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Les cocotiers d’Haïti risquent la disparition

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C’est l’autre épidémie dont on ne parle pas

La situation s’avère très inquiétante. Les villes de Léogane, Petit-Goâve et Jacmel sont les plus touchées par une invasion d’insectes qui infectent les cocotiers et jaunis leurs feuilles.

D’autres plantes cultivées, ayant une importance économique considérable comme le manguier et l’avocatier, risquent d’être infectées aussi par ces ravageurs qui se nourrissent de la sève des plantes.

Impuissantes et sans budget, les autorités ne peuvent que considérer la menace qui a surgi six mois après le passage du cyclone Mathew en 2016.

À date, le bilan s’alourdit. Des dégâts sévères peuvent être enregistrés dans la cocoteraie si les foyers ne sont pas éradiqués. Il est aussi fort probable que ces dévastateurs se répandent dans d’autres départements du pays.

Un danger

« Il s’agit d’une petite cochenille blanche », dit l’agronome Ricot Scutt, un cadre au ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR). Scutt rapporte que des scientifiques ont déjà étudié la question.

« Il était révélé que l’espèce de cochenille est le parlagena bennetti», déclare l’agronome également responsable de protection végétale dans le département du Sud’Est.

Cette cochenille se nourrit particulièrement de la sève des plantes. La carence de ce liquide nutritif chez les végétaux finit par produire une déformation des tissus.

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En sus, la substance que sécrète la cochenille, miellae, attire beaucoup de fourmis sur le cocotier. Cette substance constitue l’élément nourricière d’un champignon appelé fumagine empêchant le processus de la photosynthèse des feuilles vertes. En cas d’infestation sévère, les feuilles peuvent passer du jaune au brun.

« Cette petite cochenille blanche attaque par légion les cocotiers. Les symptômes provoqués sont le jaunissement des feuilles vertes qui, en un temps record, dessèchent graduellement. La cosse du noix de coco est aussi attaquée par un envahissement massif de l’insecte », selon les explications de Ricot Scutt.

Pour tenter de pallier ce phénomène qui s’en va grandissant dans la région de Léogane, il était conseillé aux paysans de couper les feuilles et les cosses de noix de coco et de les brûler par la suite. Beaucoup d’entre-eux ont refusé cette alternative.

Le problème est encore actuel

Quatre ans après la découverte de l’épidémie qui ronge à petit feu la cocoteraie du pays, rien n’est encore envisagé pour la contrecarrer. Entre temps, l’insecte se propage dans d’autres régions notamment à Petit-Goâve et à Jacmel où d’importantes souches ont été identifiées occasionnant, du coup, la destruction des cocotiers.

Ricot Scutt, le cadre du ministère de l’agriculture interviewé à ce sujet, fait mention d’un manque d’argent.

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De l’avis du spécialiste de la maladie des plantes, l’agronome Réal Arnauld, les insectes peuvent pourtant être contrôlés. « Il existe plusieurs méthodes de traitement pour éradiquer ce phénomène », confie le phytopathologiste. La méthode biologique est l’un des meilleurs moyens existants, renchérit l’agronome Scutt.

Cette méthode consiste à utiliser des prédateurs pour chasser les ravageurs des plantes. « Pour l’insecte identifié actuellement qui pullule sur nos cocotiers, la coccinelle est un excellent prédateur », dit l’agronome Scutt. Mais, mentionne-t-il, aucune recherche n’est encore effectuée sur l’île pour identifier la présence de ce type d’insecte alors que les moyens financiers se font rares pour le ramener en Haïti.

Des controverses

Pour sa part, l’agronome Emmanuel Jean Louis pense qu’il est difficile d’éradiquer ce problème en raison de l’absence d’un verger de cocotier ou plus précisément des zones de grandes productions.

En matière de cocoteraie, les « nains » et les « grands » constituent les deux variantes qui existent en Haïti. Les nains représentent les cocotiers bas, les grands sont ceux qui grandissent jusqu’à atteindre 7 à 10 mètres de hauteur. De ces variantes découlent plusieurs sous-catégories.

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Le milieu haïtien est surtout dominé par les grands cocotiers. Ils sont éparpillés çà et là et surtout à proximité des demeures des paysans. « Il paraît difficile de les asperger en fonction du degré de toxicité des produits qui peuvent aussi atteindre la résidence des paysans », dit l’agronome Emmanuel Jean Louis, responsable de la protection végétale dans le Nord.

L’élimination des cochenilles ou poux de cocotier par la méthode biologique paraît peu convaincante pour l’agronome. « On n’a pas de laboratoire pour faire des élevages de coccinelle en grande quantité. Qui pis est, ce prédateur ne peut voltiger à 7 mètres de hauteur pour atteindre les feuilles infectées des grands [cocotiers] », analyse Louis qui opte pour une régénération de cocotiers de types bas adaptés à notre réalité.

Cette méthode est applicable à des cas particuliers, mais pas au niveau des départements comme l’Ouest et le Sud’Est, fortement touchés par la cochenille, continue Louis.

Cocotier, une plante maladive

Selon le phytopathologiste Réal Arnauld, les cocoteraies font partie des espèces les plus touchées par des bio agresseurs. Selon ses dires, le jaunissement létal et l’acariose sont les plus dangereux. Le premier est causé par le venin mortel d’un insecte connu sous le nom de Myindus.

Le spécialiste de la santé des plantes affirme qu’il n’existe pas de remède pour le jaunissement létal. « Les feuilles sont attaquées par un jaunissement sévère qui va jusqu’à atteindre le bourgeon. Au bout de trois à neuf mois le cocotier est détruit et se réduit seulement au tronc », explique-t-il.

L’unique moyen de lutter contre cette maladie se réside dans le croisement des cocotiers pour engendrer des espèces hybrides résistant face à la pathologie (variétés résistantes).

En 1979, l’agronome Réal Arnauld dit avoir participé à un programme de développement de la culture du cocotier administré par le ministère. Ce programme visait à élargir, pendant une dizaine d’années, des variétés résistantes. Ce, pour obtenir au final une variété plus résistante à la maladie. « Malheureusement ce programme est resté sans suivi », regrette-t-il.

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En Haïti, l’insecte rhinocéros est considéré comme la bête noire des cocotiers. Cette espèce invasive est « l’une des responsables du déclin de la population des cocotiers. Son éradication peut se faire par l’usage d’insecticides », fait savoir l’agronome Réal Arnauld.

Toutes ces attaques occasionnent une rareté de cocotiers va de pair avec la hausse des prix des noix de coco, selon l’agronome Emmanuel Jean Louis.

Ces problèmes nécessitent une autre approche si l’on veut revenir à l’autosuffisance et limiter les importations de noix de coco de la République Dominicaine.

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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