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La crise d’éclampsie, c’est quoi exactement ?

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Dans certains cas, accoucher en souffrant de l’hypertension artérielle revient à choisir entre sa vie et celle de l’enfant. Ce dilemme auquel font face beaucoup de femmes haïtiennes peut encore se compliquer avec la pré-éclampsie et/ou l’éclampsie

Clunie B. souffrait d’hypertension artérielle durant ses trois grossesses. Malheureusement, elle n’a eu que deux naissances vivantes. La deuxième fois qu’elle a eu à mettre au monde, son médecin a dû laisser mourir le bébé pour pouvoir la sauver.

 « Ma grossesse n’était pas à son terme lorsque j’ai ressenti une forte douleur au niveau du bas-ventre, relate Clunie B. On me transporta à l’hôpital, je souffrais énormément durant des jours. Ma tension artérielle refusait de baisser malgré les médicaments et les soins du médecin. Finalement, on m’a fait une césarienne pour enlever mon bébé qui n’a pas survécu. »

Hypertension artérielle chronique

L’hypertension artérielle dont souffrait Clunie B. est liée à une pression anormalement élevée du sang sur les parois des artères. Il pourrait bien s’agir d’hypertension artérielle chronique parce que celle-ci se manifeste bien avant la grossesse ou avant la vingtième semaine d’aménorrhée (absence de règles chez une femme antérieurement réglée), analyse le Dr Schélomi Etienne, gynécologue obstétricien.

L’hypertension artérielle chronique est l’une des maladies les plus courantes chez les femmes enceintes dans le monde entier. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la classe parmi les cinq principales complications, car elle représente près de 75% des causes de l’ensemble des décès maternels.

 « Durant sa manifestation, elle peut empêcher le fœtus de bien se développer et impacter négativement sa santé, avance le Dr Schélomi Étienne. Parce qu’il y a des vaisseaux sanguins qui peuvent éclater dans le cerveau de la mère, ou dans son placenta, ceci met alors en danger l’enfant autant qu’elle. »

Hypertension artérielle gravidique facteur de risque de la pré-éclampsie

La pré-éclampsie est une maladie vasculo-rénale, c’est-à-dire qu’elle agit sur les vaisseaux sanguins et les reins de la personne. Elle survient le plus souvent durant la deuxième moitié de la grossesse, après vingt semaines d’aménorrhée. L’une des complications de l’hypertension artérielle chronique lors d’une grossesse est qu’elle peut indiquer une pré-éclampsie, informe le Dr. Schélomi Etienne, et, dans ce cas, on parle d’hypertension artérielle gravidique.

Le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) en 2005 a classé la l’hypertension/éclampsie au premier rang des causes des décès maternels survenu en Haïti.

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Sherly S. est une jeune maman, elle a fait l’expérience de la pré-éclampsie et de l’éclampsie lorsqu’elle donna naissance pour la première fois. Elle ne se sentait pas bien. « Tout mon corps était enflé et je ne pouvais pas bouger. Ce jour-là, j’avais rendez-vous chez le médecin, c’était près de quatre personnes qui devaient me transporter vers le véhicule. On m’a gardé à l’hôpital tellement mon état semblait grave, et après les choses ont évolué très vite. »

Comme Clunie B., Sherly S. a eu de fortes douleurs abdominales. Cette jeune maman a dû interrompre sa grossesse durant le mois de juillet 2019. Elle ajoute avoir été très stressée durant son temps à l’hôpital à cette époque, car accoucher en Haïti peut-être mortel et encore plus lors des Peyi lòk.

Éclampsie, une complication de la pré-éclampsie

Hormis les symptômes décrits par Sherly S., la femme enceinte ou venant d’accoucher peut aussi ressentir des maux de tête souvent sévères, des troubles de la vision, nausées, vomissements, et autres. Pour le Dr Schélomi Etienne, dès que la femme ressent ces symptômes, elle doit se rendre immédiatement à l’hôpital, pour trouver de l’aide adéquate.

À noter que l’éclampsie de même que la pré-éclampsie est généralement liée avec une augmentation de la quantité des protéines présentes dans les urines (protéinurie). On peut aussi déclarer la mère éclamptique ou pré-éclamptique s’il y a une baisse des plaquettes sanguines, une apparition d’une insuffisance rénale, ou une accumulation de liquide dans le tissu pulmonaire (œdème pulmonaire).

Cause de la pré-éclampsie et/ou l’éclampsie

La pré-éclampsie est causée par un dysfonctionnement au niveau du placenta, explique le Dr Schélomi Étienne. Cet organe assure les échanges entre la mère et son enfant, et s’occupe de la régulation hormonale. Lorsque survient la pré-éclampsie, il y a une mauvaise oxygénation du placenta à cause d’une anomalie dans le flux sanguin.

Toujours à cause de cette anomalie, dans le sang de la mère, il y a également des débris venant de son placenta et des cellules provenant du fœtus. Ceux-ci vont conduire à une coagulation sanguine et une production anormale de molécules inflammatoires chez la mère, d’où l’hypertension artérielle gravidique.

Les facteurs qui peuvent être liés à la pré-éclampsie et/ou l’éclampsie

À part l’hypertension artérielle gravidique qui peut être liée à la pré-éclampsie et/ou l’éclampsie, le Dr Schélomi Etienne indique que la génétique peut être pour beaucoup dans la formation de la pré-éclampsie chez la femme enceinte. Si votre mère, une tante, a eu affaire à cette maladie, il se peut que vous aussi vous en souffriez.

