une main, tenant dans l’autre, sa fiche de rendez-vous. Une infirmière lui fait remarquer qu’elle s’est trompée de rendez-vous. « Madame, on ne vous a pas appelé, lui dit-elle, calmement. En plus, selon ce qui est écrit dans votre fiche, vous avez rendez-vous la semaine prochaine. On est vendredi, revenez mardi. »

Et la dame d’un air résigné se retourne avec sa fiche.

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Pendant ce temps, les activités continuent à la clinique. Des gens sur la cour pianotent sur l’écran de leur smartphone, afin de faire passer le temps. D’autres en entendant leur nom se lèvent avec empressement. Une dame âgée n’ayant aucune dent vient d’être appelée. Accompagnée d’une aide-soignante, elle se dirige vers le service du laboratoire de l’institution pour aller essayer sa prothèse dentaire.

Couchée sur la chaise, la dame regarde d’un air serein le médecin qui chauffe la cire composant la prothèse qui va lui redonner le sourire. C’est le Dr Mondésir Tima qui prend en charge les patients qui font des demandes pour des prothèses dentaires.

Photo: Laura Louis / Ayibopost

« Généralement dit Dr Tima, quand le patient n’a plus de dents, nous lui confectionnons une prothèse dentaire qui va redonner à sa bouche sa fonctionnalité. Il y a une première empreinte, qu’on appelle mesure buccale ou le patient vient essayer sa prothèse. Après cette étape, il faut prendre une autre empreinte de certitude pour avoir une précision dans les limites à respecter pour que la prothèse soit stable dans la bouche du patient. C’est un long processus qui peut s’étendre sur plusieurs rendez-vous. »

Dr Tima et ses collègues collaborent avec Julio Philippe qui prépare les prothèses dentaires. Cet homme n’est pas médecin, mais il connaît bien le travail des médecins parce qu’ils travaillent à CFMC depuis 15 ans. Philippe porte sa visière avec son nom écrit dessus et prépare un matériel dentaire.

Des mesures pour diminuer les risques 

« Depuis que le pays a enregistré les premiers cas confirmés au nouveau coronavirus, nous avons dû surseoir tous nos services pendant plus d’une semaine », explique Geneviève Cadet, la directrice générale du centre.

Elle ajoute que par la suite l’administration de la clinique a décidé de continuer de travailler tout en prenant des mesures pour protéger le personnel et les patients.

Photo: Laura Louis / Ayibopost

Avant la pandémie, la CFMC fermait ses portes tous les jours à 4 heures PM, de nos jours les barrières se ferment à 1 h, mais le personnel continue de soigner tous les patients qui sont déjà à l’intérieur.

La directrice générale de l’institution avance que d’autres mesures ont été prises en vue de réduire les risques de la propagation du Covid-19. Tout le personnel de la clinique porte en plus des blouses médicales, des masques, des lunettes, bonnets et des visières pour se protéger.

« À chaque fois qu’un patient vient de sortir, le personnel désinfecte le lieu pour ne pas mettre en danger le nouveau patient qui viendra. Ensuite, comme cela se faisait avant, tous les matériels utilisés pour le soin des dents sont lavés à la main et décontaminés à la machine pour être conservés », rajoute Cadet.

Photo: Laura Louis / Ayibopost

C’est une dame du nom d’Audette qui se charge de la décontamination des matériels dans un service qui est disposé à cette fin.

Par ailleurs, dans le même souci de réduire les risques liés au Covid-19, Geneviève Cadet avance que le personnel soignant travaille par roulement. Le Dr Mondésir Tima est seul avec sa patiente. S’il y a nécessité, il peut faire appeler un ou deux aide-soignants pour l’assister.

C’est pareil pour la dentiste Nathalie Jean Pierre affectée au service de la dentisterie opératoire où l’on fait la restauration des dents cariées. Dr Jean Pierre est accompagnée de l’infirmière Sherline Joacimé pour soigner une patiente.

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Mais en général, cela ne se passe pas ainsi. « Dans tous les services, il y a deux chaises pour recevoir deux patients. Deux dentistes soignant chacun, un patient avec deux infirmières qui les assistent. Ce qui fait au total six personnes dans une chambre. Mais à cause du Covid-19, nous avons changé notre façon de faire », ajoute Geneviève Cadet.

Cadet n’est ni médecin, ni infirmière, elle est gestionnaire. Mais elle maîtrise le travail de ses employés. « Nous offrons des soins bucco-dentaires, nous sommes en contact en permanence avec la salive des gens, l’une des voies qui permettent de transmettre le Covid-19. Mais nous sommes des soldats, nous devons continuer de travailler.  »

Elle souligne que les chirurgiens-dentistes sont aussi importants que les autres médecins. « De bonnes dents garantissent une bonne santé. Il y a des pathologies au niveau des dents qui peuvent attaquer d’autres organes du corps. Les dentistes font des miracles, ils redonnent le sourire à beaucoup de gens. Mais l’État ne comprend pas vraiment l’importance de ses professionnels », argumente Geneviève Cadet.

Une organisation à but non lucratif

Selon Geneviève Cadet, la clinique de la fondation Max Cadet est une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui a été fondée en décembre 1992. Elle a pour objectif de fournir des soins dentaires aux plus démunis. La CFMC porte le nom du Dr Max Cadet, un chirurgien-dentiste qui a consacré toute sa vie à la dentisterie. C’était le père de l’actuelle directrice de l’institution.

Photo: Laura Louis / Ayibopost

« Il a été diplômé en chirurgie dentaire en 1939 et a aussitôt ouvert une clinique dans sa ville natale à La Petite Rivière de l’Artibonite. Mon père traitait ses patients avec respect. Il allait les soigner en bac, à cheval, à bicyclette ou à pied. En 1949, il a été nommé chirurgien-dentiste en chef de l’Hôpital Immaculée Conception de Port-de-Paix  par l’Administration de la Santé Publique », explique la fille du feu Max Cadet qui ajoute que celui-ci a aussi travaillé à Port-au-Prince notamment à Bicentenaire dans le Centre Pédodontique et à Portail Léogâne dans le dispensaire de la zone.

À la suite de la mort du chirurgien-dentiste le 28 juin 1992, sa famille a créé une fondation pour honorer son mémoire. L’établissement se trouvait dans la localité Sainte Marie à Canapé Vert où la veuve du Dr Cadet, Thérèse Cadet (décédée en 2012) dirigeait une communauté.

En 2010, après le tremblement de terre, les responsables de la fondation ont laissé la communauté Sainte Marie parce que leur local était trop restreint. Depuis 10 ans, ils sont logés sur la route de Canapé Vert. Depuis l’entrée de la clinique jusqu’aux différents services, il y a des portraits du Dr Max Cadet et des plaques d’honneur qui lui ont été décernés.

Depuis bientôt 28 ans, cette institution offre des soins bucco-dentaires. Les étudiants diplômés de la Faculté d’Odontologie de l’Université d’État d’Haïti viennent régulièrement y faire leur stage. Actuellement le personnel soignant comprend 40 personnes et la consultation se fait à 100 gourdes.

Laura Louis

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Laura Louis
Laura Louis est journaliste à Ayibopost depuis 2018. Elle a été lauréate du Prix du Jeune Journaliste en Haïti en 2019. Actuellement, elle est étudiante finissante en Service social à La Faculté des Sciences Humaines de l'Université d'État d'Haïti.

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