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Pourquoi le renouvellement du mandat du comité de normalisation de la FHF est une prime à l’échec ?

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Pour bien comprendre le constat d’échec du comité de normalisation de la FHF, il faut d’abord se référer aux missions qui lui ont été confiées

Le 11 décembre 2020, dans la continuité de l’affaire Jean-Bart, se basant sur l’art. 8.2 de ses statuts, la FIFA a décidé d’installer un comité de normalisation à la tête de la Fédération Haïtienne de Football. Trois (3) ans après, l’Instance Internationale a décidé de renouveler, pour une année supplémentaire, le mandat du comité. Un renouvellement qui a beaucoup de mal à se justifier sinon qu’il vient récompenser un échec flagrant.

Pour bien comprendre le constat d’échec du comité de normalisation de la FHF, il faut d’abord se référer aux missions qui lui ont été confiées. Il s’agit de:

  • Gérer les affaires courantes de la FHF ;
  • Réviser les statuts de la FHF et adapter, le cas échéant, la réglementation pertinente afin d’en garantir la conformité avec les statuts et exigences de la FIFA ;
  • Organiser l’élection d’un nouveau comité exécutif de la FHF sur la base des nouveaux statuts de la FHF ;
  • Assurer une bonne transition des questions financières avec le nouveau comité exécutif de la FHF.

Eu égard à sa feuille de route, l’échec du comité de normalisation est tellement évident qu’il n’est plus à démontrer. Mais, derrière ce constat d’échec, il y a beaucoup d’explications à aller chercher.

La radiographie d’un échec…

La mission du comité de normalisation était claire et sans équivoque. S’il est vrai que, de manière générale, la FIFA n’est pas toujours lisible dans ses décisions, elle ne pouvait pas faire mieux sur ce coup. Quatre (4) activités principales, les unes liées aux autres (notamment les trois dernières). Donc, facile à évaluer. Réalisation ou pas. Réussite ou échec. Aucune option n’est envisageable. La voie n’est ouverte à aucune forme d’appréciation. C’est « to be or not to be » comme disent les Américains.

A ce jour, les statuts de la FHF n’ont toujours pas été révisés, ni aucun élément du cadre règlementaire général de la FHF – ce qui rend impossible toute mise en conformité avec les statuts et exigences de la FIFA ; aucune élection n’a été organisée, car les nouveaux statuts sur les bases desquels le nouveau comité exécutif devrait-être élu n’existent pas ; aucune transition des questions financières avec le nouveau comité exécutif de la FHF n’a pu s’opérer, car, on va se répéter, il n’y a pas de réforme statutaire, pas d’élection, et par voie de conséquence, pas de nouveau comité exécutif.

Le seul point « positif » de la feuille de route (on fait exprès de le nommer en dernier), c’est la liquidation des affaires courantes. Et là encore, si on regarde de plus près, au-delà de la belle participation haïtienne à la Coupe du Monde féminine, en Australie et en Nouvelle-Zélande, en 2023, on se rendra compte que le comité de normalisation a enchaîné les échecs à ce niveau également. Certes, les résultats appartiennent surtout aux joueurs, aux joueuses et aux sélectionneurs, mais, le management de la FHF a tellement failli, ces dernières années, que les autorités fédérales ne peuvent pas être totalement exemptées. Il y a évidemment, les premiers tâtonnements des débuts, mais également les inacceptables erreurs de débutants qui se sont multipliées. Sans énumérer tous les couacs dénoncés et/ou reprochés à la FHF, pendant le mandat de ce comité de normalisation, comment ne pas penser aux nombreuses compétitions de jeunes auxquelles Haïti n’a pas pu participer parce que les démarches administratives y relatives (passeports, visas…) n’ont pas été réglées à temps ? Comment ne pas penser au football local qui est en état d’hibernation depuis une éternité maintenant ? Certainement, le contexte sécuritaire est très largement défavorable. L’intransigeance ou encore l’opposition systématique de certains clubs n’arrangent pas les choses. Mais, quelqu’un a vu la manifestation d’une quelconque volonté de la FHF pour résoudre la crise ? Quelqu’un a déjà entendu une proposition innovante, viable émanant des instances fédérales pour contourner les obstacles ? Oui, la dissidence de certains clubs aggrave la crise, mais, quelle est la mission première d’une fédération ? N’est-ce pas de fédérer ? Si le comité de normalisation n’arrive pas à trouver les moyens d’attirer, de maintenir les clubs de football à la table de négociation et de les convaincre d’adopter telle ou telle autre décision, c’est avant tout l’échec du comité, non ? Il paraît difficile de trouver des circonstances atténuantes au comité de normalisation tant son laxisme laisse transparaître une forme de complaisance, d’adhésion à la situation actuelle. C’est comme un aveu silencieux d’un intérêt à maintenir le statu quo. Au final, il ne faut pas se tromper, n’est-il pas le principal bénéficiaire de son échec ?

