SOCIÉTÉ

Où est passé le Centre hospitalier de la Police nationale d’Haïti inauguré en 2019 ?

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La structure qui doit fournir des soins aux policiers et à leur famille n’est toujours pas opérationnelle, jusqu’à aujourd’hui

Il est 8 heures 27 minutes du matin. Nous traversons les rumeurs du plus grand marché informel du centre-ville de Port-au-Prince pour atterrir à la station des bus qui habituellement font le trajet de Port-au-Prince à Bon Repos.

L’hôpital central de la Police nationale d’Haïti se situe dans ce quartier de la plaine du Cul-de-sac. Pour s’y rendre, l’automobiliste qui nous emmène prend la direction de Cité Soleil, en empruntant la Route 9 au lieu du trajet habituel qui passe par la Route Nationale numéro 1 où règne fréquemment un embouteillage monstre.

Généralement, la route de Cité Soleil n’attire pas les foules. Cette zone, réputée dangereuse, compte parmi les quartiers de non-droit de la région ouest. Tout au long du trajet, de jeunes hommes s’approchent de l’autobus et demandent au chauffeur de faire un « geste ». Entretemps, les passagers restent calmes et se murent dans un silence de cimetière.

Nous avons profité de ce silence pour demander au chauffeur de nous déposer dans les locaux de l’hôpital rénové pour desservir les policiers. « Qu’allez-vous faire dans cet espace négligé depuis des lustres », dit-il sur un ton ironique.

D’énormes controverses

Arrivé sur les lieux, un constat sans appel s’impose : l’hôpital de la PNH n’existe que de nom. Trois policiers de la Brigade d’intervention motorisée (BIM) occupent la cour. « On ne fait que protéger l’espace parce que l’hôpital est déjà équipé de tout le matériel nécessaire pour sa mise en marche », fait savoir un des policiers qui a répondu aux questions d’AyiboPost sous couvert de l’anonymat, parce qu’il n’est pas autorisé à s’adresser à la presse.

Une vue de l’hôpital Simbi Continental

Dès son ascension au pouvoir en 2016, Jovenel Moïse a voulu doter l’institution policière d’un centre hospitalier. Après avoir visité plusieurs chantiers en construction, le président avait braqué son projecteur sur l’hôpital Simbi Continental sur la route nationale numéro 2, à Martissant. Près de 5 millions de dollars ont été décaissés des fonds PetroCaribe pour sa construction.

OP-ED: Haïti va dépenser des millions pour un hôpital déjà payé à 90 % par Petrocaribe

À date, rien ne bouge sur ce sentier. 82,5 millions de gourdes additionnelles sont prévues dans le budget 2019-2020 pour la finalisation du chantier.

En 2018, l’administration en place fait un revirement à 180 degrés. Soigner les policiers demeure le focus. Mais L’hôpital Simbi Continental perd des points dans la liste de priorités au profit de Bon Repos.

Alors qu’une partie des travaux de cet hôpital reste inachevée, sa cérémonie d’inauguration a quand même eu lieu en juillet 2019. Il est rebaptisé « Hôpital central de la PNH » pour l’occasion. L’ingénieur Clément Bélizaire qui dirige depuis 2015 l’unité de Construction de Logements et de Bâtiments publics (UCLBP) affirme n’être jamais au courant des travaux de rénovation de cet hôpital.

Une structure dysfonctionnelle

« Je n’arrive pas à comprendre pourquoi l’hôpital ne peut pas être fonctionnel, commente le policier cité plus haut. »

L’agent explique plus loin avoir entendu que l’hôpital Bernard Mevs est désormais le centre hospitalier qui va fournir les soins d’urgences aux policiers victimes dans le cadre de leur travail.

Un protocole d’accord a effectivement été entériné le lundi 19 octobre dernier entre le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) et le centre hospitalier Bernard Mevs. Selon les clauses du contrat, l’hôpital doit fournir des soins d’urgences aux policiers et à quatre de leur dépendant, rapportent les docteurs Jerry et Marlon Bitar, responsables de la structure.

Michel-Ange Louis Jeune est le porte-parole de la PNH. Selon ses dires, l’hôpital central de la PNH à Bon Repos n’est pas opérationnel parce que toutes les dispositions ne sont pas encore prises à cet effet.

Plus loin, il déclare que certaines questions pertinentes sur l’état du projet méritent plutôt d’être adressées aux plus hautes autorités étatiques. AyiboPost a essayé en vain d’interviewer le Premier ministre Joseph Jouthe dans le cadre de ce dossier.

Entretemps, le porte-parole de la PNH dit que l’institution va profiter des soins d’urgences du contrat signé entre le Premier ministre, Joseph Jouthe, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Rockfeller Vincent avec l’hôpital Bernard Mevs en attendant que le centre spécialement dédié à la PNH soit opérationnel.

Une assurance inefficace

Les 17 000 agents de la PNH sont membres de l’Office d’Assurance Accidents du Travail, Maladie et Maternité (OFATMA) qui s’occupe des employés de la fonction publique. Un prélèvement de 170 gourdes est réalisé mensuellement sur leur chèque pour payer cette assurance.

L’OFATMA ne paie que difficilement les hôpitaux qui offrent des soins aux fonctionnaires. Les dettes accumulées et la lenteur de l’OFATMA amènent la plupart des centres hospitaliers du pays à fermer leurs portes aux policiers. « D’autres exigent un dépôt avant d’entamer tout processus de soins », révèle le policier Jude Pierre à AyiboPost.

Lire aussi: Le calvaire du policier haïtien pour obtenir des soins hospitaliers

Selon les docteurs Bitar, l’hôpital Bernard Mevs fournit sans contrats depuis 2013 des soins aux policiers victimes dans le cadre de leur travail. Les Bitar se réjouissent de la signature d’un accord avec les autorités qui formalise la contribution du centre envers les policiers.

« Ce contrat est d’une durée d’un an, renouvelable au gré des partis. Le protocole d’accord signé avec l’hôpital Bernard Mevs concerne seulement les soins d’urgences. Les autres types de soins restent sous la responsabilité de l’OFATMA », disent-ils.

Les Bitar espèrent que ce contrat obtiendra l’aval de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratifs (CSC/CA).

Un local équipé jeté aux oubliettes 

AyiboPost n’a pas pu confirmer le nom de la firme d’exécution des travaux de réaménagement de l’hôpital de Bon Repos ni le coût des interventions.

Pour ce qui est de l’accord passé avec l’État, Bernard Mevs soumettra régulièrement des factures aux autorités pour paiement. Ce contrat constitue « un pas positif, mais la santé des policiers ne concerne pas uniquement les soins d’urgences », raconte un des policiers qui assure la protection de la structure de Bon Repos.

À part les matériels disponibles, cet hôpital possède deux génératrices installées sur la cour. « Par moment, des techniciens débarquent et essaient de faire fonctionner ces engins. Il faut à tout prix éviter qu’ils tombent en panne », fait savoir le nommé Junior, gardien de l’institution.

Plusieurs administrations, dont la présidence de Michel Joseph Martelly, ont décaissé de l’argent pour rénover l’hôpital de Bon repos. Aujourd’hui, l’espace tarde à accomplir sa fonction. La cour est couverte de grandes herbes et certains des matériaux en bois utilisés commencent à afficher des signes de dégradations.

La partie inachevée de l’hôpital est transformée en dépôt de marchandises par Junior.

Emmanuel Moïse Yves

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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