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Les fibromes ne sont pas des cancers, mais ils peuvent être mortels

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Il s’agit d’une tumeur bénigne, mais selon sa position, les complications peuvent être graves

Caroline a 25 ans. En 2019, son gynécologue a découvert un fibrome lors d’une visite de routine. Elle ne s’y attendait pas. Quelques années auparavant, on lui avait diagnostiqué un syndrome d’ovaires polykystiques. La nouvelle du fibrome l’a déroutée. Elle se demandait pourquoi ses organes intérieurs réagissaient de la sorte.

Avec les kystes ovariens, ou encore le cancer du col, les fibromes sont parmi les maladies les plus courantes chez les femmes. Il s’agit d’une tumeur bénigne, mais selon sa position, les complications peuvent être graves. Elles peuvent créer de graves troubles dans le corps d’une femme, et dans son esprit.

Un fibrome n’est pas un cancer, mais tout dépend de sa localisation et de sa grosseur, il peut tuer.

Sans bruit…

La maladie peut rester silencieuse. La femme ne se rend pas compte de sa présence, surtout si elle n’effectue pas un suivi régulier chez son médecin.

Mais certains symptômes sont parfois les signes d’un fibrome qui prend du volume, selon la gynécologue Rodrine Janvier. « Un fibrome peut causer une constipation chez la malade, informe-t-elle. Il fait pression sur son rectum, et l’empêche d’aller à la selle normalement. Cependant, d’autres personnes ont tendance à uriner souvent, parce que le fibrome appuie sur la vessie. »

Dans le cas d’une patiente qui urine souvent, les risques d’infection augmentent, selon le médecin. « La vessie a toujours un reste d’urine qui peut infecter la patiente », explique-t-elle. « Dans d’autres circonstances, poursuit la gynécologue, les patientes se plaignent de ne pas pouvoir uriner. On est obligés de leur mettre un cathéter, pour leur permettre d’évacuer l’urine. »

Un fibrome peut aussi causer de fortes douleurs chez la patiente, surtout au moment de ses règles, d’après Chantal Sauveur Junior Datus, gynécologue et directeur médical de l’hôpital de Chancerelles.

Problème d’infertilité

Un fibrome peut empêcher une grossesse. « Le sperme doit passer par les trompes de la femme, pour aller rejoindre l’ovule, explique Chantal Sauveur Junior Datus. Un tout petit fibrome de quelques centimètres peut obstruer les trompes, et causer une infertilité. Tout dépend de la quantité, l’emplacement, et la grosseur des fibromes, une femme peut ne jamais enfanter. Il faut les opérer pour leur donner une chance. »

Mais, certaines patientes préfèrent retarder le plus possible l’opération, surtout si l’emplacement du fibrome causera l’ablation de leur utérus. Cette opération est appelée hystérectomie. « Ces patientes veulent essayer de tomber enceintes avant, explique Datus. Mais parfois, en retardant l’intervention, le fibrome tend à grossir de plus en plus. »

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Caroline fait partie de ces patientes qui attendaient encore avant l’opération. Dans son cas, elle a finalement réussi à féconder. Son fibrome de 5 centimètres, malgré son emplacement sur l’utérus, le lui a finalement permis. « J’étais sur le point de me décider, explique-t-elle. J’allais demander l’intervention en décembre, parce que je voulais mettre toutes les chances de mon côté. Mais, je ne sais pas comment, je suis tombée enceinte le mois dernier. Cela a changé mes projets. ».

Ces situations sont courantes, selon Datus. « Une femme peut avoir un fibrome de douze centimètres, ce qui est énorme, et tomber enceinte, alors qu’une autre en a un qui fait seulement cinq centimètres, mais n’arrive pas à féconder. Tout est une question de placement. Il faut que la tumeur soit en dehors de l’utérus. »

Mais, d’après le gynécologue, même si l’opération pour enlever le fibrome est conseillée, rien ne dit que la patiente tombera enceinte par la suite. « D’autres difficultés peuvent causer l’infertilité chez une femme, explique le médecin. Elle peut ne pas ovuler par exemple. Le fibrome n’est pas toujours responsable. »

Chez la femme enceinte

Selon les deux médecins, une femme peut avoir un fibrome, et tomber enceinte sans peine. Mais dans ce cas, l’emplacement de la tumeur est important pour la suite de la grossesse. « Si la tumeur est située sur le col de l’utérus, dit Datus, elle peut ne pas causer de problèmes pour la femme enceinte. Mais elle pourra difficilement accoucher par voie basse. Il est plus probable qu’elle subira une césarienne, parce que la tumeur réduit le passage. »

