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Et si nous…

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Et si nous… sans remords, sans rancunes, laissions derrière nous ce passé assez macabre pour gagner le grand prix de l’oubli, assez honteux pour mériter l’effort d’un pas vers un grand changement, et assez lourd pour le laisser en arrière.

Utopie diront certains, poussée d’adrénaline se manifestant en patriotisme, d’autres. Mais ces commentaires ou pensées hypocrites sans vergogne, n’inciteront aucun auto- estime ou amour de soi à se réveiller en chacun de nous.

« Premier peuple noir jadis assez solidaire et révolutionnaire pour oser, tenter et réussir à faire prévaloir ses droits en tant qu’être humain ».

Cette idée me laisse toujours perplexe, loin du fait que l’étranger veuille ternir mon image par les vérités qu’il n’arrête de proférer à mon insu mais surtout par l’effort surhumain auquel je m’acharne afin de refléter ma jungle aussi sauvage et paisible qu’elle soit pour abriter lions et lièvres.

« Perle des Antilles » Oufffff ! Il fut un temps, celui où je chantais mon Histoire d’Haïti FIC, j’y ai cru, car les seules destinations de visite d’une fillette de sept ans ne pouvaient être que le prestigieux Champ-de-Mars, les Forts Jacques et Alexandre, les places Boyer et Saint-Pierre, le Bicentenaire, etc.

Ils furent beaux, éblouissants à mes yeux aveuglés par l’innocence…

Et mon illusion s’arrêta, elle s’effaça, disparue net comme si l’on me jeta un sort, abracadabra ! Et c’était parti !

Ils furent si beaux, que je ne pouvais identifier ces tressaillements incessants qui me traversaient le corps, perçaient mon cœur pour fendre mon âme et s’y abriter. Plus tard, je comprendrais, car ce furent les mêmes, au moment où je m’étranglais en criant à pleins poumons ma Dessalinienne ; c’étaient toujours eux quand, pour la première fois mes mères se résignèrent à me voir monter ce grand bus, parcourir des kilomètres pour visiter mes voisins, afin qu’ils m’hébergent et m’instruisent pendant un certain temps ; et encore eux, lorsque mes  « très chers voisins » se vantant toujours d’être mes frères, mes premiers secours, décidèrent d’humilier les descendants des miens, faisant d’eux des apatrides, les laissant en orbite avec leurs peines, leur honte et leur résignation.

Ce n’est qu’aujourd’hui que je saisis, en cet instant précis, accompagné de mon café « peyi », de mes feuilles et crayon,  qu’on ne pourra jamais m’enlever ou me guérir de ces tressaillements ! Ceux, qu’aux martèlements du tambour se confondent aux battements de mon cœur me conduisant à ce sentiment dont seule l’extase en est la définition parfaite.

Ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise que ceux-ci étaient dus à l’amour, la honte mais surtout de la fierté. La fierté d’être celle que je suis, d’avoir vu le jour peut- être là où je n’aurais pas dû diraient certains, toutefois la fierté d’avoir l’assurance que je suis née exactement là où je le devais.

Alors, je n’ai peut-être plus le droit aux illusions car on m’a volé bien des rêves mais j’oserai, je tenterai, et sans doute je réussirai. J’ai ça dans le sang. Je veux bien vous accorder le bénéfice du doute. Je veux analyser, regarder et apprécier avec ces yeux débordants d’innocence qui frustrés, s’arrêtèrent jadis dans le temps.

Donc et si nous…

… Sans remords et sans rancunes, laissions derrière nous ce passé Assez macabre et sombre, digne du grand prix de l’oubli. Assez honteux pour mériter l’effort d’un grand pas vers une once de changement Assez lourd pour tout simplement le laisser en arrière. Et si nous regardions avec ces yeux jadis aveuglés d’innocence et remplis d’illusions.

.K.R.M

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