SOCIÉTÉ

Des maisons endommagées risquent de s’effondrer au Centre-ville, 11 ans après le séisme

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Aucune disposition n’a été prise pour détruire certains bâtiments dangereux

Environ 105 000 résidences ont été totalement détruites et plus de 208 000 ont été endommagées, à la suite du tremblement de terre de janvier 2010. Les fissures et les ruines de ces bâtiments attestent encore aujourd’hui de la violence du séisme.

La rue Pavée de Port-au-Prince, qui logeait jadis le Tribunal du travail, en est la preuve. Les maisons fissurées s’alignent tout au long de cette route qui mène à la Grand-Rue. La vie quotidienne y a repris son cours, au mépris du danger que représentent ces bâtiments. 

Des centaines de marchands et des techniciens en réparation de téléphones portables s’installent sous les vestiges de ces maisons dont la plupart sont jetées aux oubliettes par leurs propriétaires.

Le Ministère des Travaux publics, transport et communication avait répertorié l’ensemble des maisons se trouvant dans les zones touchées par le tremblement de terre. Le niveau du dommage qu’elles avaient subi était spécifié par les couleurs verte, jaune et rouge.

Une maison classée dans la catégorie rouge devait être démolie, explique l’ingénieur Émilion Georges, ancien responsable du génie municipal de Pétion-Ville. Pourtant, nombre de maisons non démolies de la région métropolitaine du pays portent encore la marque rouge. 

Les rues Pavée, Saint-Joseph, Macajoux, Saint-Martin ou encore la rue des Fronts-Forts sont quelques parties de la ville où les maisons gravement endommagées par le séisme sont encore debout. Dans les communes de Delmas et de Pétion-Ville, on en remarque quelques-unes aussi. 

Irresponsabilité de l’État

En 2016, l’une des maisons classées à démolir s’est effondrée à Thor, dans la commune de Carrefour. Le drame a eu lieu dans la nuit du 4 au 5 mai et parmi les cinq personnes décédées, on compte un nouveau-né. Une dizaine de personnes ont été gravement blessées.

Ce drame aurait pu être évité si l’État avait pris la mesure de la menace que posent réellement ces maisons. « L’État détient une flotte de matériels qui pourrait lui faciliter la démolition des bâtiments endommagés », dit l’ingénieur Émilio Georges, qui a démissionné de son poste à la mairie de Pétion-Ville, en 2020.

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Selon l’ingénieur qui dirige la firme de construction COGEP, si les gens paient leur impôt locatif, l’État doit leur garantir ce minimum, vu que certains propriétaires n’ont pas les moyens de procéder à la destruction de leur bâtisse.

L’ingénieur Jocelyn Jeudi, responsable du génie municipal de Port-au-Prince partage cet avis. « L’État aurait dû s’en charger, dit-il, mais nous avons un État divisé et non orienté ». Le MTPTC agit seul de son côté et la section de génie des mairies du pays agissent selon leur propre gré, estime-t-il.

Un accompagnement nécessaire

Wilson Édouard, directeur général du MTPTC, se montre conscient du danger que représentent les bâtiments endommagés. Mais il pointe du doigt les propriétaires qui, dit-il, n’ont rien fait pour démolir leurs édifices.

Pas question que l’État s’en charge. « La démolition était à la charge des propriétaires. L’État avait seulement le rôle de collecter les débris des maisons qui étaient situées près de la voie publique », dit-il.

Mais peu de temps après 2010, certains propriétaires ont quitté le pays, laissant leur maison endommagée sous le contrôle de tierces personnes. Nanette Jean-Louis est cuisinière-marchande et gardienne d’une propriété à Delmas 33. Elle explique que le propriétaire de l’édifice lui avait confié la garde de la maison bien avant qu’il parte à l’étranger.

Lire ensuite : L’hôpital moderne tué par les promesses de l’État haïtien après le séisme

Située non loin des locaux du MTPTC à Delmas 33, la cour de cette maison accueille une shop de menuiserie et la tente de fortune de cette cuisinière-marchande qui y a ouvert  un restaurant à ciel ouvert. À cause de ces propriétaires absents, il est encore plus difficile de détruire ces bâtiments. 

Menace de sécurité publique

« [La plupart des] propriétaires des maisons gravement endommagées du Centre-ville de Port-au-Prince les ont abandonnées, pour s’installer à Pétion-Ville ou à Delmas, jugées moins touchées par le séisme », selon Jocelyn Jeudy.

Certains de ces bâtiments abandonnés posent un sérieux risque d’insécurité, en plus du risque d’effondrement. « Ils sont occupés par des enfants de rues qui se livrent parfois à des fouilles sur des passants. À présent, ces édifices sont habités et contrôlés par des bandits armés au bas de la ville », poursuit Jocelyn Jeudy.

En 2015, la mairie de Port-au-Prince avait proposé son aide à des propriétaires pour détruire ces édifices. « Ces bâtiments représentaient à l’œil nu une menace pour la ville. Le service de génie municipal avait voulu, en accord avec les propriétaires, débarrasser la ville de ces constructions. Beaucoup de propriétaires n’ont pas voulu », fait savoir l’ingénieur Jeudy.

Des efforts peu satisfaisants

Dans quelques endroits de Port-au-Prince, des débris ont été enlevés et des terrains ont été nettoyés et nivelés. Mais, le bas de la ville qui accueille le plus grand marché informel du pays n’est que légèrement retouché.

Les grossistes de ce marché étalent leur commerce sous les édifices détériorés qui servent aussi d’entrepôts pour leurs marchandises. Cette pratique résulte de la négligence de l’État, dit l’ingénieur Émilio Georges.

Lire enfin : Était-ce nécessaire de faire autant d’amputations après le séisme ?

Par ailleurs, le  Guide de bonnes pratiques pour la construction de petits bâtiments en maçonnerie chaînée, élaboré en 2010 par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales et le ministère des Travaux publics, n’a pas freiné les constructions anarchiques du pays.

Le chantier de ces constructions qui ne respectent pas les normes parasismiques rouvre seulement les weekends, afin d’échapper au contrôle du service de génie municipal.

Emmanuel Moïse Yves

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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