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Le grand défi d’introduire les nouvelles technologies dans les écoles haïtiennes

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A l’ère de l’internet et de l’hyper-connexion, les technologies sont devenues un enjeu essentiel pour l’amélioration des méthodes d’enseignement et d’apprentissage. Ainsi, EMO-Haïti veut améliorer l’éducation en Haïti,  en introduisant un nouvel outil de numérisation de la gestion scolaire. Que peuvent en être les bénéfices et les défis ?

Emo-Haïti est une entreprise à but non lucratif constituée de professionnels Haïtiens engagés. Sa  mission  est d’intégrer les solutions technologiques au sein de toutes les écoles du pays. En ce sens, elle a organisé son premier sommet « Ed-Tech Haiti», ce jeudi 5 juillet 2018.  Plus d’une centaine d’écoles ont participé à cet évènement. L’entreprise a donc saisi l’occasion pour présenter sa technologie de gestion scolaire ‘Bravo’.

Selon Carl-Hens Fièvre, co-fondateur et directeur technique d’Emo-Haïti, ‘Bravo’ est créé après avoir constaté certaines faiblesses du système éducatif haïtien. « La majorité des écoles ne disposent d’aucun système d’information. En cas de risques majeurs, telle une catastrophe naturelle par exemple, elles peuvent perdre toutes leurs données », affirme-t-il. Le directeur technique explique que ces écoles se trouveront ainsi dans l’incapacité de délivrer certains documents importants, tels que les relevés de notes. En ce sens, ‘Bravo’, une plateforme technologique de gestion de données scolaires, est créé pour pallier à ces différents problèmes.

Considérant la portée des ambitions fixées par ‘Bravo’ et la dimension des attentes, il importe de savoir comment fonctionne la plateforme, d’une part ; dans quelle mesure l’éducation en Haïti peut s’améliorer grâce à cette technologie et quels en sont les défis, d’autre part.

Comment fonctionne ‘Bravo’ ?

Pour gérer les données scolaires, les fonctionnalités de ‘Bravo’ sont reparties en trois catégories : ‘Bravo admin’, ‘Bravo prof’ et ‘Bravo parents’. Comme son nom l’indique, Bravo admin permet d’organiser les données liées à l’administration des écoles. C’est dans cette série que sont gérés par exemple les renseignements sur les élèves dès leur inscription. Les compétences des professeurs, ainsi que les syllabus des matières enseignées sont aussi enregistrées dans Bravo Admin. En outre, cette section permet aux administrateurs de calculer automatiquement les moyennes des élèves et de rendre ainsi disponibles en ligne les bulletins scolaires.

Les horaires de chaque classe et la disponibilité de chaque professeur sont aussi enregistrés dans ‘Bravo admin’. Cette section permet de gérer également le compte de paiement des élèves, tout en permettant aux parents d’y avoir accès. Bravo admin garantit finalement la sécurité des informations et contrôle l’accès aux données disponibles sur la plateforme.

La catégorie ‘Bravo prof’ permet aux professeurs de gérer les matières indiquées par l’administration. Ils peuvent aussi assigner des devoirs, des tests et des examens à l’avance. Apres chaque examen, les professeurs peuvent ajouter les notes des élèves pour la matière en question, et Bravo va se charger du calcul. Bravo prof permet aussi aux professeurs de communiquer avec les administrateurs et les parents de chaque élève.

‘Bravo parents’ quant à lui, est un espace destiné aux parents des élèves. Cette catégorie leur permet de contrôler instantanément la performance de leurs enfants. Ils pourront également payer les frais de scolarité à partir d’un compte que Bravo met à leur disponibilité. Ils peuvent aussi communiquer avec les administrateurs et les professeurs au sujet de la performance de leurs enfants. Selon Carl-Hens Fièvre, Bravo peut être utilisé sans internet.

Les défis de la numérisation de l’éducation

Si Bravo s’avère être très important dans la modernisation et l’amélioration de l’éducation en Haïti, pour l’instant seuls les cycles primaires et secondaires sont pris en compte par la plateforme. « On veut surtout préparer le futur. C’est pourquoi nous avons commencé avec les enfants », déclare Mardochée Réveil, cofondateur et président de Emo-Haïti.

Bravo compte atteindre toutes les écoles du pays. Cependant, à présent seules les écoles privées utilisent Bravo. Toutefois, selon Mardochée Réveil, EMO-HAITI est en pourparlers avec le Ministère de l’éducation nationale afin de permettre aux écoles publiques de bénéficier de Bravo.

L’autre défi lié à la numérisation de l’éducation en Haïti est la création de contenu. Si l’accent n’est pas mis sur la qualité  de l’enseignement des matières ainsi que les méthodes utilisées,  la technologie risque de ne pas suffire. « La technologie n’est pas une finalité, mais est un outil. C’est pourquoi EMO-Haïti dispose d’une session destinée à traiter des contenus digitaux », affirme Mardochée Réveil.

Certaines difficultés liées au sous-développement rendent  également difficile l’introduction de la technologie dans l’éducation. On peut citer par exemple, les problèmes d’électricité, le non-accès aux ordinateurs et à une bonne connexion d’internet. En ce sens, c’est la responsabilité de l’Etat haïtien de définir des politiques publiques afin de mettre en place les conditions nécessaires afin de favoriser l’intégration de la technologie dans le système éducatif du pays.

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Patrick Michel
Patrick Erwin Michel a étudié les Sciences Juridiques à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques (FDSE) de l’Université d’Etat d’Haïti. Il finalise actuellement son mémoire de sortie sur la pauvreté et les Droits humains. Il a également étudié l’art dramatique à l’Ecole Nationale des Arts (ENARTS), ainsi que le journalisme à l’ISNAC. Son champ d’intérêt inclue le Droit, la littérature, la sociologie et les arts.

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