Si l’échec est si évident, pourquoi le mandat du Comité de normalisation a-t-il été renouvelé ?

C’est la question centrale. La question à un million de dollars, diraient certains. Mais, c’est une question assez simpliste. Car, la question de fond posée, en début d’année, est plus que jamais d’actualité : la FIFA veut-elle véritablement normaliser la FHF ? Si l’on croit les récentes décisions, la réponse à cette question semble être plutôt négative. Pour se justifier, la FIFA a tenté de mettre en avant les « réalisations » du comité de normalisation dans une correspondance adressée à son Président, le Cubain Luis Hernandez. En substance, M. Mattias Grafström, Secrétaire Général par intérim de la FIFA met en avant entre autres ces éléments : la désignation d’un responsable de prévention en faveur des enfants, la rénovation du centre d’entraînement de la FHF (« le camp nous »), la mise en œuvre d’une stratégie de développement du football et la reprise des compétitions locales…

Lire aussi: Perspective | Le processus de normalisation de la FHF n’avance pas

A la lecture de la plupart de ces éléments, on se demande est-ce que la FIFA parle du football haïtien ou d’un autre pays de la région ? On a presqu’envie de rire à la blague. Sauf que la situation actuelle du football ne fait plus rire personne.

D’abord, le Centre FIFA Goal est quasiment inaccessible depuis plusieurs mois, étant situé dans une zone totalement contrôlée par des individus armés, poussant la FHF à se payer des nouveaux locaux à Delmas 60 pour abriter ce qui lui reste de ses services administratifs. D’ailleurs, si rénovation, il y en a vraiment eu, à quoi sert-elle ? A quoi sert le Centre dans ces conditions-là ? Est-ce que la FHF est en mesure de dire concrètement quel est l’état du Centre FIFA Goal en ce moment ? Nous posons la question, mais, nous connaissons tous la réponse…

Ensuite, quand on entend parler de mise en œuvre d’une stratégie de développement du football et la reprise des compétitions locales, de quoi veut-on parler exactement ? Comme s’il s’agissait d’un pays où localement le football existait encore… ? Il y a les centres de formation et de rares clubs qui font de la résistance en organisant quelques tournois ou stages de détection, par ci, par là, mais, institutionnellement, le football local a cessé d’exister en Haïti, depuis plus de trois (3) ans, maintenant. C’est ce qui a poussé la CONCACAF à exclure les Clubs haïtiens de ses compétitions régionales. Ce qui semble logique, si l’on retient le critère sportif comme étant le seul capable de départager les Clubs haïtiens désireux de se mesurer aux meilleures formations de la zone. L’existence footballistique du pays se limite à la participation des sélections nationales aux compétitions internationales. Et là encore, on ne saurait parler d’une présence constante sur la scène internationale, les équipes haïtiennes ne jouant qu’une journée FIFA sur deux. Mais, pour les compétitions locales, en ce qui concerne le comité de normalisation, c’est le néant le plus absolu.

Enfin, la désignation d’un responsable de prévention en faveur des enfants revient à chaque renouvellement de mandat comme une réalisation majeure du comité de normalisation. Mais, il faut aussi le questionner, ce responsable de prévention? Qu’est-ce qu’il prévient ? Qu’est-ce qu’il fait exactement puisque le Centre n’est pas opérationnel depuis un certain temps, déjà ? Comme il n’y a plus de résidences prolongées des jeunes filles mineures dans le cadre de leur formation comme joueuses de football… où et avec qui cet officier de sauvegarde effectue-t-il son travail ? Ces questions méritent toutes d’être posées puisque, dans une note publiée sur sa page Facebook, le 19 septembre 2023, la Fédération haïtienne de football a lancé un appel à candidatures pour recruter son officier de sauvegarde. Faut-il en conclure que ce n’est que maintenant qu’elle se donne les moyens d’avoir cet officier si important ? Ou encore que celui qui était en poste n’est plus là ? Beaucoup de questions pour très peu de réponses. C’est ce à quoi, ce comité de normalisation a habitué le public haïtien depuis son intronisation. Une façon pour lui de cacher ses défauts, de masquer ses échecs.