D’autres facteurs peuvent être pris en compte. La femme est plus à risque si elle attend des jumeaux pour la première fois, comme dans le cas de Sherly S. Parfois, s’il s’agit d’une procréation médicalement assistée avec don de sperme, ou s’il y a une insuffisance d’exposition au sperme du père.

Et finalement, il y a les facteurs qui sont directement liés à la femme enceinte, comme son âge (moins de 18 ans et plus de 40 ans), son état de santé (obésité, diabète, maladie auto-immune, pathologie cardiovasculaire ou rénale, kyste dans les ovaires, et autres).

La pré-éclampsie et/ou l’éclampsie peuvent tuer

Pour les femmes enceintes souffrant de prééclampsie et/ou éclampsie, la situation peut encore s’aggraver, si elles ne sont pas prises en charge rapidement. À côté de l’éclampsie, elles peuvent aussi développer : un hématome rétroplacentaire (tumeur qui se forme sur la paroi interne de l’utérus), une hémorragie cérébrale, une insuffisance rénale aiguë, ou le syndrome de Hellp (destruction des globules rouges dans le foie et inflammation, avec réduction des plaquettes sanguines).

Le Dr Schélomi Etienne encourage les femmes enceintes à respecter scrupuleusement leur rendez-vous chez leur médecin, parce que la pré-éclampsie et l’éclampsie peuvent tuer la mère et/ou l’enfant.

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Dans le cas de la pré-éclampsie qui est principalement un dysfonctionnement du placenta, la chose la plus urgente à faire est souvent d’enlever le bébé du sein de la mère. Même si, dans tout le pays, seulement 77 institutions de santé semblent avoir la capacité d’effectuer une césarienne selon un rapport d’Évaluation des prestations des services et de soins de santé (EPSS) 2017-2018. Sur 1033 institutions de santé en Haïti, les enquêteurs de l’institution ont visité 1007.

Après avoir été délivrée par la césarienne, Sherly S. a dû passer treize jours à l’hôpital. Toutes les autres femmes partaient et pas elle. Médecins et infirmiers lui disaient qu’elle allait mourir, parce que son état ne s’améliorait pas après sa césarienne. Elle a préféré rentrer chez elle, pour mourir auprès de sa famille. Sa situation s’est progressivement améliorée et à présent, elle va bien et ses enfants (des jumelles) se portent à merveille.

La crise convulsive

La pré-éclampsie et/ou l’éclampsie est très dangereuse aussi, parce qu’elle se manifeste sous forme de crises convulsives. Ces crises sont causées par une hémorragie cérébrale, qui est le résultat de l’hypertension artérielle gravidique intracrânienne. Sherly S. en a fait l’expérience, et ce fut tellement traumatisant qu’elle affirme ne plus vouloir tomber enceinte de toute sa vie.

 « Je savais lorsqu’on sortait les enfants de mon ventre, il y avait une infirmière qui me parlait gentiment, explique-t-elle. Puis c’est comme si je sentais la mort venir, j’ai hurlé au docteur de me sauver, ensuite, j’ai perdu connaissance. À ce moment-là, il était environ trois heures du matin. Quand je me suis réveillée, il était deux heures de l’après-midi, j’ai tellement mordu mes lèvres que je ne pouvais pas parler ou manger correctement.»

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Le Dr Philippe Desmangles, expose dans son article, en quatre étapes, la manifestation de cette crise qu’a connue Sherly S. Il y a la phase prémonitoire où la patiente roule des yeux tandis que ses muscles faciaux et ses mains se contractent légèrement. La phase tonique, où parfois la femme peut se mordre la langue pendant qu’elle serre ses dents, alors que ses bras et ses jambes deviennent rigides. Les muscles respiratoires se contractent également, faisant ainsi, temporairement cesser la respiration.

Après, il y a la phase clonique, où la contraction musculaire généralisée s’arrête, mais les muscles sont secoués de violents spasmes. De la salive écumeuse et possiblement teintée de sang apparaît sur les lèvres de la patiente et peut parfois être inhalée. Les convulsions cessent après environ deux minutes, menant à un coma. Certains cas peuvent provoquer un arrêt cardiaque. Et finalement, le coma, la femme perd connaissance et respire bruyamment pendant quelques minutes, ou pendant des heures comme l’a expérimenté Sherly S.

L’obésité véritable fléau dans les pays pauvres

L’un des facteurs de risques majeurs de  (chronique ou gravidique), est l’obésité. Pour la Banque mondiale (BM), les pays pauvres et en développement sont les plus touchés par l’obésité, le surpoids, et la sous-alimentation. Par an, l’obésité tue près de 4 millions de personnes dans le monde, pour cela, la BM invite ces pays, dont Haïti, à taxer les aliments qui sont jugés néfastes pour la santé.

Une étude menée par l’Université “Imperial College”, de Londres a montré qu’entre 1985 à 2017, Haïti est le pays où le rythme de l’accroissement du pourcentage de femmes et d’hommes obèses est le plus élevé.

Selon l’Enquête, mortalité, morbidité et utilisation des services – EMMUS-VI, réalisée pour la période 2016 – 2017, une femme de 35 à 64 ans sur deux présente une hypertension artérielle, soit 49% d’entre elles. Et, parmi les femmes de cette même tranche d’âge, 27% d’entre elles sont en surpoids et 17% sont obèses.

 Malheureusement, il n’y a pas de statistiques fiables et récentes pour la pré-éclampsie et l’éclampsie en Haïti. Mais le même rapport EMMUS VI indique qu’il y a environ 529 décès pour 100 000 naissances vivantes pour la mortalité maternelle et 59 pour 1 000 naissances vivantes pour la mortalité infantile.

Hervia Dorsinville

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Hervia Dorsinville

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