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Ce sauveur que le Brésil attend !

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Comme pressenti, Tite est le nouveau sélectionneur du Brésil. L’ancien entraineur des Corinthians remplace Dunga à ce poste qui s’est fait limogé depuis le fiasco de la Copa America Centenario. Le technicien de 55 ans a été présenté ce lundi par la Confédération brésilienne de Football. Il aura pour principale mission de qualifier la Seleção pour la prochaine Coupe du monde en Russie en 2018. Très apprécié au Brésil, il avait défrayé la chronique en signant un manifeste réclamant le départ de l’actuel Président de la Confédération brésilienne de football (CBF), Marco Pollo. Adepte des valeurs démocratiques et farouche partisan de la transparence et de la modernité, il avait ouvertement critiqué ses futurs collaborateurs, à l’époque. Imposé par le contexte, il arrive en sauveur d’une équipe brésilienne en quête de repères et de références. Avec les «Auriverde», il s’apprête à relever, sans aucun doute, le plus grand défi de sa carrière. Les quintuples champions du monde n’existent plus que par leur glorieux passé. Dans le jeu comme dans les résultats, le football brésilien souffre énormément de la comparaison avec les autres grandes nations footballistiques. Un grand chantier attend donc, Tite. Et le temps n’est pas son meilleur allié.

Le Brésil, une gloire perdue…

Figure paternelle du «Jogo Bonito», le Brésil a perdu son football. Ce jeu chatoyant axé sur la possession et la transmission rapide qu’on connaissait à la Seleção n’existe plus que dans les annales. Aujourd’hui, l’Espagne et l’Allemagne revendiquent, à bon droit, la paternité du beau jeu. Du football champagne. Le «Tiki Taka» espagnol a renvoyé le «Football Samba» dans les profondeurs de l’histoire. Si loin, que seuls les nostalgiques du bon vieux temps oseraient aller le chercher. Avec la défaite face à l’Italie en 1982, le Brésil n’a pas uniquement perdu la coupe du monde, il a aussi perdu sa culture, sa personnalité et son identité. Soucieuses de se mettre à la mode européenne, les autorités du football brésilien ont opté pour la rigueur et la culture de résultats. Vexé par l’élimination de la merveilleuse équipe composée de Zico, Falcão, Sócrates et consorts, le football brésilien s’est rationalisé. Cette formule n’allait pas tarder à porter ses fruits, car en 1994, après vingt-quatre ans de disette, le Brésil allait à nouveau remporter la Coupe du monde. Grâce à un football fermé, d’une rare pauvreté, indigne de la magie brésilienne, l’équipe de Carlos Alberto Pareira souleva la coupe du monde. Ce titre anecdotique scella une rupture entre le Brésil et ce qui fit sa force. La consommation de ce divorce a été effectuée sous l’autorité d’un homme: Carlos Dunga. D’une rigueur indescriptible, ce milieu de terrain, capitaine de la Seleção dans les années 1990 aura été le symbole de cette transformation. Comme joueur ou comme entraineur, il a défendu ses nouvelles vertus. Remarquablement organisée derrière, la Seleção a profité des coups de génie de Romario ou de Bebeto pour faire la différence en attaque. Cette Coupe du Monde a dépouillé le Brésil de son âme. Huit ans, plus tard les Brésiliens ont retrouvé les sommets, après un autre échec en finale face à la France quatre ans plus tôt. En dépit du système défensif mis en place par Scolari, les nombreux talents de cette Sélection (Roberto Carlos, Ronaldinho, Rivaldo, Ronaldo) la tirèrent vers le haut. Fébrile, peu inspirée dans sa tenue d’ensemble, cette Seleção doit, en grande partie, son succès à la classe de ses trois magiciens de l’attaque.

Depuis lors, les entraineurs se sont succédé sur le banc de la Seleção, mais les résultats ne suivent pas. Les échecs répétés en Coupe du monde (2006, 2010, 2014) ont rappelé au Brésil que cette tactique défensive avait ses limites. Et en l’absence de joueurs de classe mondiale, elle avait très peu de chance de succès. La dernière humiliation de la Coupe du monde 2014 face à l’Allemagne est, à ce jour, la plus grande claque reçue par le Brésil. Plus que le « Maracañazo », le 16 juillet 1950, cette défaite 7-1 face à l’Allemagne, hantera les Brésiliens pendant des décennies. Car, cette fois-ci, ils n’ont pas été battus par le sort ni par le destin, mais par le jeu. Chez eux, dans leur stade, devant leur public, les Auriverde ont reçu une leçon de football dont ils se souviendront encore longtemps. Les Allemands ont détruit un mythe. Ils ont enterré le Brésil et son prestige avec lui. Ce jour-là, Moacir Barbosa, ce martyr de la tragédie de la finale de la Coupe du Monde perdue face à l’Uruguay, a dû se trouver un successeur en la personne de Luis Felipe Scolari. L’humiliation fut si grande que l’on rapporte qu’à la mi-temps (5-0), les Allemands eurent pitié de la Seleção. Et qu’ils jurèrent de lever le pied. Les deux nouveaux buts de Schrüle en deuxième mi-temps ont plongé tout le Brésil dans la honte, dans la consternation. À genoux, le Brésil ne s’est plus relevé.