Au cours de cette césarienne, il est possible d’enlever le fibrome, mais cela n’est pas recommandé. « Une opération fait perdre beaucoup de sang à la patiente, explique Datus. Et un fibrome aussi peut causer de graves hémorragies. Si on l’enlève au cours de la même intervention pour sortir le bébé, la patiente peut mourir. Mais dans certains cas, pour que le médecin puisse réparer l’utérus après l’accouchement, il est obligé de couper le fibrome. »

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D’après Rodrine Janvier, un fibrome peut causer des avortements. « Le développement du fœtus se fait dans l’utérus, dit-elle. Le fibrome peut empêcher le bébé de grandir. Certaines femmes pensent qu’elles ne sont jamais encore tombées enceintes. Pourtant, parfois, c’est le fibrome qui a causé un avortement très tôt, sans qu’elles le sachent.»

Chantal Sauveur Junior Datus explique pourquoi un fibrome peut provoquer un avortement. ‘C’est plus courant dans le cas d’un fibrome intracavitaire, c’est-à-dire qui est situé à l’intérieur de l’utérus, dit-il. Il grandit en même temps que le fœtus. D’ailleurs, chez la femme enceinte, le fibrome a tendance à grandir plus rapidement. Par conséquent, il peut tuer le bébé.»

Dans le meilleur des cas, le bébé peut naître plus tôt que prévu, selon Rodrine Janvier. « C’est un cas courant qu’un bébé grandit dans un utérus ou il y avait un fibrome. Mais on remarque que ces enfants ont un poids inférieur à celui d’un nouveau-né normal.»

Des origines inconnues

Plusieurs études ont tenté de déterminer la cause des fibromes, sans grand succès. On observe que ce sont des cellules du corps qui se répliquent, jusqu’à former une masse de chair. Mais les connaissances sur le sujet évoluent de plus en plus. « On remarque qu’une fille qui n’a pas encore ses premières règles n’est pas prédisposée à avoir de fibrome, dit Datus. C’est la même chose pour une femme qui a atteint sa ménopause.»

Il pourrait aussi y avoir des prédispositions génétiques. « Les fibromes touchent en majorité les femmes noires, dit le directeur de l’hôpital de Chancerelles. Il ne s’agit pas de la couleur de peau, car avoir le teint clair ne signifie pas qu’on n’est pas de race noire.»

D’après Rodrine Janvier, l’hérédité pourrait être aussi mise en cause, mais les recherches ne sont pas encore concluantes. «Des enfants développent des fibromes, alors que leur mère en avait elle aussi», fait-elle remarquer.

Guérir d’un fibrome

Tous les fibromes ne méritent pas une intervention, surtout si elles sont asymptomatiques. Mais pour ceux qui doivent être traités, le docteur Rodrine Janvier est claire : « Il n’existe pas de remède miracle. Et quelqu’un qui se fait opérer, pour enlever ces tumeurs, peut encore les développer. L’option la plus radicale pour certaines femmes, c’est de se faire enlever l’utérus, dans le cas où elles ne souhaitent plus avoir d’enfants.»

Le docteur Sauveur Datus lui aussi assure que l’opération est la meilleure solution. « On raconte toutes sortes de choses sur les fibromes, dit-il. Et pour cela, des gens refusent de se faire opérer. Mais un fibrome peut tuer plus rapidement qu’un cancer, surtout s’il est devenu septique, c’est-à-dire beaucoup plus grave. Dans ces cas il faut procéder à l’intervention chirurgicale.»

D’autant que lors de l’intervention, le médecin peut détecter d’autres fibromes plus petits, qu’il peut enlever en même temps. Mais, avec les avancées de la médecine, certaines autres options sont sous essais dans les pays occidentaux. Elles ne demandent pas de chirurgie. Il y a par exemple la myolyse. Elle consiste à piquer le fibrome avec de longues aiguilles dans lesquelles passe un courant électrique. Cela peut réduire la grosseur de la tumeur.

Pour Chantal Sauveur Junior Datus, et Rodrine Janvier, la prévention est importante. Le médecin de Chancerelles appelle entre autres à réduire la consommation de viande rouge. Quand a Rodrine Janvier, elle invite les femmes concernées à se nourrir de plus de fruits, et à consommer plus de nourriture organique, naturelle. Le sport aussi peut aider.

Jameson Francisque

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Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie. Je m'intéresse à la politique et à l'économie. Ah, j'écris aussi un peu de poésie, histoire de faire passer la vie.

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