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Voilà pourquoi vous êtes accro à votre smartphone

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Avez-vous déjà passé plus de deux heures au téléphone ? Vous est-il déjà arrivé de vous surprendre en train d’utiliser une application alors que vous étiez censé faire autre chose ? Il se pourrait que vous soyez accroc au numérique ou bien vous en faites une utilisation abusive

« Quand je ne sors pas, je passe environ 5 à 8 heures devant mon ordinateur et mon smartphone », c’est le témoignage de Schéba Toussaint, un jeune homme de 27 ans qui étudie la communication. Il est passionné de sport notamment du football.

Shéba est un fan malade du joueur Leonel Messi. Il sait tout sur la star du moins tout ce que cette dernière partage dans les médias. Le jeune homme reconnaît qu’il est hyper connecté. « Je suis très curieux avoue-t-il. C’est pour cela que je suis très attaché au numérique. »

Lire aussi : Dépression, suicides… les troubles mentaux tuent en Haïti

Scheba Tousssaint ne travaille pas. Malgré cela, il admet ne pas avoir assez de temps pour son frère et son cousin avec qui il vit. L’étudiant en communication est tellement passionné de l’application YouTube qu’il a créé sa propre chaîne.

« J’utilise beaucoup YouTube pour regarder des films surtout le soir. J’ai créé une chaîne pour partager mes moments fous, mais elle reste jusqu’ici inactive », affirme celui qui dit faire partie de nombreux groupes sur Facebook et WhatsApp. Il est membre de forums de discussion sur Google et regarde tous les derniers épisodes des séries télévisées. 

Être très attaché à son téléphone ne signifie pas addiction

Selon Johanne Landrin, psychologue clinicienne, le mot ‘ addicté ’ est assez fort et ne devrait pas être utilisé à la légère.

« Il faudra pouvoir vérifier plusieurs autres symptômes de comportement et émotionnels avant de déclarer que quelqu’un est accro à son smartphone. De plus, il faut analyser les éléments déclencheurs de ce comportement et la durée dans le temps avant de se prononcer », souligne-t-elle.

D’après la spécialiste, l’addiction à l’internet ou au smartphone n’est pas un trouble retrouvé dans le DSM-IV qui est le livret de diagnostic des maladies mentales. Toutefois, elle avance que beaucoup de recherches sont en cours pour que l’addiction aux écrans soit déclarée officiellement comme une condition mentale.

« Une personne peut devenir accro ou “addicted” à son smartphone ou en dépendance numérique si cette occupation est excessive au point d’affecter plusieurs aspects de sa vie. Par exemple, son boulot ou ses études. Il s’éloigne de sa famille et de ses amis pour rester sur son téléphone et a perdu tout intérêt pour d’autres activités qu’il/elle aimait bien faire », avance la psychologue.

Cette description s’applique à Shéba Toussaint pour qui le téléphone est un refuge. Le jeune homme pense qu’il ne peut passer une journée sans son smartphone.

Selon Johanne Landrin, les gens qui sont accroc à leur téléphone souffrent souvent émotionnellement et utilisent leur téléphone pour se distraire ou pour échapper à une réalité, une douleur intense. « Cette addiction leur permet de survivre et d’échapper à ce ‘monde cruel’», lance-t-elle.

Certaines applications sont elles-mêmes addictives

«Certaines applications  sont conçues pour être addictives, explique Ben Toussaint. Leur but est de créer une audience massive qui peut être ciblée par des annonceurs et générer du profit.»

Le spécialiste en intelligence artificielle souligne que les développeurs des outils technologiques font parfois des tests pour savoir ce qui incite beaucoup plus de monde à rester sur une plateforme.

Il avance : «Pendant que vous interagissez avec vos amis, les développeurs observent ce qui pourrait vous intéresser. Il existe des fonctionnalités pour vous proposer des contenus. Elles jouent les vidéos automatiquement pour attirer votre attention. Au terme d’une vidéo, une autre s’ensuit sans que vous ne soyez obligé de le faire vous-même

Une économie basée sur l’addiction

D’après le docteur en intelligence artificielle, les développeurs utilisent des moyens pour que les utilisateurs ne quittent pas leurs plateformes. Ils ont besoin du temps de l’utilisateur. «Facebook par exemple s’intéresse à ce que vous restez sur l’application. Ce qui importe pour les concepteurs de cet outil c’est bien sûr le nombre de ses abonnés, mais surtout le temps que ces derniers passent sur l’application.»

