AYIBOFANMEN UNESOCIÉTÉ

«Monsieur le Consul, ma mère elle fait quoi de moi?»

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L’histoire de ma courte vie (100 jours et des poussières) fait que je suis un enfant sans père. Mais ma mère, elle m’aime pour deux. Non attendez…elle m’aime pour elle, pour les grands-pères que je n’ai pas, pour la grand-mère paternelle que je n’aurai pas. Vous voyez, ça fait qu’elle m’aime pour 4 personnes! Mais j’ai une grand-mère maternelle qui m’adore et qui se bat avec maman pour me donner de l’affection et me faire oublier que je ne suis pas comme tous les enfants. L’histoire de ma vie fait que je suis un petit garçon que ma mère trimballe partout dans un bobba… Non seulement, je lui ai causé plein de soucis dans le ventre…un psychanalyste vous dirait que j’exprimais mon mal être car j’ai fait un arrêt respiratoire pendant 5 jours. Mais bon, j’ai eu une équipe médicale hors pair à avoir pris soin de moi.

Alors oui, je me ballade dans les réunions, dans les activités sociales et je fais du sport avec maman. Je suis une partie intégrante de ma mère que je ne laisse que rarement. Je suis allaité exclusivement au sein… je me suis débrouillé pour qu’elle n’ait pas le choix car le biberon: je ne tolère pas. Ça me cause des reflux, des fausses routes et commandite les plus grandes peurs de ma mère. Donc le biberon,  n’est pas de mise. Ma mère, c’est ma vache laitière perso.

De mes trois mois sur terre, moi fier petit Mathis, petit loup d’Haïti (mais ne dites pas loup- garou, ce ne serait pas gentil), j’ai appris une chose : maman et moi, on va adapter nos besoins. Elle joue avec  moi comme si c’était ma jumelle et je m’attache à elle comme une sangsue pendant qu’elle poursuit la réalisation de ses rêves. Parce que maman: c’est une top professionnelle. Ma maman a des rêves plein la tête. Elle veut changer tellement de choses dans son pays que parfois j’ai du mal à la suivre parce que vous savez, elle me dit tout. Des fois j’acquiesce mais d’autres fois je lui lance un regard réprobateur. Vous savez, il ne faut pas être trop avant-gardiste dans un pays comme le mien.

Ma mère, est une personne très sociale. Elle est présidente d’un club de femmes, et je me suis déjà retrouvé en plein milieu des réunions. Mais cela m’arrange bien car me voilà bien gâté par certaines de ces dames qui maitrisent l’art d’être grand-maman. Et je ne sais pas si je vous l’ai confié mais j’adore être choyé. Je suis un bébé tellement souriant que certaines amies de maman m’appelle Smiley. La vie est faite pour être bien vécue.

Ma mère est à la fois une maman à temps plein et une professionnelle à temps plein. Elle me tient d’une main et de l’autre, elle travaille. Elle me porte et travaille comme les femmes africaines. Je suis un bébé heureux car elle n’est jamais loin. Je fais tellement partie intégrante de cette femme que ma grand-mère rouspète. Pas question de me laisser chez grand-maman pour qu’elle me gâte car maman est non seulement ma nourriture mais de surcroit elle n’est pas quiète lorsqu’elle n’est pas présente.

Ma maman, c’est un globe-trotter : elle a déjà visité une vingtaine de pays et elle a promis qu’avec moi, elle en ferait le double.  Elle a voyagé sur les cinq continents comme le dit si bien les livres de géographie…Et puis, elle a vécu 8 ans hors d’Haïti dans 3 pays différents pour compléter deux maitrises et un doctorat. Pas étonnant que Maman me fasse déjà la classe. Oui nous, c’est l’école à la maison et tout sert d’opportunité éducative. Donc suivant les principes du Dr Sears et de John Holt, je suis ce petit garçon itinérant qui suit les traces de sa maman.

Après avoir été alité durant toute sa grossesse, Maman a repris ces activités professionnelles quinze jours après ma naissance car il faut bien qu’elle assume mon entretien de Pacha. Toutefois, Maman veut aussi se faire plaisir et réutiliser la lettre V de l’alphabet qu’elle m’apprend. V c’est pour le mot voyager : elle veut recommencer à voyager. Une bonne amie de maman est décédée à New York et maman voudrait lui payer ses respects. Et puis, il y a cette conférence des femmes leaders à laquelle elle souhaiterait se rendre. On pourrait donc faire d’une pierre deux coups. Elle profiterait également pour aller voir son directeur de thèse et faire des simulations dans le labo de réalités virtuelles qui lui manque tellement. Lorsqu’elle me raconte ce qu’elle sait y faire, mes petits yeux d’enfant brillent. Je ne vais pas vous cacher que je suis tout excité à l’idée de prendre l’avion, le grand oiseau blanc comme Maman m’explique. Elle a fait émettre mon passeport en 24 heures. Les gens de la DGI, du Ministère de la Justice et du Bureau de l’Immigration ce sont mis en quatre pour me servir (j’en profite pour les remercier). Et par chance, on a trouvé rapidement un rendez-vous pour mon entretien pour le visa américain. Pour maman, ce n’est qu’une formalité. Elle part depuis qu’elle a mon âge. Elle a étudié sur 3 continents et est revenue à chaque fois. Elle est une «Alumni de Fulbright» qui achève la rédaction de sa thèse.

Surprise! Le consul vous savez, « le blanc », comme on les appelle ici, a remis mon passeport à ma maman en lui disant :«votre fils n’est pas qualifié parce qu’il n’a pas d’attaches en Haïti». Cependant, il précise bien à ma maman qu’elle est qualifiée (oui elle a un visa de 5 ans renouvelé en Juillet- elle aurait pu accoucher là-bas hein la globe-trotter mais elle est trop patriote et voulait que je sois Haïtien et fier de l’être). J’arrête de digresser. Oui, je n’ai pas d’attaches, moi le Tizou toujours accolé à ma mère dans un bobba !! Moi, le Tizou, enfant adulé et choyé, « le blanc » croit que ma mère me jetterait en pâture chez lui, seul et perdu,… ? Chez moi, en Haïti je suis l’élite. Chez lui, sans papier, je serais quoi ?

Alors, « Monsieur le Blanc » soyons sérieux : quand ma mère, super maman et professionnelle doit partir rencontrer son directeur de thèse, participer à des conférences où la voix de la femme haïtienne doit être entendue, de moi elle fait quoi ?  Suis-je discriminé parce que je n’ai pas de père alors que chez vous, tous les statuts matrimoniaux et toutes les combinaisons matrimoniales entre genre sont permis?

Donc serait-ce que les enfants n’ont pas le droit d’être protégés par leurs parents encore plus lorsqu’il s’agit d’une mère célibataire?

Alors « Monsieur le Blanc », ma mère, elle fait quoi de moi pour continuer sa lancée vers les étoiles? Si jamais vous trouvez la réponse, n’hésitez pas à nous la communiquer; vous nous trouverez dans le répertoire des Fulbright alumni!

Irvika

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