AYIBOFANMFREE WRITING

Tu veux qu’on se partage mon mari ?

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Dis Nayah, tout va bien ? Avant de commencer, ca ne te dérange pas que je te tutoie, que je t’appelle par ton prénom ? Je pense que nous pouvons être familières, vu que nous semblons avoir de si grands intérêts en commun, n’est-ce pas ?

Premièrement, je dois t’avouer que je n’avais nullement l’intention de te faire une réponse. Tu sais comme dit le dicton « le chien aboie la caravane passe » ; de plus je trouve injuste de mettre une équipe de première division, en l’occurrence moi, face à une de second niveau, toi. Le jeu ne serait pas équilibré. Puis, j’ai laissé tomber mes préjugés. J’ai essayé de lire à travers tes lignes. J’ai vu que tu n’étais pas bien méchante, juste très mal encadrée… l’absence parentale se fait sentir à tous les niveaux de la société haïtienne. Les parents sont démissionnaires. Je me suis aussi rappelée que j’étais très jeune quoique je n’aie jamais fait preuve d’autant d’immaturité que toi. Je juge en tant qu’ainée qu’il est de mon devoir de te faire la leçon.

Revenons au but de ma lettre. Ma chère, désolée de te décevoir mais tous ces fameux appels tardifs et courriels anonymes ne sont pas de moi. Vois-tu, Ti Pouchon comme je l’appelais avant, fréquente d’autres filles. C’est sans doute une autre éperdue de lui qui te joue des tours. Cela fait quelques temps que je ne m’inquiète plus de ces allers-retours, nous sommes deux colocataires dans la maison. Tu as avalé son ramassis de mensonges et l’a gobé sans réserves. Avant de faire ton plaidoyer, tu aurais du t’enquérir au moins d’une autre version de cette histoire… Par exemple, c’est lui qui se rend dans les boites de nuit, c’est lui qui ne donnait plus sa participation aux charges domestiques après les disputes. Par contre j’assiste à des cours de Zumba, le gym a de très bons avantages pour moi : je maintiens ma forme et je profite pour me rincer les yeux.

Entre autres, ma chérie, ne mêles pas Dieu à tes parties de jambes en l’air adultérines, ne le rends pas complice de tes actes. Tu t’es donnée à lui toute seule. Le monsieur est un séducteur et il sait comment s’y prendre avec les femmes. J’ai moi-même succombé à son charme après des mois de résistance, je n’ai compris que trop tard qu’il était un coureur de jupe invétéré.

Je tiens à ce que ma lettre soit courte et ne fasse pas étalage de futilités. Tu m’as demandé de le partager n’est-ce pas ? Mais ma chérie, comment se partage t-on un bien communautaire s’il est déjà à tout le monde ? Tu penses à restreindre ses rapports entre toi et moi, tu veux qu’on le limite à nous deux, n’est-ce pas ? Pour cela, il faudra que tu saches comment transformer une mitraillette en une arme manuelle  parce que l’homme dont on parle, il tire sur tout ce qui bouge sans distinction. Je vois tellement de noms différents de femmes sur son téléphone avec tellement de messages affichés sur l’écran que je me demande comment il arrive à vous gérez toutes. J’ai pitié de lui, le pauvre. Il risque de se tuer à vouloir posséder un harem ! Je ne sais pas ce qu’il essaie de prouver mais bon, les voies de l’homme restent pénétrables.

Tout ça pour te dire qu’au lieu de le partager avec toi, je vais prendre la meilleure décision qui s’impose, te le laisser. Oui, je vais te laisser avoir ma vie, ainsi tu sauras réellement avec qui tu as affaire.

J’ai oublié de te dire que j’ai pris tout ce temps pour t’écrire parce que je préparais mes papiers. Je mettais de l’ordre dans nos affaires et discutais avec mes avocats.

Laisse-moi t’expliquer ce qui va suivre. Je le vois, lui fâché contre toi parce-que je vais lui prendre tous ses biens. Ben oui, selon les clauses de notre contrat de mariage si l’un d’entre nous est reconnu infidèle, l’autre peut le déposséder de ses biens. J’imagine que tu ne savais pas ça, sinon, tu te serais tu. Dis, tu seras toujours amoureux de lui sans le sou ? Bon, il est très intelligent avec plein de ressources et tu es peut-être désespérée ; il pourrait facilement se refaire une santé financière et vous vivrez heureux ensemble. Le meilleur des mondes, n’est-ce pas ? Erreur, il aura toujours des conquêtes et certaines aussi hardies que toi, si elles ne sont pas pires.

Tu sais en faisant l’état de son malheur on s’imagine toujours qu’on ne peut pas en sortir, qu’on est seul au monde et incompris. Par ta lettre, tu m’as prouvé que mon ange gardien est toujours à mes côtés. Je sors de mon malheur plus riche. Je t’ai, toi, pour ressentir ma douleur au point de vouloir me remplacer. La vie me sourit. Je me questionnais sur comment entamer les procédures du divorce, me battre avec lui, obtenir la garde des enfants… tu m’offres tout ça et ce, sur un plateau d’argent, Nayah ; je te serai à jamais reconnaissante.

Il recevra son invitation pour comparaitre au tribunal en même temps que tu recevras cette lettre. Je te laisse le soin de lui annoncer la nouvelle. Tu devras l’avertir de ta première gaffe, probablement la dernière. Avant de partir, je voulais te demander, comptes-tu l’accompagner au tribunal ? Je me disais que ce serait sympa de rencontrer ma bienfaitrice face à face.

Commentaires

Lou
I am a woman, a life lover and a pluridimensional human being! Blogger @ Louetsaplume

    Eske Ayisyen k ap viv nan dyaspora a ka rele tèt yo patriyòt ?

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    Chimère

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