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En juin 2019 Haïti n’aura pas l’électricité 24/24 comme l’a promis le Président

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À cinq mois de la date d’échéance du projet d’électrifier le pays en 24 mois, le black-out bat son plein. Si le président de la République pense réaliser ce projet dans le plus bref délai, le directeur de l’ANARSE, Evenson Calixte croit que cette volonté est beaucoup plus politique que technique.

Lors d’une rencontre avec la diaspora haïtienne à Miami le 17 juin 2017, le président de la République, Jovenel Moïse, avait promis d’électrifier le pays 24/24. Néanmoins, depuis cette promesse officielle, la capacité technique du secteur énergétique n’a pas bougé. Selon un communiqué du Ministère de la Communication, les faibles réalisations pour ce projet ne se résument qu’à la mise en marche de trois turbines de la centrale hydroélectrique de Péligre.

Techniquement, rendre disponible le courant en 24 mois n’est pas une tâche facile. L’instance de production et  de contrôle de l’électricité en Haïti, l’Ed’H (Electricité d’Haïti) , est incapable de facturer et de recouvrer ses abonnés. Actuellement, le taux de facturation de l’énergie consommée est estimée à 40%. Ce problème demeure un manque à gagner pour le secteur et limite considérablement son efficacité.

Selon les statistiques, « pour électrifier Haïti 24/24,  il faut une capacité de 800 mégawatts », explique le directeur de l’ANARSE (Autoriteé Nationale de Régulation  du Secteur Energétique). Cette instance, créée le 3 février 2016 a, entre autres compétences de contrôler le respect des termes, des licences et droits d’exploitation par les opérateurs du secteur. Elle doit aussi contrôler l’application des tarifs de l’électricité et mener à terme le projet d’électrification du pays.

La capacité de l’Ed’H est au ralenti car ses équipements obsolètes et détériorés limitent sa production à seulement 300 mégawatts, distribués par intermittence à une partie de la population.  Au lieu de renforcer sa capacité de production, l’EDH achète simplement une partie de l’énergie dont elle a besoin chez des fournisseurs privés.

Électrifier le pays en 24 mois est techniquement impossible

Hervé Pierre-Louis, directeur de l’Ed’H, avait estimé à 800 millions de dollars US le budget pour électrifier le pays 24/24. À part le contrat sur la base d’un prêt de 150 millions de dollars américains de Taiwan, aucune réalisation n’est encore concrète. Et techniquement, les travaux pour la mise en place de l’électricité en 24 mois font défaut.

Selon les chiffres fournis par le directeur de l’ANARSE, 61 kilomètres de lignes de haute tension devraient être installées. Aussi dit-il, on devrait procéder à la réparation de neuf sous-stations électriques et la construction de trois nouvelles autres. 51 mini-réseaux devraient être aussi construits pour la réalisation de ce projet ambitieux. Les mini-réseaux sont des réseaux impliqués dans la génération d’électricité à petite échelle. Ils fournissent de l’électricité à un nombre restreint d’usagers par le biais d’un réseau de distribution local qui fonctionne indépendamment du réseau national.

L’Ed’H a été créée par la loi du 9 août 1971, suite à la nationalisation d’une entreprise privée :  » Compagnie d’Éclairage  » gérée à l’époque par une firme américaine  » Stone and Webster Corporation”. 48 ans après sa création, la difficulté de fournir l’électricité 24/24 persiste en Haïti. Evenson Calixte pense que ce projet est tout simplement irréalisable en 24 mois. Le directeur de l’ANARSE affirme que c’est « la volonté politique du président qui l’a porté à déclarer que l’électricité se rétablira 24/24 en 2 ans. »

La déclaration du directeur prouve que le président n’a pas eu une consultation technique avant de formuler cette promesse. « Nous autres techniciens, nous devons faire tout notre possible pour matérialiser l’objectif du président. Mais ce ne sera pas en 24 mois, la mise en place des infrastructures de base prendront au minimum 3 ans », ajoute le directeur de l’instance créée par le président lui-même pour exécuter ce projet. L’ingénieur Calixte ramène à la réalité tout citoyen perdu dans cette illusion politique.  « Les gens ne devraient pas prendre cette vision politique comme une capacité technique pour la réalisation du projet, argumente-il. Un président ne peut pas prétendre le réaliser à lui seul ».

«Si la République Dominicaine a rétabli le courant 24/24 en 14 ans, Haïti ne peut pas prétendre y arriver en 24 mois », a fait remarquer l’ingénieur Evenson Calixte. Le projet d’électrifier le pays est un travail long et continu qui ne saurait se résumer à une échéance. Pour électrifier convenablement Haïti, l’Ed’H devrait augmenter ses mégawatts en fonction de la demande année après année. 

Réalité du secteur énergétique  en Haïti

Le système électrique en Haïti regroupe 10 réseaux répartis dans les 146 communes du pays. Sur les 146 communes, seulement 84 sont alimentées par l’Ed’H. Haytrac, Sogener et E-Power sont les compagnies fournisseurs d’énergie électrique à l’Ed’H. Selon Hervé Pierre-Louis, directeur de l’Ed’H, la centrale hydraulique de Péligre produit en moyenne 54 mégawatts d’électricité. L’Ed’H fournit 30 mégawatts. Les producteurs indépendants d’électricité vendent à la compagnie une quantité de mégawatts facturée en kilowatt heure.

Lors de la présentation du programme d’électrification d’Haïti en octobre 2018, le directeur de l’Ed’H a fait une présentation de l’électrification actuelle. Port-au-Prince a une capacité totale de 251 mégawatts installés pour la production d’énergie électrique. Toutefois,  pour une demande de 230 mégawatts pour Port-au-Prince et ses environs, seulement 150 mégawatts sont disponibles. Pour les villes de province, cinq réseaux fonctionnent. «La capacité de production de ces réseaux, précise Hervé Pierre-Louis, fluctue entre 7 à 15 mégawatts.»

Pour la production d’énergie électrique, la compagnie dépend dans une large mesure des producteurs privés dont le prix moyen du kilowatt heure livré avoisine 30 centimes US. Le financement pour l’achat d’énergie provient du Trésor public et des fonds gérés par le BMPAD (Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement) dans le cadre de l’accord Petro Caribe. Dans le budget initial 2017-2018, le montant de cette subvention d’exploitation directe était prévu à plus de 8,762.22 millions de gourdes dont 2,579.38 millions proviennent du financement du BMPAD.  L’Ed’H projette d’améliorer ses performances et prévoit, parallèlement, d’augmenter la facturation de 40 à 65%. Cet effort de la compagnie vise à  travailler sur les moyens de supporter l’achat du mazout pour le fonctionnement de ses centrales afin de diminuer sa dépendance du Trésor public.

Les phases du projet d’électricité 24/24

Selon le professeur Evenson Calixte, la mise en place du projet se fera en 3 phases et s’étend sur une période de 3 ans. La première phase du projet consiste à alimenter les 146 communes du pays. Ce travail doit aboutir à la rénovation et à l’interconnexion des 10 réseaux qui devraient fournir en moyenne 560 mégawatts d’électricité.

La deuxième phase du projet se fera par la mise en place des micro-réseaux à travers 62 communes du pays. Les sources d’énergie renouvelable dont l’eau, le soleil, le vent seront les moyens de production de ces micros réseaux. La dernière phase du projet établira des systèmes solaires dans les zones reculées à faible densité de population.

Emmanuel Moïse Yves

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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