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La majorité des Haïtiens ne consomment pas de sel iodé. Cela peut provoquer de graves maladies.

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Seulement 3 % de la population haïtienne avait accès au sel iodé, souligne un rapport

Le sel est un aliment très consommé en Haïti. Selon le fonds de développement industriel, dans des données datant de l’année 2000, le pays en consommait 214 millions de tonnes par an. La consommation individuelle, quant à elle, atteignait environ 35 grammes, d’après l’OMS, en 2012. Le niveau recommandé ne dépasse pas 5 grammes par jour.

La plupart de ce sel, vendu au marché, provient directement de l’extraction effectuée dans les salines. Une localité comme Anse-Rouge, dans l’Artibonite, qui produit environ 80 % du sel national, en dépend beaucoup. Mais ce gros sel, comme on l’appelle, ne contient pas d’iode, qui est un élément essentiel pour le fonctionnement de la glande thyroïde, responsable de fabriquer des hormones qui permettent au corps de fonctionner normalement. 

Ces hormones influencent  entre autres le rythme cardiaque, la force des muscles, la mémoire, le poids, et le niveau d’énergie.

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En 2016, la Fondation le sel, qui milite pour la prise en compte de la carence en iode dans la politique de santé publique, informait que seulement 3 % de la population haïtienne avait accès au sel iodé. C’est une régression par rapport à 2004 où, d’après l’Unicef, 11 % des familles en consommaient. La moyenne mondiale est d’environ 70 %.

Selon Melissa Bourciquot, médecin généraliste au centre de santé Saint-Louis sur l’île de la Gonâve, une carence en iode peut provoquer le goitre, qui est un grossissement de la glande thyroïde, provoquant ainsi moult problèmes, dont des difficultés respiratoires ou cardiaques. 

La glande, située à la base du cou subit généralement une augmentation de volume. En Haïti, c’est surtout dans le département du Centre, seul département non exposé à la mer, qu’on retrouve le plus cette maladie, bien qu’il n’existe pas de chiffres officiels. Les habitants de ce département n’ont pas directement accès au poisson, riche source d’iode.

En plus du sel de mauvaise qualité, le prix du poisson qui ne cesse d’augmenter rend l’iode inaccessible aux plus petites bourses. Beaucoup de vendeurs se hasardent à franchir la route de Saint-Jude, pour s’approvisionner à Martissant, ce qui augmente leur prix de revient. Tel est le cas de Junior Blanc, qui vend un célèbre poisson grillé à la rue Chavannes.  « Nous avons dû augmenter nos prix afin de suivre l’inflation générale », justifie-t-il. 

Dans le département du Centre, les femmes semblent plus atteintes du goitre que les hommes. Les enfants aussi peuvent en souffrir. Cette maladie, en plus d’affecter les patients d’un point de vue esthétique, provoque d’autres troubles. 

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Toujours selon la praticienne, dans les cas les plus poussés, une carence en iode provoque des difficultés d’apprentissage, surtout chez les patients les plus jeunes, notamment s’ils ont hérité de cette carence de leur mère. L’iode est en effet très important pour les femmes enceintes. Il intervient dans la croissance du fœtus, et prévient les troubles tels que le retard mental. 

Le médecin précise qu’il existe des médicaments pour soigner le goitre. Mais si le cas est déjà grave, ces médicaments ne suffisent pas. Il faut une intervention chirurgicale. De ce fait, la carence en iode devrait être traitée comme un problème de santé publique. Le ministère de la Santé publique et de la Population ne s’intéresse que très peu à cette question. Mais il diffuse parfois  des messages de sensibilisation afin de rendre le produit accessible à tous.  

Le MSPP a ainsi appuyé en 2005 la création d’usines de renforcement de la qualité du sel local. Mais ces entreprises restent encore limitées devant l’urgence du problème. Il en existe malgré tout deux, une à Cité Militaire et l’autre à Delmas 2, qui produisent du sel iodé. Mais cette production ne représente que 1 % de la production nationale de sel en Haïti. L’État aurait tout intérêt à investir dans des politiques d’encadrement et de vente du sel de bonne qualité et enrichi en iode sur le territoire. 

Image de couverture : un homme tient du gros sel dans ses mains. Photo : Valérie Baeriswyl pour AyiboPost

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Melissa Beralus
Melissa Béralus est diplômée en beaux-arts de l’École Nationale des Arts d’Haïti, étudiante en Histoire de l’Art et Archéologie. Peintre et écrivain, elle enseigne actuellement le créole haïtien et le dessin à l’école secondaire.

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