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« J’ai le coronavirus », témoigne un Haïtien de Montréal

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Wilbens Chery sait depuis près de quatre jours qu’il est infecté par le Covid-19

Depuis le lundi 11 mai 2020, Wilbens Chery est au courant qu’il vit avec le nouveau coronavirus dans son corps. « Comme je travaille dans un centre hospitalier, dit-il, je savais que cela pouvait arriver. De plus, j’ai trois autres personnes de mon entourage qui ont aussi un rapport direct avec les hôpitaux. D’un autre côté, à Montréal, la communauté haïtienne est très touchée par la maladie. »

L’homme, père d’un enfant de 15 mois, ne va plus au travail. Il était un travailleur essentiel qui sortait tous les jours. Aujourd’hui, il est l’une des plus de quatre millions de personnes que le Covid-19 a infectées.

Jusqu’à présent, le Canada compte plus de 73 000 cas de coronavirus. Plus de 5 400 personnes ont péri dans cette épidémie, dans ce pays. Le Québec est la région la plus touchée avec plus de 40 000 cas de contamination. Au Québec, la ville de Montréal semble être l’épicentre de l’épidémie tant les nouveaux cas y sont quotidiens.

Wilbens Chery et son fils

Beaucoup d’Haïtiens ont élu le Québec comme province de résidence au Canada. Une grande partie d’entre eux vit à Montréal. Wilbens Chery est l’un de ces Haïtiens. L’homme de 31 ans a émigré au Canada il y a deux ans. Il est désormais un résident permanent. Il travaille dans un hôpital, « le plus grand de Montréal ».

Une infection surprise

Wilbens Chery n’a ressenti aucun symptôme qui aurait pu l’alerter. « C’est une proche, ma belle-sœur, qui a été testée positive. Elle est infirmière. Elle a récemment appris qu’une personne avec laquelle elle avait eu des contacts était atteinte du virus. Elle s’est fait dépister. ».

Lui aussi décide de prendre rendez-vous pour subir le test de le Covid-19. Tout se passe normalement. « Je n’ai même pas eu à descendre de ma voiture, explique Wilbens Chery. Ils ont fait des prélèvements sur ma langue et dans une narine. La sensation était assez désagréable. »

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Après cette étape nécessaire, il rentre chez lui. Il est un peu stressé dans l’attente des résultats, mais pour lui, ce n’était qu’une formalité pour rassurer ses employeurs qu’il allait bien, même si une proche était touchée.

Sauf qu’il ne va pas bien. « Lundi, j’ai su que le test était positif, dit Wilbens Chery. Ma femme était positive aussi. On nous a priés de rester en isolement chez nous, et d’appeler un certain numéro seulement si on avait des problèmes respiratoires. »

Depuis, Chery doit rester en isolement chez lui. C’est alors qu’il dit comprendre comment il est difficile de rester à la maison, lui qui sortait tous les jours.

Début des symptômes

Même s’il a été mis au courant de son statut sans aucun symptôme, Wilbens Chery n’est pas asymptomatique. « Je ne sais pas si c’était dû au stress, mais le lundi où j’ai eu connaissance des résultats, j’ai commencé à ressentir des symptômes. J’avais des courbatures, j’étais fatigué. Puis le lendemain j’ai eu un très léger rhume. Pour finir, je me suis rendu compte en me baignant que j’avais complètement perdu mon odorat. Je ne prenais plus l’odeur du savon ni d’aucun parfum. »

Sa femme pour l’instant n’a encore développé de symptômes. « J’essaie de rester serein. Mais ma femme s’inquiète un peu plus que moi, pour notre enfant surtout. Il n’a pas été testé parce qu’il n’a pas encore deux ans. Mais, même si les statistiques montrent qu’il n’y a pas trop à craindre, on se fait un peu de mauvais sang quand même. Nous pensons qu’il a le virus, mais qu’il est un porteur sain. »

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Pour ne pas inquiéter les siens en Haïti, seuls quelques membres de sa famille sont au courant de sa maladie. Sa mère, hypertendue et vieillissante, n’est pas informée, pour éviter le pire. Lui, il attend, et essaie de se reposer. « On ne m’a rien prescrit de particulier, dit-il. Mais, si j’ai mal à la tête, les autorités ont dit que je pouvais prendre du tylenol. Sinon, ce sont surtout les Haïtiens qui me conseillent de boire tel ou tel autre thé. Heureusement que je n’ai pas d’autres conditions médicales comme l’hypertension ou le diabète. »

Pour le moment les journées de Wilbens Chery sont ordinaires. Il profite pour parler un peu plus au téléphone, et fatiguer ses yeux dans les séries Netflix. S’il n’a plus aucun symptôme, il pourra mettre fin à son isolement le 25 mai. Mais pour son travail, il ne pourra pas y mettre les pieds avant d’avoir passé deux autres tests qui doivent tous deux se révéler négatifs.

Précautions et sensibilisation

Wilbens Chery prenait toutes les précautions d’usage pour lutter contre le coronavirus. Il mettait des masques à visière et des gants, compte tenu de son travail. Maintenant qu’il est infecté, il ne peut pourtant pas se relâcher dans l’observation de ces mesures. « Les autorités sanitaires nous ont dit de prendre encore plus de précautions, de désinfecter la maison régulièrement. Non seulement pour protéger les autres, mais aussi pour ne pas tomber malade à nouveau, après qu’on soit guéris de l’infection. »

Mais comme ils sont tous les deux infectés par le coronavirus, la distanciation sociale entre sa femme et lui n’a pourtant plus raison d’être.

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Parce que les infections à le Covid-19 sont nombreuses à Montréal, avec même des cas de décès dans la communauté haïtienne, les personnes atteintes du virus ne sont pas stigmatisées, d’après Wilbens Chery. En Haïti, alors que les cas positifs augmentent sans cesse, il est d’autant plus important de sensibiliser la population, croit-il. « C’est la chose la plus importante, affirme Wilbens Chery. Je ne trouve pas que la population haïtienne prend la maladie au sérieux, alors qu’elle le devrait. »

En effet, le coronavirus n’a pas bonne presse dans le pays. Depuis le premier cas suspect, celui du professeur Nelson Bellamy qui a failli être lynché, les incidents se succèdent. Des patients se sont échappés d’hôpitaux où ils étaient en suivi, des membres de la population ont menacé de brûler des centres hospitaliers.

À date, le pays compte officiellement 273 infections pour une vingtaine de décès.

Le transport en commun, véritable vecteur de l’infection, n’est pas plus régulé qu’avant, alors que nous ne sommes même pas encore au pic de l’épidémie, selon les avis d’experts.

Jameson Francisque

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Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie. Je m'intéresse à la politique et à l'économie. Ah, j'écris aussi un peu de poésie, histoire de faire passer la vie.

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