POLITIQUE

Fraudes électorales: la démocratie sous tension en République Dominicaine

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Des élections primaires se sont déroulées le 6 octobre dernier en République dominicaine. Après les résultats du scrutin, le PLD, parti politique au pouvoir, connaît des divisions dans son sein.

La Junta central electoral (JCE) est l’organisme responsable de l’organisation des élections en République dominicaine. Elle est aussi responsable de l’État civil, c’est-à-dire de l’identification des citoyens.

Avant les élections générales de 2020, notamment pour remplacer Danilo Medina à la Présidence, des élections primaires sont organisées au sein des partis. Ces primaires ont eu lieu de manière simultanée entre les deux grands partis PLD (Partido de la liberación dominicana) et PRM (Partido revolucionario moderno).

C’est aussi la JCE qui est responsable du déroulement de ces primaires, et des contestations qui peuvent en découler. Au cours de ce scrutin, pour la première fois, les votes ont été électroniques.

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Ces élections primaires étaient une sorte de répétition générale pour les élections de 2020. 11 427 candidats concouraient pour être choisis. 6710 candidats étaient sur la liste du PLD et 4717 sur celle du PRM.

Toutes les citoyennes et tous les citoyens enregistrés sur les listes électorales de la JCE, plus de 7 000 000, pouvaient voter pour les candidats du PLD. Mais pour le PRM, seuls les militants du parti, soit 1 296 483 adhérents avaient le droit de choisir leurs représentants.

Un scrutin présidentiel passionnant

Au sein des deux partis, le scrutin au niveau des candidats à la Présidence a retenu le plus l’attention.

Au PLD, deux tendances différentes et puissantes étaient face à face, les « léonélistes » pour Leonel Fernández, et les « danilistes » pour Danilo Medina.

Leonel Fernández, trois fois présidents de la République Dominicaine s’opposait à Gonzalo Castillo. Ce dernier est un ex-ministre de l’administration de Danilo Medina, qui le soutient officiellement. Deux autres candidats complétaient la liste.

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Après le scrutin du 6 octobre 2019, Gonzalo Castillo a été déclaré vainqueur avec 911 324 voix, contre 884 630 voix pour Fernández, après un comptage manuel.

Pour le Partido revolucionario moderno, la confrontation était également de haut niveau. L’ancien président Hipólito Mejía était en lice face à Luis Abinader, ainsi que quatre autres candidats minoritaires. Luis Abinader a gagné la bataille électorale avec plus de 70 % des voix. Contrairement au PLD, Hipólito Mejía a reconnu la victoire de son adversaire.

Allégations de fraudes

Après la publication des résultats de ces primaires, Leonel Fernández a crié au scandale. Il s’est estimé victime de fraudes, et a accusé l’algorithme de comptage électronique des voix. Selon lui et son équipe de campagne, 4,8 % des personnes qui sont allées voter n’ont pas pu le faire. Ils ajoutent que 4,5 % des voix en faveur de Leonel Fernández sont allées à Gonzalo.

Après la publication des résultats de ces primaires, Leonel Fernández a crié au scandale. Il s’est estimé victime de fraudes, et a accusé l’algorithme de comptage électronique des voix.

Lors d’une manifestation organisée le 7 octobre 2019 dans les rues de Santo Domingo, le candidat et ses sympathisants ont exigé le recomptage manuel des voix.

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Dans un premier temps réticente, la JCE s’est finalement décidée à recompter 100 % des voix des présidentielles. Pourtant, après cette annonce, Leonel Fernández estime qu’il est trop tard, parce qu’il sera difficile de retracer les votes. Il exige un audit technique du code source informatique qui a servi à transmettre les résultats des élections.

Cette crise électorale a causé des fractures au sein de l’administration de Danilo Medina. Plusieurs membres de l’équipe au pouvoir, dont des ministres ou des ambassadeurs, sympathisants de Leonel Fernández ont décidé de quitter leurs fonctions. Gedeon Santos, représentant permanent de la République dominicaine à l’OEA, aurait lui, été remplacé par Danilo Medina pour s’être déclaré en faveur de Leonel Fernández.

Cette crise électorale a causé des fractures au sein de l’administration de Danilo Medina.

Meilleurs ennemis de toujours

Les difficultés que connaît le PLD dévoilent l’antagonisme profond qui existe entre les deux courants du parti. Leonel Fernández et Danilo Medina ont une longue histoire d’adversité, bien qu’ils soient au sein du même parti politique.

Depuis des années, le PLD est le principal parti au pouvoir en République Dominicaine. Son hégémonie sur la vie politique de la république voisine n’a été troublée que de 2000 à 2004, lors de la présidence de Hipólito Mejía.

Pendant toutes ces années, les deux visages du PLD ont été Danilo Medina et Leonel Fernández. L’actuel président dominicain a été une fois le Premier ministre de Leonel Fernández, qui lui, a brigué la présidence pendant 3 fois.

Les divisions entre les deux hommes se sont amplifiées en 2007 quand Danilo Medina s’est présenté aux primaires du PLD, face à Leonel Fernández qui voulait se représenter aux élections. Le léonelisme remporta la primaire par 71 % des voix.

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À cette époque, Danilo Medina a fait des déclarations polémiques insinuant que l’appareil de l’État dominicain s’était mis contre lui. Il dénonça que les ressources de l’État étaient utilisées dans la campagne.

Ce n’est qu’en 2012 que Danilo Medina arrivera à ravir la présidence dominicaine, à la fin du 3e mandat de Leonel Fernández. Il briguera deux mandats successifs, dont l’actuel qui prendra fin en 2020.

Un règlement de compte ?

En 2019, la situation au sein du parti est similaire, mais en sens inverse. Danilo Medina est président de la République et Leonel Fernández brigue la candidature du parti aux élections présidentielles.

Même s’il ne se porte pas candidat à sa propre succession, Danilo Medina a endossé la candidature de l’adversaire de Leonel Fernández, Gonzalo Castillo. Certains analystes de la vie politique de la République Dominicaine estiment qu’il s’agit là d’un mesquin jeu de trônes.

Certains analystes de la vie politique de la République dominicaine estiment qu’il s’agit là d’un mesquin jeu de trônes.

Lorsque Danilo Medina est arrivé au pouvoir en 2012, succédant à Leonel Fernández, les deux hommes ont conclu des accords pour gouverner. L’un d’entre eux prévoyait que l’épouse de Leonel Fernández, Margarita Cedeño devienne vice-présidente. Le léonelisme devait aussi avoir une certaine influence au niveau du pouvoir.

Mais en 2019, la lutte pour le pouvoir reprend, comme Danilo Medina ne se représentera pas en 2020. Leonel Fernández est en face de lui, alors le président dominicain met tout son poids dans la balance pour que Gonzalo Castillo remporte ces primaires. C’est un règlement de compte pour ce qui s’est passé en 2007, selon des opinions sur la crise du PLD.

Commentaires

Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie.

    Dans deux mois, Jovenel Moïse accaparera les attributions du parlement

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    Men poukisa pa gen manifestasyon san mizik an Ayiti

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