Au lieu de se remettre en question après cet affront, la CBF a préféré la continuité au changement qu’incarnait Tite. Dunga, limogé suite à l’élimination face à la Hollande en 2010 fut rappelé à la tête de la Seleção. Un peu pour confirmer les intentions défensives du Brésil. Marcelo, David Luiz, Oscar, Dani Alves (pendant un certain temps), Fernandinho… trop offensifs sous l’ère Scolari ont été écartés au profit des bétonneurs comme Renato Augusto, Elias, Gil, Miranda etc. Dunga créa un tapage médiatique en privant Thiago Silva du Brassard de Capitaine pour le remettre à Neymar. Il chamboule tout. Il radicalise tout. Mais, il ne gagne rien. Au contraire, le Brésil se fait éliminé bêtement en Copa America successivement par le Paraguay (quarts de finale) et le Pérou (premier tour). Dunga n’a pas réussi son come-back. Il n’a jamais été l’homme de la situation, d’ailleurs. Car, quand le Brésil se mettait à défendre contre le Venezuela, on s’est dit que la Seleção avait touché le fond. Zico qui a salué l’officialisation de Tite a déclaré par la suite que le Brésil a perdu deux années en choisissant Dunga. Devant cet échec total, il ne pouvait que plier bagage, laissant au passage un cadeau empoisonné à successeur.

Dans des propos recueillis par le magazine l’Équipe, le nouveau sélectionneur du Brésil a évoqué brièvement son projet de jeu. L’identité de jeu, c’est la triangulation, l’échange des passes, l’infiltration. Quand on perd le ballon, il faut tout de suite chercher à le récupérer avec un pressing haut ou bas, et être fort dans les coups de pied arrêtés, a-t-il expliqué.

Certaines caractéristiques similaires au football total apparaissent dans le plan de Tite. Une bonne nouvelle, car depuis plus d’une trentaine d’années, le Brésil a oublié les fondamentaux sur lesquels sa légende a été construite. En tout cas, ne serait-ce que dans les intentions, le pays du football semble vouloir renaître de ses cendres. Aussi faut-il pouvoir le faire. Car, pour réussir de bonnes choses dans le football, les bonnes volontés ne suffisent pas. Il faut avoir les moyens de sa politique. Il faut avoir du talent. Or, sur ces dernières années, le Brésil n’est plus ce réservoir de talents qui enchantaient l’humanité du football. Pélé, Garrincha, Rivelino, Zico, Romario, Ronaldo… ces étoiles n’ont pas trouvé d’héritiers. À ce jour, Neymar est le seul joueur en activité qui puisse prétendre à un tel statut. Aussi doit-il pouvoir confirmer tout le bien qu’on pense (qu’on dit) de lui. Sans vouloir défendre les choix de Dunga (Elias, Gil, Renato Augusto, Jonas), on se demande s’il avait vraiment le choix. Le Brésil est à la peine. Son football traine. Ses déboires s’enchainent. Le Brésil ne fait plus peur. Il est rentré dans les rangs. Avec Tite, le Brésil se donne un nouveau souffle. Une nouvelle vision. Une nouvelle manière de voir les choses. Car, du train que vont les choses, il se dirige, tout droit, vers le néant. Tite aura donc, la lourde responsabilité, non seulement d’arrêter cette hémorragie, mais aussi et surtout de remettre la Seleção sur les rails.

Aux grands maux, de grands remèdes…

Au bord du précipice, le Brésil a besoin d’un grand coup de balai. Mieux encore, d’une grande révolution. Pour aller dans la bonne direction, il va falloir faire des choix forts. Prendre les décisions qui s’imposent. Pas franchement aidé par le temps, Tite devra agir vite. Déjà que les 2 et 5 septembre prochain, le Brésil affrontera l’Équateur et la Colombie en éliminatoires de la Coupe du monde. Sixième, et donc virtuellement éliminés de la course au mondial, les coéquipiers de Neymar n’auront plus le droit à l’erreur. Au risque de manquer, pour la première fois de leur histoire, une phase finale de Coupe du Monde. Ce qui serait vécu au Brésil, comme un véritable drame national.

