SOCIÉTÉ

Seulement un étudiant sur trois arrive à soutenir son mémoire de licence à la FASCH

0

A la FASCH, la majeure partie des étudiants ne remettent pas leurs mémoires de sortie. Aucun mécanisme n’existe non plus pour permettre aux travaux de recherche d’orienter les politiques publiques

Depuis sa création en 1974, la faculté des Sciences humaines (FASCH) a vu la soutenance d’environ un millier de mémoires en licence, révèle le responsable académique de cette entité de l’Université d’État d’Haïti (UEH), Jérôme Paul Eddy Lacoste.

Sur les 320 étudiants environ qui rentrent annuellement dans cette faculté après concours, entre 80 et 120 parviennent à soutenir un travail de sortie pour boucler le cycle d’études.

Ce qui donne en moyenne 25 à 30 mémoires par département, à savoir : la sociologie, la psychologie, le travail social et la communication, rapporte Lacoste.

Lire aussi: Inivèsite nan Pòtoprens tounen espas pou etidyan ak pwofesè «chase» fanm

Si servir la communauté demeure une des missions principales de l’université, les quelques dizaines de travaux de recherche complétés ne servent qu’à meubler la bibliothèque de l’université.

Selon Jacques Blaise, vice-recteur à la recherche à l’UEH, il n’y a « aucun canal officiel et institutionnel mis en place pour permettre à l’État d’exploiter ces connaissances ».

Des étudiants en quête de travail

C’est dans la situation sociale des étudiants qu’il faudrait chercher la première clé pour comprendre leur improductivité. « La majorité d’entre eux proviennent des milieux populaires, analyse le professeur, Jérôme Paul Eddy Lacoste. Après une année d’étude à la faculté, certains trouvent du travail et se mettent à rater des cours. »

« D’autres trouvent du travail en province et viennent pour vous dire qu’ils souhaitent fermer leurs dossiers pour une période d’un an, mais sont tellement occupés qu’ils reviennent pour fermer définitivement leur dossier, poursuit Lacoste. Il y a aussi l’immigration, car certains sont attirés par d’autres opportunités d’études à l’étranger. »

Malgré tout, le professeur confie qu’environ 90 % de chaque promotion arrivent en quatrième année.

Malgré tout, le professeur confie qu’environ 90 % de chaque promotion arrivent en quatrième année. Là encore, une autre possibilité de déperdition se présente avec « le stage académique ». Aux dires de Lacoste, certains étudiants trouvent du travail au sein de l’institution hôte. Ils se retrouvent donc dans de « sérieuses difficultés pour produire un travail de mémoire ».

Outre la précarité économique, le recteur de l’UEH, Fritz Deshommes, estime qu’une « déperdition si forte » peut être expliquée par des questions d’ordre structurelles.

Deshommes évoque le problème d’encadrement « puisque l’UEH est en manque de professeurs à plein temps aptes à accompagner les étudiants dans la rédaction de leurs mémoires et la difficulté pour [l’institution] de maintenir les bons professeurs que nous avons-nous-même envoyé se parfaire à l’étranger ».

Un manque de productivité généralisé

Malgré tout, la Faculté des Sciences humaines se positionne au deuxième rang des facultés les plus productifs en matière de Mémoires au sein de l’UEH selon le vice-recteur à la recherche de l’Université, Jacques Blaise.

Avant elle vient la Faculté d’agronomie et de Médecine vétérinaire. D’autres entités comme IERA/ISERSS, la Faculté des Sciences, la Faculté linguistique Appliquée et l’École Normale Supérieure suivent.

Lisez également: Les étudiants haïtiens enrichissent les universités dominicaines

La productivité des entités de l’UEH est par ailleurs comptabilisée grâce à la création du Fonds d’appui à la recherche il y a trois ans.

Selon Jacques Blaise, cette structure accompagne les étudiants dans leurs projets de mémoires, moyennant la soumission de l’avant-projet au rectorat qui octroie entre 15 000 à 20 000 gourdes aux étudiants de la licence, 25 000 à 30 000 gourdes pour les projets de maitrise et 35 000 à 50 000 pour des thèses doctorales.

Pendant les trois ans d’existence du Fonds, certaines entités comme la faculté d’Ethnologie et la faculté de Droit et des sciences économiques n’ont soumis d’avant-projet de mémoires que pendant une année sur trois, révèle Jacques Blaise.

Des travaux de recherche ignorés

En réalité, l’effort pour produire de la connaissance et du sens au sein de l’UEH ne constitue qu’une partie du problème. Les recherches effectuées au sein de l’institution ne vont généralement pas plus loin.

Wadner Voltaire a passé huit ans à la FASCH pour finalement boucler un cycle d’études de 4 ans le 4 mars dernier. Son travail de recherche a été imprimé en cinq exemplaires uniquement. « Trois exemplaires pour les membres du jury, un exemplaire pour la bibliothèque de la faculté et un autre pour le rectorat de l’université ».

Pour pallier le problème du manque d’interaction entre l’Université, le reste de la société et les décideurs publics, le responsable académique de la FASCH, Jérôme Paul Eddy Lacoste, dévoile que l’institution a pour projet de publier les « meilleurs mémoires » sous forme d’ouvrages afin de les faire connaitre par un plus large public.

INTERVIEW : Le PHTK a pacifié l’Université d’État d’Haïti

Ce projet ambitionne aussi de mettre les mémoires en ligne. Car, « il est inadmissible que des travaux réalisés avec les impôts et les taxes des citoyens ne soient pas accessibles à ces citoyens, selon le professeur ». Cependant, le projet se heurte un manque de financement, regrette Lacoste.

Le dernier budget de l’UEH s’élève à 1,3 milliard de gourdes. Tenant compte des trois missions de l’Université qui sont l’enseignement, la recherche et le service à la communauté, Jacques Blaise dévoile que cette somme ne suffit même pas pour le volet de l’enseignement voire pour la recherche.

Cette information est confirmée par le recteur de l’UEH Fritz Deshommes qui rappelle que le budget actuel ne correspond même pas à la moitié de celui dont l’Université d’État d’Haïti a besoin pour fonctionner.

Commentaires

Samuel Celine
Poète dans l'âme, Journaliste par amour et Travailleur social par besoin, Samuel Celiné est journaliste à Ayibopost. Il s'intéresse aux enquêtes journalistiques.

Enfants morts à Fermathe: la mairie de Kenskoff dénonce les agissements Me Févry

Previous article

Atis fanm yo ap monte masuife nan endistri mizik la

Next article

Comments

Comments are closed.

#ReteBranche : Pour ne rien rater, inscrivez-vous à la lettre Ayibopost