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À partir d’octobre 2021, vous pourrez changer de réseau en gardant votre numéro, promet le Conatel

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La portabilité des numéros de téléphone a maintes fois été annoncée par le Conseil national des télécommunications

Dix ans après les premières démarches entamées en 2009, la portabilité des numéros de téléphones mobiles peine à devenir une réalité en Haïti.

Dans une interview exclusive accordée à AyiboPost ce 27 octobre, le directeur général du Conseil National des Télécommunications, Jean Marie Guillaume annonce avoir remis le processus en branle afin de rendre effective la possibilité de changer de compagnie de téléphonie tout en gardant son numéro dans le pays. Cette option sera pleinement fonctionnelle d’ici le mois d’octobre 2021.

Des sommes conséquentes ont été déjà été engagées pour réaliser ce projet. En 2014, un contrat de 2,5 millions de dollars américains a été signé avec l’entreprise « Porting Acces Bv » pour « la fourniture et l’opération d’un système de transfert des numéros de téléphone… ».

Selon le directeur du Conatel qui a signé ce contrat lors de son premier passage à la tête de l’institution entre 2011 et 2016, la valeur totale du contrat sera versée par tranches à Porting Acces BV sur cinq ans afin que l’entreprise puisse gérer la base de données cumulée des deux opérateurs.

Les décaissements seront effectués chaque trimestre. Le régulateur a déjà réalisé deux versements avant l’arrêt du projet en 2016, par suite du remplacement de Jean Marie Guillaume à la tête de l’institution. À côté de cela, le directeur du Conatel souligne que d’autres dépenses ont aussi été réalisées en termes de consultation.

Un jeu d’intérêts

La compagnie de téléphonie mobile Digicel détient 70 % du marché, selon des chiffres de la Banque Mondiale. Contacté pour une interview sur le sujet de la portabilité des numéros, le responsable du département légal de la firme rouge, Gerard Laborde, réagit brièvement : « je refuse de parler sur ce sujet ».

Du côté de la Natcom, le sujet est accueilli avec enthousiasme. « La Natcom est prête à se mettre au diapason avec toutes les décisions légales », déclare Josué Jean Paul, le responsable des relations publique de cette compagnie.

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Selon le directeur général du Conatel, Jean Marie Guillaume, la portabilité des numéros suscite des réticences de la part de Digicel qui contrôle la plus grande part du marché. Le DG estime que cette réticence de la compagnie « dominante » est normale et que cela se passe ainsi dans tous les pays qui veulent s’ouvrir à la portabilité.

Quoi qu’il en soit, le Conatel dit ne pas entendre faire marche arrière. Jean Marie Guillaume souligne que les opérateurs n’auront qu’à se plier à la décision du régulateur.

Un projet trop ambitieux?

Ce projet vient de loin. Lors de la célébration du 40e anniversaire du Conatel en septembre 2009, le directeur général de l’institution à l’époque, Marcelin Montaigne, plaçait la portabilité parmi « les défis à relever ».

Aujourd’hui, l’ancien directeur général regrette que ses plans aient été bouleversés par le séisme de 2010. « En permettant à l’utilisateur haïtien de changer d’opérateur sans changer de numéro de téléphone, vous renforcez le pouvoir de ce dernier », dit Montaigne. Dans ce contexte, l’opérateur sera contraint d’améliorer la qualité du service fourni s’il veut garder son client.

La gestion de cette affaire par l’actuel directeur du Conatel alimente quelques critiques. Requérant l’anonymat à cause de la sensibilité du sujet, un spécialiste en télécommunication qui a occupé une haute fonction au sein du Conatel souligne que l’initiative n’était autre qu’un « pike devan ». Pour lui, il n’est pas raisonnable d’introduire la portabilité en Haïti, sans penser à identifier, au préalable, les clients des compagnies de télécommunication qui opèrent sur le terrain.

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L’expert estime qu’on ne peut pas réaliser la portabilité avec des compagnies qui envahissent le marché de cartes SIM sans même penser à identifier les clients.

L’ancien directeur du Conatel, Marcelin Montaigne minimise cette préoccupation. Il souligne que « la vente des cartes SIM est un problème qu’on peut régler sans grands efforts si l’on veut mettre fin à cette pratique qui met toute la population en grand danger ».

L’actuelle administration du Conatel entreprend déjà des initiatives pour freiner ce désordre. À partir de la première semaine du mois de novembre 2020, « personne ne pourra acheter une carte SIM sans fournir des informations sur son identité. C’est après vérification de l’identité de la personne que l’opérateur pourra activer la puce », annonce Jean Marie Guillaume. D’après le DG, quelqu’un peut toujours acheter une carte SIM « mais elle ne sera pas activée tant que son identité ne sera pas vérifiée ».

En mode d’écrevisses

La date butoir d’octobre 2021 annoncée pour l’effectivité de la portabilité est dans moins d’un an, alors que le pays traverse une grave crise constitutionnelle, politique et économique. Cette date demeure la dernière d’une longue liste d’annonces sur la question par les dirigeants successifs du Conatel.

Janvier 2010 était la date limite, dans un premier temps. Quatre ans après, le CONATEL, à travers son directeur d’alors, Jean Marie Guillaume, annonce la portabilité des numéros pour février 2015. Pour la circonstance, le directeur déclara avoir déjà engagé le service « d’un expert, très respecté par les deux compagnies opératrices qui est capable de donner un bon résumé de l’avancement du processus ».

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En janvier 2015, Jean Marie Guillaume fait marche arrière. Il annonce que la portabilité est reportée au premier novembre 2015 afin de répondre à des contraintes liées aux délais de l’acheminement de certains équipements, à la durée d’installation de la plateforme et à la mise en place des procédures techniques et administratives.

Jean Marie Guillaume qui a dirigé le CONATEL de 2011 à 2016 y revient en octobre 2019 après 3 ans passés sous les bancs de touches. Cependant, il n’a aucunement fait mention de son intention de reprendre le dossier de portabilité des numéros dans son discours d’installation.

Désormais, le cap est mis sur octobre 2021 malgré le peu d’enthousiasme que suscite le projet à la Digicel. Pour Montaigne Marcelin, « la portabilité des numéros mobiles sera effective en Haïti lorsqu’on aura assez de courage pour admettre que l’utilisateur haïtien, comme les usagers de nombreux pays de la Caraïbe, a le droit de jouir des avantages de cette option. »

Samuel Celiné

Photo couverture: Widlore Merancourt / Philicien Casimir

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Samuel Celiné
Poète dans l'âme, journaliste par amour et travailleur social par besoin, Samuel Celiné s'intéresse aux enquêtes journalistiques.

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