Des dossiers épineux attendent le nouveau sélectionneur brésilien. Le capitanat de Neymar. La mise à l’écart de Thiago Silva. L’éclosion d’un numéro 9? Le chantier est grand. La tâche est immense. Contre la montre, la course de Tite est engagée.

Carlos Alberto, ancienne gloire de la Seleção et capitaine de l’équipe championne en 1970, a déclaré que s’il était sélectionneur du Brésil, il enlèverait le brassard à Neymar. Ce serait pour lui un moyen de lui enlever la pression. De le laisser jouer. Il y a, il est vrai, d’énormes pressions sur les petites épaules de la star catalane. Lui enlever, le capitanat serait lui retirer une partie de ses responsabilités. Le soulager de ce pesant fardeau. Depuis, qu’il a été intronisé Capitaine de la Seleção, Neymar n’est plus le même joueur. Il a enchainé les contre-performances et les coups de sang. Si brillant sous les couleurs nationales, l’ancien joueur de Santos reste sur plusieurs prestations décevantes. Après des débuts tonitruants, le No. 10 brésilien ne flambe plus. Même s’il se dit indécis pour le moment, Tite doit sérieusement y penser. D’autant que le leadership du talentueux brésilien n’est pas exempt de tous reproches.

Coupable désigné du fiasco du mondial 2014, Thiago Silva vit des heures sombres en Seleção depuis. Alors qu’il n’avait même pas participé au match contre l’Allemagne, suspendu, le Parisien n’a pas été épargné par les critiques. Au Brésil, on lui reproche sa fragilité émotionnelle. C’est en partie pour cela qu’il s’est attiré les foudres de Dunga. Lors de la Copa America 2015 au Chili, l’ancien défenseur milanais s’est rendu coupable d’une terrible faute de main qui a coûté un pénalty son équipe. Par voie de conséquence, le Brésil a été éliminé dès les quarts de finale par le Paraguay. Et depuis lors, il n’a plus rejoué avec les Auriverde. En dépit des insistances de certaines voix autorisées du football brésilien, dont celle de Bebeto, Dunga persistait à le mettre à l’écart. Considéré comme l’un des meilleurs défenseurs en Europe, Thiago Silva ne fait plus l’unanimité dans son pays. Pour lui, pour le Brésil et pour Tite, c’est maintenant ou jamais. 

Depuis la retraite de Ronaldo, le Brésil est en panne de buteur de grande qualité. Les espoirs placés en Pato ont finalement été vains. Adriano dont on avait fait le digne héritier du «fenomeno» n’a pas tenu toutes ses promesses. Les frasques extrasportives de l’ancien buteur de l’Inter ont eu raison de lui et de sa très prometteuse carrière. Fabiano a fait son boulot, mais il était trop limité techniquement pour porter l’attaque de la Seleção. Fred et Vagner Love n’ont jamais eu le niveau. Diego Costa a préféré l’Espagne. Le Brésil se cherche désespérément un numéro 9 digne de ce nom. Dans la lignée des Leonidas, Ademir, Zizinho, Jairzihno, Romario, Ronaldo… l’éclosion d’un attaquant de classe mondiale se fait attendre au pays du football. Sur les dernières années, Ricardo Olivieira, Jonas et compagnie ont été de grandes déceptions. Ne faisant pas honneur à ce maillot (#9), jadis porté par des Cracks, ils constituent un affront à la tradition de grands avants-centres brésiliens. Au Brésil, on est nostalgique du temps où la Seleção était si pourvue en attaque que Giovanni Elber, Amoroso, Mario Jardel peinaient à trouver leur place en sélection. Un problème de riche à l’époque cède la place à une sécheresse totale à présent. Gabriel dit Gabigol, lancé dans cette Copa America, est promu à un brillant avenir, dit-on. Buteur contre Haïti, l’attaquant de Santos FC, est déjà très convoité un peu partout en Europe. Feux de paille ou promesse certaine, l’avenir de la Seleção semble être lié à celui de sa future star.

Entre incertitude et espoir de jours meilleurs, Tite prend les commandes de la Seleção. Arrivé en costume de salvateur pour prendre la succession de Dunga, l’ancien entraineur à succès des Corinthians devra faire face à de nombreux défis. On lui prête de belles intentions, mais rien n’est acquis d’avance pour cette équipe brésilienne.

Dépouillé de son âme, il y a longtemps, le Brésil en quête de renouveau tente un pari qu’on espère pour lui payant.

Commentaires

Nathan Laguerre
Nathan Laguerre est avocat au Barreau de P-au-P. Il adore le football.

    Jungle déclarée (suite)

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    Mamman m’a vendue comme domestique

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