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«Je t’aime encore» de Siromiel et les questions bizarres des journalistes

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Siromiel a présenté le 13 août « Je t’aime encore », son premier single annonçant l’album du groupe qui est supposé paraître à la fin de cette année. Une fois de plus, les artistes ont eu droit à un déferlement de questions sexistes

 Il est 4 heures PM à Vivano ce jeudi. Les membres du groupe Siromiel ont réuni dans une salle du restaurant de Pétion Ville, journalistes, animateurs culturels et amis pour la sortie de leur nouvelle chanson, Je t’aime encore.

Samora Julmisse keyboardiste, Myrlande Louis, bassiste, Fredgy Joseph, guitariste, Aurore Nicole Jeune, batteuse, Veline Juste, percussionniste, Choute Sergina Honoré, guitariste et Ericka Jean-Louis (Kika), chanteuse, sont les unes plus excitées que les autres.

Les jeunes femmes portent des t-shirts de couleurs jaune et noir griffés du mot Siromiel. Plus tard, lors des discussions, l’on apprendra que le groupe a retenu le nom Siromiel non pour la saveur adoucissante et sucrée du miel, mais pour sa vertu thérapeutique.

Les membres du groupe Siromiel ont réuni dans une salle du restaurant de Pétion Ville, journalistes, animateurs culturels et amis pour la sortie de leur nouvelle chanson, Je t’aime encore. Photo : Laura Louis / Ayibopost

« Oui nous sommes douces en tant que femmes », affirme sur un ton fier Samora Julmisse, le maestro du groupe. « Mais nous avons d’autres valeurs. Nous pensons que notre musique peut guérir des âmes. Nous nous sommes aussi inspirés de la solidarité qui existe au sein des abeilles pour affronter les dangers ensemble », continue la keyboardiste relatant que le groupe voulait un nom en créole qui soit significatif, et Siromiel a été le choix.

Un clip haut en couleur

Cette conférence de presse est une grande première pour le groupe, mais ce n’est pas la première fois que les dames de Siromiel se montrent dans un clip. Leur premier bijou présenté au public a été une réadaptation du titre Noël Sans Lune de Coupe Cloue, en 2019.

 

Cette année, le groupe offre un nouveau clip où l’on retrouve une Kika (la chanteuse principale du groupe) arborant des tenues hautes en couleur. Elle témoigne son amour pour un homme alors qu’elle est dans les bras d’un autre. « Je t’aime encore », pour dire à son ex-compagnon qu’en brisant son cœur, il n’y est pas sorti.

Si les autres membres du groupe ne se montrent pas dans la scène du début, ils apparaissent vers les 2 minutes 37 de la vidéo qui dure 4 minutes 58. Vêtues de noires, les artistes offrent une performance dans un lieu désertique. Elles se déplacent comme des pop stars, valsent la musique Compas qu’elles jouent avec assurance.

L’amour, encore et toujours

Pour son premier single, Siromiel, l’unique groupe Compas dans le pays composé exclusivement de femmes a choisi de chanter l’amour. C’est un thème qui domine ce genre musical.

Selon Samora Julmisse, l’on ne devrait pas critiquer les artistes du Compas juste parce qu’ils traitent d’amour dans leur chanson. Le seul fait de choisir un thème ne sous-entend pas que l’on manque de créativité, rajoute le maestro. « Il existe différentes façons de chanter l’amour. Sam Smith par exemple ne fait que cela. Il y a beaucoup d’autres artistes qui chantent l’amour, ce n’est ni paresseux ni facile. C’est juste un thème qu’on chérit. »

Lire aussi: Harcèlement sexuel, boycottage… les femmes expliquent pourquoi elles ne « percent » pas dans le compas

Par ailleurs, Julmisse avoue que le groupe a aussi retenu ce thème pour attirer beaucoup plus de gens. Selon le maestro, Siromiel a voulu apporter quelque chose qui est déjà apprécié sur le marché musical haïtien.

