Insécurité

Des victimes de « bal mawon » témoignent

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Les tirs d’armes automatiques  aboutissent parfois dans la chair d’individus paisiblement installés dans leur demeure

En Haïti, la plupart des quartiers populaires sont contrôlés par des gangs armés. Ces groupes cohabitent avec de paisibles habitants, victimes de la précarité du pays.

En général, les gangs ne s’attaquent pas à la communauté où ils sont implantés. Les chefs de bande sont une sorte de garants de la sécurité du quartier. Ils tranchent les conflits de la zone, et contrôlent minutieusement les habitants grâce aux membres de leur gang. 

Il est difficile de déménager de ces quartiers.

Il est difficile de déménager de ces quartiers. Certains n’en ont pas les moyens. D’autres négocient leur sortie. Sinon, ils partent sans rien, laissant tout derrière eux. 

En 2019, la famille Méréland a été surprise par un membre du gang de Village de Dieu après avoir terminé de charger le camion qui les aidait à déménager. « On était sur le point de partir quand il nous a demandé d’aller voir le chef de la bande. Je lui ai répondu qu’on l’avait déjà vu, bien que c’était faux », raconte Donald Méréland qui n’a pas mis du temps à démarrer et laisser rapidement la zone.

Mais en plus de ces rapports compliqués, et malgré le pacte tacite de non agression, il est fréquent que des gens soient des victimes collatérales. Des balles perdues viennent souvent perforer les toits en tôle des maisons, blessant de simples citoyens chez eux. 

Dommage collatéral

La Constitution haïtienne autorise le port d’armes à feu. Mais malgré cette disposition, la population haïtienne n’est pas armée, explique le docteur Yves Cadet, expert en sécurité.

«Elle n’a pas suffisamment de moyens pour assurer sa survie voire pour se procurer une arme à feu.  On a quelques groupes d’individus armés qui terrorisent la population et qui font souvent résonner les coups de feu dans toute la ville lors de leurs affrontements », dit-il. 

Lire aussi: 500 000 armes à feu circulent dans le pays. Seulement 45 000 sont légales.

Et dans ces cas, les dommages collatéraux sont inévitables. Un bébé de cinq mois du nom de Godson Joseph ainsi que sa mère ont été tués durant le mois d’août 2020, quand les membres du gang «400 mawozo» ont ouvert le feu sur un bus de transport en commun. La dame transportait son fils à l’hôpital.

En avril dernier, lors du litige qui oppose le clan Baz Pilat et les membres du gang de Gran Ravin, plusieurs victimes ont été recensées. Les membres du gang de Gran Ravin ont ouvert le feu sur de paisibles citoyens sur la route des Dalles, non loin de la deuxième avenue, fief du clan Baz Pilat. 

Mayembé Jean est une victime de cette fusillade. « J’allais acheter quelque chose à manger quand les bandits ont ouvert le feu. J’ai été touchée par plusieurs projectiles dans mon abdomen », raconte-t-elle.

Après le drame, Mayembé Jean fut transportée à l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti. Son opération s’est déroulée avec succès, mais elle a encore un projectile dans le corps. « Quelques jours après l’opération, j’ai eu de profondes douleurs. Les examens médicaux ont révélé qu’il reste encore un projectile dans mon abdomen », dit-elle.

Longue liste 

Ces drames arrivent plus souvent qu’on ne le pense, même quand la balle n’est pas directement tirée en direction de la victime.  « Une balle de fusil tirée vers le ciel et qui retombe peut transpercer n’importe quelle partie du corps humain », selon Yves Cadet.

Lorsqu’elle est tirée en l’air, la balle atteint une altitude de 2 750 mètres en 19 secondes. Pendant sa chute, sa vitesse moyenne est de 60 mètres par seconde. Bien qu’elle mette deux fois plus de temps à retomber, les scientifiques admettent qu’avec une telle vitesse, la chute d’une balle peut provoquer des blessures fatales. 

Lire ensuite: Comment la violence est-elle devenue une arme aux mains des pouvoirs politiques en Haïti ?

Wesley Bouloute, 18 ans, en a fait l’expérience. Depuis sa naissance, il vit dans le quartier de Martissant, désormais sous la coupe de puissants groupes armés.

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 2020, vers une heure du matin, une balle transperce le toit de la maison où il habite.

« Papa, je viens de recevoir un coup de pierre », crie-t-il. Lorsque la famille se réveille pour l’examiner, on constate que Bouloute est touché par balle. Heureusement, il n’y a pas eu de grands dommages. La balle a légèrement perforé sa joue, sans causer trop de dégâts. Sinon le jeune aurait perdu plusieurs dents.

D’autres victimes

Ces genres de drame sont monnaie courante en Haïti. En avril 2019, les membres du groupe armé contrôlé par Ti Je avaient semé la pagaille dans un quartier à Carrefour-Feuilles. Cinq morts et plusieurs blessés ont été enregistrés durant cette fusillade.

Cela dit, nul ne peut se dire être à l’abri des proportions inquiétantes que prend l’insécurité actuelle. Les affrontements entre gangs sont ceux qui font souvent retentir les coups de feu et créent de la panique chez les résidents des quartiers où ils cohabitent avec les gangs.

Lire enfin: Interdiction de marcher à pied, sorties en groupes… la vie contrôlée des expatriés en Haïti

Jacqueline Eliacin se souvient encore du 7 février 2017, jour de l’investiture du président de la République, Jovenel Moïse. Ce jour-là, Eliacin a reçu une balle près de sa cheville. Le projectile a transpercé la toiture de sa maisonnette à Cité 9 (Carrefour-Feuilles) pendant qu’elle était paisiblement allongée dans son lit.

Ricardo Louisson, lui, réside non loin du Fort-Mercredi. Ce jeune garçon a aussi été touché au pied. « La balle s’est enfoncée dans ma peau. alors que j’étais recouvert d’un drap», dit-il. 

Jacqueline Éliacin et Ricardo Louisson ont été rapidement opérés. Ils sont complètement rétablis aujourd’hui. Mais les pluies de balles continuent, un peu partout à travers Haïti. 

Emmanuel Moise Yves

Photo: Une rue bondée dans un quartier de Port-au-Prince, photographiée le 5 octobre 2019. AP/Rebecca Blackwell

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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