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Témoignages d’Haïtiens depuis des pays ravagés par le Coronavirus

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Que le pays soit en confinement total ou partiel, la vie de tous les jours est bouleversée

En Haïti, c’est le lock 2.0 qui se profile à l’horizon, lentement.

La pandémie du Covid-19 a traversé les frontières du pays. Deux cas officiels sont recensés. Plusieurs autres cas suspects sont en quarantaine. Des mesures d’urgence ont été prises. Désormais, les citoyens sont priés de rester chez eux le plus possible. L’année scolaire, déjà perturbée tant de fois, subit encore une fois un choc.

En France, au Chili, aux États-Unis ou encore à Aruba, pays qui ont été frappés bien avant le nôtre, la vie s’organise d’une nouvelle manière. Il faut s’adapter. Il faut changer ses habitudes. Quatre Haïtiennes racontent leur expérience.

Confinement, le mot à la mode

Jenny-Flore Désamours vit en France, l’un des premiers pays européens dans lequel le nouveau coronavirus s’est déclaré. Elle habite Amiens. Dans l’Hexagone, c’est le confinement presque total. Rester chez soi est le mot d’ordre.

« Presque rien ne fonctionne, explique Jenny Flore Désamours. Les gens ne vont pas travailler, à moins que ce soit un travail essentiel comme les supermarchés, les pompes à essence, etc. Pour se déplacer, il faut remplir un papier qui explique pourquoi on doit sortir. La Police circule dans les rues. Si quelqu’un sort sans autorisation, il prend une amende de 135 euros.»

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À Aruba aussi le confinement est total. « Le transport en commun est complètement paralysé, dit Kerry Darline Bellevue, une jeune Haïtienne qui vit dans ce pays depuis près de 10 ans. Les aéroports sont fermés, les hôtels ferment les uns après les autres. Presque personne ne va travailler sauf si c’est nécessaire. »

Sasha Nahellie Laguerre et Gahelle Maître vivent respectivement aux États-Unis et au Chili. Dans ces pays, la situation n’est pas encore à l’extrême, mais l’état d’urgence a été déclaré dans le Massachusetts, là où vit Sasha Laguerre. « Les écoles sont fermées, mais les entreprises fonctionnent encore, dit-elle. Le transport en commun est un peu au ralenti dans certaines zones, mais ça va jusqu’à présent. »

Les jours se suivent…

Que le pays soit en confinement total ou partiel, la vie de tous les jours est bouleversée. Les journées viennent toujours les unes après les autres, mais elles sont pareilles. Avant, Kerry Bellevue allait travailler et certains jours de la semaine elle se rendait à son école. De temps à autre, ses amies et elles se rencontraient. Ce n’est plus possible désormais. « J’essaie de m’occuper l’esprit, dit-elle. Je lis un peu plus, je fais du sport parce que je me sens bien après. Mais à part cela je ne fais rien, il n’y a rien à faire. »

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Sasha Laguerre, elle, ne voit pas trop de changement dans sa routine : « Je travaille avec des personnes âgées, donc j’ai toujours pris des précautions en termes d’hygiène. Ma mère est une maniaque de la propreté également. À la maison, tout reste normal, mais moi je sors travailler les après-midi »

Frénésie d’achats.

Depuis le début de la pandémie, les supermarchés étaient devenus la première destination des gens. Tout le monde voulait se procurer des produits qui pourraient manquer à l’avenir.

À Boston, beaucoup de produits ont disparu des rayons en des temps record. « Il y a quelques jours, mon père est allé acheter des bouteilles d’eau, témoigne Sasha Laguerre. Il est revenu en nous disant qu’il a failli ne pas en trouver. Alors nous avons décidé d’aller faire nos courses, pour ne pas manquer de produits. Lorsque nous sommes arrivés, c’était le désarroi. Il ne restait plus rien. »

Au Chili aussi, les achats en catastrophe se sont succédé. « Les supermarchés se sont rendu compte à quel point les acheteurs ne laissaient rien sur les rayons, dit Gahelle Maître. Maintenant ils limitent les achats à seulement 5 articles à la fois ».

