EN UNESOCIÉTÉ

Pour une école qui nous rassemble au lieu de nous diviser

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A la veille d’une prestation de serment, il est logique que les acteurs des différents secteurs de la vie nationale s’interrogent sur l’avenir au moins à moyen terme. Nous sortons d’une année de transition d’une gouvernance qui, après le séisme du 12 janvier, avait fait des promesses mirobolantes pour nous retrouver six ans plus tard avec un bilan dont le moins qu’on puisse en dire est qu’il n’est pas brillant.

Ceci c’est de manière générale. Pour ce qui concerne la culture et l’éducation les espoirs étaient grands. Le discours présidentiel les avait fait mousser comme rarement auparavant. Six ans plus tard, nous ne sommes pas plus proche des objectifs de couverture scolaire  universelle encore moins d’une amélioration de la qualité de l’enseignement et encore plus loin d’une promotion et d’une sauvegarde intelligente de notre patrimoine culturel. Pourtant les directives étaient claires, les moyens pour avancer identifiés. Il semble qu’il a manqué l’essentiel.

Que pouvons-nous en ce début de février 2017 formuler encore comme espoir sans donner la preuve d’une naïveté imbécile ? Il faut qu’à un certain moment nous arrêtions l’autoflagellation pour nous demander qu’est-ce qui de l’intérieur mine tout projet de nation en ce pays depuis si longtemps.  Identifier cette chose et surtout la neutraliser. Car, la réponse à une telle question pourrait donner lieu à moult réflexions et le temps de tirer au clair une quelconque proposition, nos traditionnels antagonismes trouveraient à s’exprimer sous toutes les formes et pas des plus belles.

Pourtant, nous savons tous que c’est l’école, autant qu’elle a été capable d’aliéner nos élites, les faire briller à l’étranger,  autant a-t-elle été capable de reproduire un système générateur d’injustices, autant a-t-elle été capable de nous diviser en centaines de partis politiques pour ne pas dire en dix millions d’haïtiens, autant est-elle l’instrument qui peut nous rassembler. Seulement il faut qu’elle cesse d’être l’instrument de promotion d’une esthétique  qui nous porte à ne pas nous aimer nous-mêmes, il faut qu’elle se préoccupe de nous informer d’abord sur notre environnement, il faut qu’elle nous instruise de notre histoire à partir non plus du point de vue de nos ennemis, mais du nôtre. Nous le savons tous.

Cela fait beaucoup et ce n’est qu’un aperçu. Allons-nous oser espérer encore ? En fait, il n’y a pas d’autre option parce que tout ce que nous pouvons espérer, nous devons nous-même le réaliser. En cette veille de mandat, nous ne formulons pas seulement des espoirs, nous interpellons ceux qui se sont battus pour accéder à l’honneur de nous servir, pour rappeler que l’exercice consistant à établir un bilan n’est pas seulement pour signaler une avancée ou un recul, c’est aussi pour demander des comptes…

Comme beaucoup d’acteurs des secteurs éducatif et culturel nous souhaitons l’aménagement d’un environnement plus propice à nos opérations. Les politiques publiques qui vont être bientôt annoncées vont peut-être solliciter l’adhésion de ceux qui les auront compris comme de ceux qui n’y verront que des bons mots à applaudir. Dans cette grande opération médiatique l’appel à la mobilisation de toutes les énergies va être lancé. Avec bonne ou mauvaise foi, ceux qui voudront d’une manière ou d’une autre y répondre, devront utiliser comme ressource première ce que l’école haïtienne aura, pendant de longues années, installé dans notre conscience et même dans notre subconscient.

Il en est ainsi. C’est pour cela que nous espérons la construction, avec notre patrimoine culturel comme matériau, d’une école qui nous rapproche, nous rassemble, nous unisse.

…Donnez-nous cette chance.

 

Ronald Paul

Coordonnateur de Réf-culture

Image: Georges Harry Rouzier

Commentaires

Ayibopost
La rédaction de Ayibopost

    Pourquoi exactement Raquel Pélissier ne représenterait-elle pas la femme haïtienne?

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