La lettre du Secrétaire Général a.i de la FIFA est très volumineuse. Elle est très bien écrite, il faut se l’avouer. Mais, elle contient très peu de substances. Le regard extérieur de la FIFA est peut-être biaisé par les rapports qui lui parviennent de Port-au-Prince. Mais, pas celui des observateurs sur place. Depuis, trois (3) ans, son comité de normalisation en Haïti ne brasse que du vent. Impossible de ne pas se souvenir de la lettre de démission de l’ancien Président du comité, Me Jacques Letang, dont les paroles résonnent encore comme si elles venaient d’être prononcées. « J’ai accepté cette mission dans le but de participer à un véritable projet de refondation du football haïtien. Je dois constater que malgré tous mes efforts, je n’ai aujourd’hui ni le pouvoir ni les moyens de remplir convenablement cette mission. Il me faut donc en tirer toutes les conclusions, et me retirer de ce processus au sein duquel je ne parviens pas à me retrouver », disait-il. Trois (3) ans plus tard, après une énième année d’échec dans le processus de normalisation de la FHF, ces propos auraient pu, ils auraient dû être ceux des membres de ce comité de normalisation. Mais, au lieu de tirer leurs révérences, soutenus par la FIFA, les membres du comité de normalisation continuent de s’accrocher à leurs postes, assistant impuissamment ou encore de manière complice, à l’enterrement du football haïtien.

Alors, comment sortir de cette transition qui n’en finit pas ?

La situation de la Fédération haïtienne de football est complexe. Les difficultés actuelles ne sont pas que du seul fait du comité de normalisation. Les Clubs ne montrent pas suffisamment de volonté de s’affranchir d’un temps qui semble révolu pour passer à autre chose. Bien sûr, que d’un point de vue strictement juridique, le Dr. Yves Jean Bart, dont le Tribunal Arbitral du Sport ( TAS) a annulé les sanctions, pourrait retrouver ses fonctions de président de la FHF. Car, les sanctions dont il était l’objet sont réputées n’avoir jamais existé, avec cette sentence du TAS. Mais, le plus important est ailleurs en ce moment. Car, au-delà de quelques individualités, il y a toute une génération de joueurs et de joueuses qui souffrent.

Lire aussi: Le statut des joueurs, le grand problème du football haïtien

Pour revenir aux Clubs, même si quelques lignes ont bougé ces dernières semaines, ils continuent d’être majoritairement dans une opposition stérile les rendant complices de l’échec du comité de normalisation. Ils permettent aussi, sans peut-être le vouloir, de maintenir le statu quo. Ils devraient agir de manière plus intelligente, réaliste, voire responsable pour accepter ce qu’ils ne peuvent pas changer.

D’un autre côté, la FIFA devrait poser des actes forts pour donner à ce processus de normalisation une chance d’aboutir, en lui donnant enfin, les moyens et les pouvoirs réclamés sans succès, par l’ancien Président Letang. Au-delà de trois (3) ans, on n’est plus dans une transition, c’est un mandat fédéral carrément. L’instance internationale, jusque-là, soutient son comité, mais, jusqu’à quand pourra-t-elle le faire ? Pendant combien de temps encore, ce maigre bilan sera-t-il soutenable ? En novembre prochain, quel sera le motif de renouvellement ? La FIFA doit accepter d’ouvrir le comité, pour inclure notamment, des représentants de ceux qui se posent en opposants. Dans sa correspondance, le Secrétaire Général a.i de la FIFA a annoncé la nomination prochaine d’un nouveau membre pour compléter le comité. Osons espérer qu’il s’agira d’une figure capable de fédérer les Clubs et dans laquelle ils n’auront pas trop de problèmes à s’identifier. Sinon, nous risquons de partir sur une nouvelle année de galère qui ne profitera finalement à personne. Car, même si on feint de l’oublier, l’échec de ce comité, c’est aussi celui de la FIFA. Mais, c’est surtout celui du football haïtien.

Enfin, au-delà du mouvement sportif, la société civile haïtienne doit s’accaparer de ce dossier, pour faire plus de bruits dans les presses nationales et internationales, de manière à forcer les différents acteurs concernés par cette crise à sortir de leurs zones de confort, à permettre au football haïtien de sortir de cet état d’exception qui commence à devenir la règle. Cette normalisation commence sérieusement à devenir anormale. La société civile haïtienne ne peut pas rester aussi silencieuse sur un sujet d’une telle importance. A un moment où nous sommes tous préoccupés par le sort de la transition politique actuelle, nous oublions (presque) tous que le football haïtien vit depuis 2020 une situation similaire, sinon pire.

La voix des footballeurs ne suffit pas, celle des dirigeants des clubs n’est pas très audible, leurs démarches n’étant totalement à l’abri de quelques intérêts mesquins, celle de la FIFA est très éloignée de la réalité, alors qu’à la FHF, c’est le mutisme stratégique. Dans de telles conditions, il appartient à la société civile, ne serait-ce que par souci pour ces jeunes gens qui aiment et/ou qui pratiquent le football, d’embrasser cette cause, de participer à ce combat pour le retour à la normale.

Par Nathan Laguerre

Image de couverture : FHF


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Spécialiste en droit du sport, Nathan Laguerre est avocat au Barreau de P-au-P. Il adore le football !

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