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L’autre bout de la corde

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Maggy leva les yeux et sentit un couteau lui transpercer le cœur en l’apercevant « LUI ». Il n’avait pas changé d’un iota. Il respirait la vie et rien qu’à le voir, on pouvait deviner qu’il n’était pas à plaindre. Il portait une chemise bleue immaculée qui devait sortir tout droit de la blanchisserie. Il paraissait émerger directement d’un film hollywoodien. Quel contraste avec elle qui était trempée jusqu’aux os ! Elle se sentit soudain si inferieure à lui. Pourtant, elle avait joué cette fameuse scène des et des millions de fois dans sa tête. Elle savait qu’un jour, elle se retrouverait  face à face avec cet homme qui avait représenté ce qu’il y avait de plus important sur cette terre pour elle à un moment donné. Dans tous les scénarios imaginés, elle était en position de force et maîtresse de ses émotions. Oui, elle s’était préparée à le voir dans un supermarché, à la mer, dans un bal mais pas là, dans la rue, en train d’attendre une camionnette, sale et mouillée. Non, la vie était trop injuste des fois… Et cela semblait être une malédiction qui teintait ses relations avec cet homme en particulier.

Submergée par les sentiments qui la traversaient, elle était incapable de parler. C’était deux ans de silence qui cachait une peine qu’elle avait tuée mais qui la rongeait encore. Cette rencontre la ramenait vers un passé qu’elle avait tout fait pour oublier car c’était l’échec le plus cuisant de sa vie personnelle. Oui, il avait été sa croix et d’une certaine manière, il l’était encore quand elle plongeait son regard éteint dans les yeux de la société sans merci dans laquelle elle évoluait.

Elle avait tout fait à la lettre pourtant. Elle s’était donnée à fond, avait joué toutes ses cartes sur lui sans hésiter et jamais au grand jamais elle n’avait douté. Alors que tout le monde le dévalorisait, elle avait vu son potentiel. Elle avait aimé sa simplicité de vie et elle avait cru en ses projets d’avenir. Même quand il n’y croyait pas, même quand il doutait, elle avait été là pour lui. Et lui, qu’avait-il fait ? Il l’avait humiliée devant sa famille qui lui reprochait déjà de trop s’exposer sans preuve concrète. Il avait joué avec ses nerfs lui faisant douter de son bon sens. Elle avait prié le ciel, jeuné, crié sa peine dans l’intimité de sa chambre, et sur les pages  de son journal baigné de pleurs. Et quand, craignant pour sa santé mentale, elle l’avait menacé de le quitter, il l’avait juste ignoré avec un haussement d’épaules. Elle l’avait alors haï de toutes ses forces car elle n’avait jamais pensé l’abandonner mais à la fin, elle avait dû partir….

Elle se rappelait de leur « d’antan » avec une certaine nostalgie. Elle n’avait jamais eu honte, ni de lui, ni de ses origines modestes ou de ses limites. Cela ne l’avait jamais dérangé d’aller chez lui, à la cité. Pas parce qu’elle ne désirait pas mieux ou encore qu’elle se contentait de peu mais tout simplement parce qu’elle l’aimait….

Elle eut envie de lui crier tout cela à la figure mais les mots ne venaient pas. Elle avait dépassé ce stade car il fallait se préserver. Elle avait été dépressive, aigrie et perdue dans le tourbillon de leur relation. Une partie d’elle eût envie, rien que pour un moment, de sentir la chaleur de ce corps qui avait été le premier et le seul à la posséder mais les cicatrices du passé la retinrent…. Jamais, il ne saurait les nuits blanches à pleurer, les moqueries à peine voilées des gens, la honte de s’être livrée entièrement pour n’obtenir que des miettes. Dans le rejet de cet homme, elle avait récolté un fardeau qui avait été pénible à porter pour ses frêles épaules inexpérimentées. Jamais, il ne devait savoir tout le mal qu’il lui avait fait…

Elle fut brutalement ramenée à la réalité par la pression qu’IL exerça sur sa main. La pluie avait recommencé à tomber et il l’invitait d’un signe de la tête à regagner sa voiture afin de la raccompagner. Un coup d’œil à cette jeep flambant neuve et les souvenirs rejaillirent. Combien de femmes avaient pu jouir de tout son avoir alors qu’elle avait dû trimer et recommencer à zéro? Lorsqu’elle était partie, elle n’avait plus un sou d’économie car elle avait tout misé sur lui; s’en était-il seulement rappelé? Elle avait perdu son travail peu de temps après, avait-il seulement une idée de ce que cela avait pu être ? La malchance avait voulu qu’elle soit jolie et donc elle avait dû résister aux offres tenaces mais indécentes de plus d’un… Tout cela, alors qu’il menait la grande vie… Tout cela, alors que d’une certaine manière, elle avait été le pilier de son succès.

Elle lui lança un regard indifférent et secoua la tête négativement. Au même moment, une motocyclette passa et lui proposa ses services. Sous le regard éberlué de cet homme qui l’avait blessé, elle monta derrière le conducteur et elle ne se retourna pas.

Non, il ne saurait pas sa peine en tant que mère célibataire trimant pour assurer l’avenir d’un jeune garçon de deux ans qui, un jour, lui demanderait des explications sur l’absence de son géniteur. Il ne saurait jamais que cette alliance qu’elle portait à l’annulaire gauche n’était qu’un leurre pour se protéger contre les vautours de ce monde cruel envers les femmes seules et leur naïveté. Oui, certains rêves avaient un prix que seuls ceux à l’autre bout de la corde connaissaient car c’étaient eux qui le payaient.

NB: ce texte est la suite de “Le prix des rêves” 

Commentaires

Meg
I am just a girl in love with coffee crossing life with her ups and downs. I prefer to let people have their own idea about who I am. I am also a humanitarian worker and I love to discover new culture and new people. I want my writing to touch people and make an impact in their life.

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