Pour ce faire, les développeurs créent des conditions pour que vous, les utilisateurs, soient intéressés aux contenus que diffuse l’application.

Selon Ben Toussaint, la première étape de cette démarche consiste à attirer la personne dès qu’elle est inscrite à l’application en question. «Dès que vous êtes sur la plateforme (Facebook, Twitter, Instagram…), on vous suggère des connaissances ou des amis que vous ne rencontrez pas généralement sur votre route. C’est ce qu’on appelle ‘moment magique’ d’un utilisateur sur un site web ou sur une application.»

Une fois que ce travail est fait, Ben Toussaint nous explique que les techniciens incitent l’utilisateur à partager des données et informations pour qu’il reste plus longtemps sur l’application. «On vous incite en vous montrant les informations que vos amis ont partagé. En vous permettant aussi d’utiliser des contenus que vous avez directement sur votre téléphone ou ordinateur pour les poster sur les réseaux. Sans le savoir, on vous vend des publicités.»

Selon Ben Toussaint, les interactions sur les réseaux sociaux constituent une récompense sociale pour l’utilisateur. Après une publication, il veut savoir combien de personnes ont réagi, il se demande s’il a atteint son objectif social. «Vous visitez la plateforme pour voir les réactions, mais aussi ce que les autres ont partagé ou publié.»

Les conséquences de la dépendance numérique

«Si vous utilisez un produit gratuit, c’est vous qui êtes le produit. Il faut faire attention à certaines plateformes et applications», met en garde Ben Toussaint qui avance que Facebook par exemple utilise des données personnelles de ses abonnés et peut en faire ce qu’il veut. Les développeurs ont un puissant pouvoir sur les utilisateurs. En effet, les applications modifient les interactions des utilisateurs pas toujours dans le bon sens.

Du point de vue psychologique, une utilisation abusive des outils technologiques peut avoir des conséquences catastrophiques. «Cette addiction peut amener à l’autodestruction, la dépression majeure et autres conséquences graves», affirme Johanne Landrin.

En plus de ces changements comportementaux, «cette personne aura tendance à se fâcher, s’énerver, être sur la défensive, devenir agressive et même de mentir pour garder son téléphone. Elle peut même arriver à perdre son boulot ou abandonner l’école pour s’adonner aux activités sur son portable.»

Nomophobie est le terme utilisé pour décrire le comportement de quelqu’un qui a peur d’être séparé de son téléphone.

Comment faire une gestion rationnelle du numérique ?

Il faut faire une utilisation responsable selon les deux spécialistes, car le monde réel n’a pas de grande frontière avec celui du numérique.

Ils préconisent : si vous ne souhaitez pas divulguer des informations relatives à votre intimité, il vaut mieux ne pas les publier sur les réseaux sociaux. Comme dans la vie réelle vous pouvez être harcelé, c’est pareil sur les réseaux sociaux. Vous devez vous demander si ce que vous partagez dans le monde virtuel reflète votre identité réelle.

En plus, Ben Toussaint ajoute que les applications sont généralement chronophages. Il serait mieux de se déconnecter quand il faut se concentrer sur des travaux importants. «Il existe des applications gratuites pour monitorer et contrôler le temps passé sur certaines applications et les réseaux sociaux.»

Pour Johanne Landrin, il est nécessaire de créer une balance et s’avoir s’auto réguler pour ne pas devenir accro au numérique. «Il faut savoir s’arrêter et réaliser la quantité de temps perdu à visiter les réseaux sociaux ou jouer alors que ce temps pourrait être utilisé de façon plus constructive. Le smartphone n’est pas néfaste en lui-même pour la santé mentale, mais son utilisation abusive ou malsaine peut en arriver là.»

Selon la psychologue il n’existe pas en Haïti d’institutions faisant la cure numérique qui consiste à soigner les personnes accroc à l’écran. Toutefois, des spécialistes en santé mentale peuvent apporter leur aide à toute personne voulant se débarrasser de leur addiction au numérique.

Et de préciser : «Pour commencer il faudra diminuer graduellement le temps passé devant l’écran du smartphone en s’occupant à faire d’autres activités enrichissantes ‘off-screen’ comme aller faire un sport, le vélo, se socialiser. De plus, il faudra essayer de comprendre ce qui a amené à cette utilisation excessive du smartphone, comprendre ce qui se cache derrière cette attitude abusive et destructrice pour avoir une intervention thérapeutique appropriée.»

Commentaires

Laura Louis
Je prends plaisir à vous informer.

    Cet économiste révèle l’influence néfaste de l’élite économique sur Haïti

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