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«Je suis un médecin haïtien et je veux travailler avec des patients atteints du Coronavirus»

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Tony Bistiné est le responsable de la section « urgence » à l’hôpital communautaire Raoul Pierre Louis de Carrefour

20 % du personnel de la santé ont attrapé le Coronavirus en Italie, un foyer chaud de la pandémie mondiale. Ce chiffre très élevé par rapport à la population générale confirme les observations faites aux États-Unis et en Espagne, où les médecins et infirmiers comptent les taux d’infection les plus importants, par rapport aux autres métiers.

À date, Haïti confirme 57 infections pour uniquement trois morts. C’est bien loin des 800 000 infections et 46 000 morts des États-Unis ou des 181 000 affectés pour 24 000 morts en Italie. Néanmoins, « le pire est devant nous » avertit le Premier ministre Joseph Jouthe.

Le pays n’a pas la capacité d’effectuer des tests massifs. Mais si déferlement de cas positifs il y a, les professionnels de la santé seront en première ligne. « Je veux travailler avec des patients atteints du Coronavirus », assure Tony Bistiné, le responsable de l’urgence à l’hôpital Raoul Pierre Louis, un centre communautaire de référence dans la commune de Carrefour.

« Je veux travailler avec des patients atteints du Coronavirus », assure Tony Bistiné

Cet établissement a été sélectionné par le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) pour prodiguer des soins aux malades présentant les symptômes du Covid-19.

Des difficultés conjoncturelles

Dans certains pays riches économiquement, la multiplication des cas de Coronavirus a désavoué les systèmes de santé. En Italie par exemple, les médecins ont dû élaborer des critères pour assister des patients et laisser mourir d’autres. Aussi, les personnes âgées vivant déjà avec une maladie, bien avant d’être infectées au Coronavirus, ont moins de chance de trouver un respirateur artificiel qu’un jeune en santé.

En Haïti, le budget alloué à la santé a suivi une pente descendante ces dix dernières années. Une enquête menée par Ayibopost dans la région métropolitaine révèle que la majeure partie des hôpitaux refusent de recevoir des patients présentant les symptômes du nouveau Coronavirus. Plusieurs centres hospitaliers, dont l’Hôpital Français, ont fermé leurs services d’urgence.

Lire aussi: Seulement 2 hôpitaux sur 21 accueillent des patients avec les symptômes du Coronavirus dans la zone métropolitaine

Selon plusieurs rapports, le pays ne possède pas plus de 100 respirateurs artificiels et une autre petite centaine de lits de soins intensifs. L’on remarque également une carence de techniciens pour manipuler les respirateurs. Il y aurait entre 70 et 100 anesthésiologistes dans le pays pour dix millions d’habitants.

Les professionnels de la santé rapportent un manque de matériels aux États-Unis notamment, mais les médecins haïtiens, déjà sous-payés, sont dépourvus de presque tout, malgré des efforts de l’administration en place. Certains refusent de travailler dans ces contextes.

« Mes proches désapprouvent mon choix d’exposer ma vie pour sauver celle des malades du Covid-19 », rapporte Tony Bistiné qui observe un « manque de préparation du système de santé haïtien pour faire face convenablement à la pandémie du Coronavirus ».

« Mes proches désapprouvent mon choix d’exposer ma vie pour sauver celle des malades du Covid-19 », rapporte Tony Bistiné

« La seule garantie que je donne à ma famille, dit-il, c’est que je ferai un maximum d’efforts pour me protéger en aidant les autres ».

Des matériels pour les cas légers

Inauguré en 2014, l’hôpital Raoul Pierre-Louis est la troisième infrastructure sanitaire construite dans le cadre de la coopération tripartite Brésil-Cuba-Haïti. Avec ses 61 lits d’hospitalisation, la structure implanté à la sortie Sud de Port-au-Prince, dessert une population estimée à 60,000 habitants. Sa
construction a coûté 8 millions de dollars US.

Tony Bistiné affirme que l’hôpital dispose de matériels nécessaires pour prendre en charge des malades présentant les symptômes du Coronavirus. « Il y a non seulement de quoi soigner les malades, mais aussi du matériel pouvant garantir la protection du personnel soignant », rapporte le médecin.

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Cependant, cette prise en charge ne sera que superficielle puisque l’hôpital est équipé pour soigner uniquement les signes bénins du Covid-19 comme la fièvre, la migraine ou la toux. « S’il y a aggravation requérant des soins intensifs, on fera appel au MSPP qui se chargera de transporter le malade vers un autre centre mieux équipé pour faire face à la situation ».

Environ 40 % des médecins formés en Haïti travaillent à l’étranger. 13 % d’entre eux exercent aux États-Unis. Selon Paul E. Farmer, un professeur à l’Université Harvard, cet état de fait est dû aux piètres conditions de travail, aux salaires dérisoires et au manque d’opportunité académique en Haïti.

Dans le contexte de la pandémie mondiale, Thony Bistiné s’appuie sur sa formation en médecine et des « connaissances supplémentaires » issues de ses recherches. Il confie que le MSPP organise également des séances de formation à l’intention du personnel soignant appelé à contrecarrer le fléau mondial parti de la Chine en décembre 2019.

Lire également: L’histoire d’un grand chirurgien haïtien emporté par le Coronavirus aux USA

Au regard des dysfonctionnements actuels dans le système de santé haïtien et l’absence d’un traitement efficace contre la maladie, Bistiné plaide pour des séances de sensibilisation de la population.

Les mesures d’hygiène et les principes de distanciation sociale peuvent aider à diminuer les facteurs de risque et éviter, du coup, tout débordement qui pourrait être catastrophique dans les hôpitaux du pays, selon le professionnel.

En ce sens, il presse le MSPP à « faire beaucoup plus d’efforts et à agir vite et bien afin d’éviter une propagation de manière massive ».

Commentaires

Samuel Celiné
Poète dans l'âme, journaliste par amour et travailleur social par besoin, Samuel Celiné est journaliste à Ayibopost. Il s'intéresse aux enquêtes journalistiques.

OP-ED: Kowonaviris la se yon opòtinite pou agrikilti an Ayiti. Sa n ap fè ak sa?

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