SOCIÉTÉ

La ville des Cayes enregistre son premier cas officiel de kidnapping

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Depuis des semaines, la ville des Cayes se noie dans un torrent d’insécurité. Après les commerçants et hommes d’affaires coincés dans l’obligation de s’associer avec des bandits armés pour sauvegarder leurs maisons de commerce, le citoyen lambda se trouve exposé à une nouvelle forme d’insécurité : l’enlèvement contre rançon

Samedi 2 novembre 2019, la nouvelle est tombée contre toute attente et s’est répandue telle une onde sismique : un employé de la filiale des Cayes de la Natcom connu sous la dénomination de Bertrand a été enlevé à Carrefour Boyer aux environs de 5 h.

Ce quartier de la troisième ville du pays est en passe de devenir une zone de non-droit à cause des nombreuses exactions commises sur certains citoyens.

Chargé de mener les négociations avec les ravisseurs, Ismael dit Maël, un proche de la famille, retrace : « C’était aux environs de 5 h que la compagnie m’a informé que le chauffeur dénommé Bertand, accompagné de deux techniciens, qui se trouvaient à Carrefour Boyer pour alimenter les génératrices en carburant a été kidnappé et emmené de force à l’intérieur d’un quartier situé non loin du pont la Ravine ». Fort heureusement, dit Maël, les deux techniciens ont pu s’échapper.

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Non seulement proche de la famille, Ismael est aussi un policier qui prête ses services à la Natcom.

« J’ai appelé immédiatement le chauffeur et ce sont les ravisseurs qui ont décroché. Ils ont demandé 250 000 gourdes pour le libérer, sinon ils menacent de le tuer», rapporte Ismael.

Les ravisseurs ont mis la pression disant que les compagnies et hommes d’affaires refusent de comprendre et de coopérer avec les bases. « Je leur ai dit sincèrement et sans crainte que ce n’est pas à la Natcom qu’il faut s’en prendre, mais aux véhicules immatriculés service de l’état », raconte Ismael.

150 000 gourdes pour libérer le kidnappé

Après négociations, les kidnappeurs ont réduit la somme à 150 000 gourdes. Cependant, dans un premier temps, les dirigeants de la Natcom auraient refusé de verser l’argent aux ravisseurs. N’était-ce l’intervention de Juldex Bouloute, père du chauffeur kidnappé, tout serait resté au point mort.

Juldex Bouloute explique : « J’ai mis la pression sur un des responsables de la Natcom afin qu’ils donnent aux ravisseurs ce qu’ils demandent. Je ne savais même pas de quel montant il s’agissait. Le plus important était mon fils. Lorsqu’ils ont finalement accepté de verser la somme négociée, personne n’a voulu apporter l’argent. C’est à ce moment-là que je me suis porté garant. »

Passage à tabac

Arrivé sur les lieux, Juldex Bouloute dit avoir vu plus d’une trentaine d’hommes tous armés de pistolets et autres calibres. « J’ai vu mon fils étalé sur le sol face contre terre, bras derrière le dos et le pied d’un des ravisseurs [sur son dos]. » Ils ont pris l’argent et ont tiré en l’air, se souvient Bouloute.

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Selon les informations recueillies, le chauffeur a été tabassé à un point tel qu’il était incapable de conduire la voiture jusqu’à la Succursale de Natcom située à la rue 3 Frères Rigaud.

Face à ce premier cas de Kidnapping enregistré, les citoyens de la ville des Cayes s’affolent et ne savent à quel saint se vouer.

La police fait des promesses

Joint à ses bureaux au commissariat des Cayes, le directeur départemental Sud de la police, Jacques Joël Orival, se dit préoccupé par ce qui s’est passé et donne la garantie d’un retour au calme d’ici peu moyennant une parfaite collaboration entre la population et la police.

Avec la prolifération de la technologie, dit Orival, de petits délinquants au niveau de la ville, témoins de ce qui se passe à Grand Ravine et à autres endroits du pays, veulent reproduire aux Cayes les forfaits observés ailleurs.

Par ailleurs, le directeur de la police en a profité pour annoncer l’arrestation de l’auteur principal du forfait, un dénommé Robenson. Ce dernier a été appréhendé à la gare routière des Cayes le dimanche 3 novembre alors qu’il tentait de prendre la fuite après une dispute ayant mal tournée sur la séparation de la rançon.

Dans ce même dossier, deux autres individus ont été arrêtés, rapporte Jacques Joël Orival.

La PNH dysfonctionnelle ?

Alors que les citoyens s’inquiètent, les organismes de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme face à ce phénomène qui tend à se développer dans la ville des Cayes.

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Tôt dans la matinée du mardi 5 novembre, des individus armés, au niveau de la Savanne ont pris en otage un propriétaire de dépôt de boissons gazeuses. Ils exigent une rançon. Les négociations sont toujours en cours.

Ce qui amène Lyonel Mirtil, directeur exécutif du Réseau Sud de Défense des Droits Humains (RSDDH) à fustiger le comportement passif de la justice et de la police. Selon M. Mirtil, « plus rien ne fonctionne: la police, la justice ont toutes failli à leur mission. C’est ce qui explique l’ampleur du banditisme (…) ».

Eidict Louis depuis la ville des Cayes pour Ayibopost

Photo couverture: Dévastation causée aux Cayes par l’ouragan Matthew. Photo: Intelligence Airbus

Commentaires

Eidict Louis
Journaliste basé aux Cayes

    Ou sont passés les ténors de la musique « racine » ?

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    Pourquoi les constructions à Port-au-Prince ne respectent aucune norme ?

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