EN UNESOCIÉTÉTremblement de terre

L’hôpital moderne tué par les promesses de l’État haïtien après le séisme

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Cet hôpital de référence a reçu des milliers de blessés, avec une promesse d’accompagnement de l’État qui ne s’est jamais matérialisée

Le Centre de diagnostic et de traitement intégré (CDTI), couramment appelé hôpital du Sacré-Cœur, a été ruiné après le séisme du 12 janvier 2010.

Cet hôpital privé répondait à des normes internationales en matière de santé et proposait un modèle de fonctionnement différent des hôpitaux du pays.

Selon Patrick Dupont, directeur médical du CDTI, l’ensemble des équipements médicaux de l’hôpital était estimé à près de 15 millions de dollars américains. Il s’agit d’un investissement privé fait exclusivement par des Haïtiens. 

Après le tremblement de terre, les hôpitaux du pays étaient débordés. Des centaines de blessés attendaient des soins.

« Le séisme a tout fragilisé. J’étais témoin des événements ce jour-là au sein du centre hospitalier Sacré-Cœur. En l’espace d’une heure, le parking de l’hôpital qui pouvait accueillir 60 voitures environ, était déjà occupé par plusieurs centaines de blessés », se souvient Patrick Dupont.

Trois mois après le drame, le système de soin de l’hôpital Sacré-Cœur s’effondre : il n’y avait plus de moyens pour payer les employés et les stocks de médicaments et d’intrants ont été épuisés.

Face à cette situation désastreuse, et au regard des promesses non tenues de l’État et des organismes internationaux, les responsables ont pris la décision de fermer les portes de l’hôpital. 

Dépassé par les évènements

Les pressions sur les ressources du CDTI ont été fortes. « Du 12 janvier au 30 mars 2010, nous avons reçu au total 32 500 personnes. Près de 12 000 interventions chirurgicales ont été réalisées, affirme le directeur médical. Malheureusement, un hôpital qui a à peine trois ans de fonctionnement ne peut pas supporter une telle charge. »

Le centre a donc capitulé. « Tout ce qui a été promis par les instances étatiques et les organismes internationaux en termes de financement n’est jamais venu. Au bout de trois mois, l’hôpital ne pouvait plus tenir », se souvient le docteur Dupont.

Lire aussi : Était-ce nécessaire de faire autant d’amputations après le séisme ?

Durant cette période, les docteurs Bitar, actuels responsables de l’hôpital Bernard Mevs, travaillaient comme chirurgiens au sein de cet établissement de santé. 

« L’hôpital était ouvert aux victimes. On ne pouvait contraindre personne à payer à cause du drame. C’est ce qui a causé cette pente descendante que le CDTI ne pourra plus remonter », expliquent-ils. 

Le 30 mars 2010, trois mois après le séisme, le CDTI arrêtait de fonctionner

L’hôpital du Sacré-Cœur venait tout juste d’avoir trois ans, en 2010. Il était prévu de construire en mars 2010 un deuxième building en L avec des chambres additionnelles pour l’hôpital.

L’hôpital Sacré-Cœur détenait des équipements de pointe. « L’objectif était d’offrir des services de soins modernes qui étaient difficilement trouvables dans les autres hôpitaux en Haïti durant cette période », dit Patrick Dupont.

D’une capacité totale de 26 lits, l’hôpital était équipé d’un centre d’imagerie avec des radiographies digitales et conventionnelles pour la réalisation des échographies et scanners.  Une salle de fluoroscopie médicale, deux blocs opératoires, un laboratoire géré par Biomed et un service d’urgence. Les services médicaux étaient disponibles 24/24.

« Le projet était plus qu’un hôpital. L’idée était d’établir en Haïti un Centre de diagnostic et de traitement intégré (CDTI) pour que tous les services médicaux soient accessibles dans un seul et même espace », précise Dupont.

Promesses non honorées

La cour du centre hospitalier Sacré-Cœur était transformée en un vaste hôpital de campagne. Au lendemain du 12 janvier, nombre de médecins étrangers venus en aide aux personnes nécessiteuses de soin travaillaient et dormaient au CDTI. 

« Les intrants et médicaments inventoriés pour la nouvelle année se sont épuisés en une semaine de soin. L’hôpital a su tenir quelques semaines supplémentaires, avec le soutien des médecins étrangers et un apport insignifiant de l’État », raconte le docteur Patrick Dupont.

Lire ensuite : Pourquoi les médecins formés par l’État et ceux formés dans les institutions privées sont-ils en guerre ?

Durant cette période, le gouvernement a multiplié les promesses d’aide à l’hôpital, sans tenir parole. Les organisations internationales ont fait pareil.  

« Il n’y avait pas de contrat formel entre l’État et l’hôpital Sacré-Cœur. Le drame nécessitait une aide humanitaire nationale et l’État avait promis à tous les hôpitaux privés les moyens d’approvisionnement pour continuer sur la même lancée », dit l’administrateur de l’hôpital Sacré-Cœur.

Mais pas une miette de ce qui a été promis n’a été donnée, malgré les demandes insistantes de l’hôpital, auprès de l’État et des bailleurs internationaux. 

Investissement perdu

115 employés ont été remerciés, car l’hôpital n’arrivait plus à les payer. Jusqu’à l’année 2013, Patrick Dupont dit avoir multiplié des démarches jusqu’à la fermeture définitive de l’hôpital en 2013.

Il était question d’un partenariat public-privé avec le ministère de la Santé publique et de la population (MSPP), pour rouvrir les portes de l’hôpital. « Les discussions réalisées sur ce dossier en 2013 au ministère de l’Économie et des Finances n’ont pas porté fruit », regrette le médecin. Contacté par AyiboPost, le directeur général du MSPP dit ne pas être au courant de ce dossier. 

115 employés ont été remerciés, car l’hôpital n’arrivait plus à les payer

Pour dédommager les investisseurs et répondre aux exigences de l’hypothèque sur le bâtiment qui logeait ce centre hospitalier, les principaux propriétaires de l’hôpital ont pris la décision de liquider les équipements.

Tout ce qui reste du CDTI aujourd’hui, c’est un building, à l’avenue Charles Summer. Les actionnaires attendent encore des accords concrets avec les autorités locales ou des organisations internationales pour la réouverture prochaine de ce centre de santé.

« Le centre hospitalier était ouvert à tous les médecins. Il suffisait d’être un affilié de l’hôpital pour avoir plein accès et pratiquer une intervention médicale au sein de l’établissement », raconte Patrick Dupont. 

Les médecins affiliés à l’hôpital étaient enregistrés via leur dossier, qui donnait des détails sur leur parcours et leur spécialisation. 

Emmanuel Moïse Yves

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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