Kerry Bellevue assure qu’elle ne se rue pas au supermarché. « À la maison on essaie de ne rien gaspiller, poursuit-elle. Ma mère et moi, on a convenu que nous ne ferions aucun achat qui ne soit essentiel. C’est la première décision qu’on a prise. À part les produits de première nécessité, nous avons ralenti sur tout ce qui n’allait pas servir immédiatement ».

« Je ne vais pas bien »

Rester chez soi a au moins ceci de particulier : on a du temps. Et ce temps est rempli par un flot continu d’informations dont la superstar est le Covid-19. Les journaux télévisés et les réseaux sociaux en parlent en permanence. Le virus est devenu présent, de manière constante, et l’état d’esprit peut s’en ressentir. Kerry Bellevue craint pour sa santé mentale. « Je sais que cela n’ira pas, dit-elle. Je ne vais pas bien. J’ai beaucoup trop de temps pour réfléchir à certaines choses. L’année a bouleversé tous mes plans. »

Sasha Laguerre a la chance de pouvoir encore sortir, grâce à son travail. Mais l’anxiété la ronge. « En temps normal, j’ai de fréquentes crises d’angoisse, explique-t-elle. Mais maintenant c’est pire. Psychologiquement, je sens que j’ai tous les symptômes de la maladie. Je stresse trop. »

En revanche, tant Jenny Désamours ne ressent pas plus de stress que d’ordinaire. « J’ai l’habitude de vivre seule, et cela ne me dérange pas de ne pas sortir, affirme Jenny Désamours. Je ne suis pas inquiète à cause du virus, car je prends toutes les précautions. » Mais, la période d’incubation du virus la dérange. « Si je sors, explique-t-elle, je suis obligée d’attendre 14 jours pour être sûre que je vais bien. »

S’adapter, toujours

Comme en Haïti, dans ces pays, les écoles sont aussi fermées. Étudiants et élèves ne circulent plus. Les cours se font en ligne. La résidence universitaire dans laquelle Jenny Désamours vit s’est vidée du joyeux monde qui arpentait les couloirs. « Il y a deux bâtiments, de six étages chacun. Ils sont presque vides. Certains sont rentrés chez eux, d’autres sont partis dans leur pays. Nous sommes une dizaine encore présents, et il n’y a que des étrangers qui sont restés. »

« J’aurais pu rentrer en Haïti, mais les billets sont chers, et à mon retour en France je pourrais avoir des problèmes pour trouver un logement. J’ai préféré rester. »

« J’ai averti ma famille de ne pas me déranger pendant certaines heures, dit Sasha Laguerre en riant, parce que désormais j’ai des cours en direct, en ligne. Mon petit frère, lui, reçoit des devoirs qu’il doit rendre avant l’heure limite fixée ».

Quid des jours qui viennent ?

Malgré les restrictions de voyage de toutes sortes, le covid-19 ne cesse de circuler. De décembre à nos jours, plus de 306 000 cas ont été enregistrés. Les mesures de confinement, selon les experts, peuvent servir à ralentir, et même stopper la propagation de la pandémie.

Mais personne ne sait encore combien de temps il faudra attendre. Cette incertitude, selon Kerry Bellevue, est pire que tout. « L’État fait des efforts, dit-elle. Nous serons payées quand même pendant les trois prochains mois, même en ne travaillant pas. Les banques ont ajusté leurs délais. Mais rien ne sera plus comme avant. “

Sasha Laguerre et Jenny Désamours assurent qu’elles n’ont pas peur pour elles-mêmes. Mais à l’annonce des cas découverts en Haïti, l’inquiétude a grandi en elles. ‘ Je vois les ravages que fait ce virus, dit Jenny Désamours. Je trouve que les Haïtiens le prennent beaucoup trop à la légère ’.

 

Cet article a été édité le 22/3/19, à 10h30.

Commentaires

Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie. Je m'intéresse à la politique et à l'économie. Ah, j'écris aussi un peu de poésie, histoire de faire passer la vie.

Biznis fo cheve ap grandi chak jou pi plis an Ayiti

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