Je t’aime encore est le fruit d’une collaboration entre Siromiel et Olivier Jimmy, le maestro du chanteur Ray Raymond. « C’est à partir des témoignages que les amies d’Olivier lui ont rapporté qu’il a compris que beaucoup de femmes n’aiment pas l’homme avec lequel elles sont en couple. Elles sont amoureuses d’un autre qui leur ont brisé le cœur », raconte Julmisse.

Certaines questions ont dérangé…

Après avoir visionné le clip deux fois de suite, le public a été invité à poser des questions au groupe à Vivano ce jeudi. Tous les artistes, même celles qui paraissaient timides, devaient répondre à au moins une question.

Chaque fois qu’une personne tient le micro baladeur, les jeunes femmes restent attentives pour saisir la pertinence des questions. Un journaliste a mentionné que Kika ressemble à Rutshelle Guillaume dans la voix et les gestes. « Chaque personne a sa couleur et son timbre vocal, lui répond la chanteuse. Dire que ma voix se rapproche de celle de Rutshelle, c’est un honneur pour moi. Toutefois, j’ai encore beaucoup à faire. »

Un autre journaliste a voulu savoir s’il n’y aura pas une voix masculine sur l’album de Siromiel. Samora Julmisse retient son souffle avant de lâcher : « jusqu’à présent nous n’avons pas de voix masculine. Ce n’est pas nous qui l’avons décidé ainsi, nous l’espérons bien. »

Aux questions est-ce qu’elles se voient comme des rivales des hommes et qu’est-ce qu’elles vont offrir que ces derniers n’aient pas déjà offert, Shoute S. Honoré répond qu’elle n’est en compétition avec personne sinon qu’avec elle-même.

«Siromiel a été construit sur cette base. Nous ne voulons nous battre avec aucun groupe d’hommes. Nous sommes avant tout des humains et ensuite des musiciens. Nous nous n’attendons pas à des rivalités entre des musiciennes et des musiciens. Nous sommes musiciens », affirme Honoré avec fermeté. Kika rajoute que Siromiel va apporter de la créativité et d’une bonne présence sur scène, des qualités qui manquent selon elle, dans les spectacles en Haïti.

Et votre vie de famille?

La question qui allait susciter des remous au sein du public est celle qui a mis les artistes face à leur responsabilité maternelle telle que connue en Haïti. Comme la Police nationale d’Haïti qui a exclu d’un programme de bourse des policières mères et mariées qui doivent s’occuper de leur famille, un journaliste a voulu savoir comment des femmes artistes pourront continuer leur carrière quand elles auront des enfants et un conjoint.

Lire enfin: Pourquoi les femmes n’arrivent pas à « percer » dans le compas ?

Les artistes n’ont pas tardé à réagir en partageant leur expérience de mère (pour celles qui le sont déjà) et leur compréhension des rapports entre hommes et femmes dans le pays. Elles ont souligné que la grossesse n’est pas une maladie et que deux d’entre elles ont déjà été sur scène avec un bébé dans le ventre. « Élever des enfants n’est pas seulement l’apanage des femmes. Les hommes aussi doivent prendre leur responsabilité de père », souligne Samora Julmisse qui a salué les soutiens de son mari.

Les membres du groupe Siromiel relatent que ce n’est pas la première fois que des questions sexistes leur sont adressées. Comme si le Compas était une marionnette dont seuls les hommes pouvaient tirer les ficelles, ces artistes confient qu’elles se retrouvent toujours à justifier leur place au sein de cette tendance. Siromiel sollicite le support de tout le monde pour qu’un jour, il ne soit plus étonnant de voir un groupe composé exclusivement de femmes ou d’hommes ou alors d’un homme au milieu d’un groupe de femmes ou l’inverse.

Laura Louis

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Laura Louis
Laura Louis est journaliste à Ayibopost depuis 2018. Elle a été lauréate du Prix Jeune Journaliste en Haïti en 2019. Elle a remporté l'édition 2021 du Prix Philippe Chaffanjon. Actuellement, Laura Louis est étudiante finissante en Service social à La Faculté des Sciences Humaines de l'Université d'État d'Haïti.

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