SOCIÉTÉ

Des hommes armés volent et écorchent le bétail des paysans à Léogane

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Les autorités restent silencieuses

Des paysans de la deuxième section de Petite-Rivière de Léogane rapportent que des individus bien armés viennent régulièrement sur leurs plantations pour voler et dépecer sur place leur bétail.

« Le jour, on n’en parle pas trop pour ne pas attirer l’attention des “toutè “ qui se font complice des bandits. La nuit, on ne sort pas de chez soi, même s’il y a des mouvements [et des tirs] dans la zone qui laissent entendre que le réseau opère », rapporte l’éleveur de bétail, Renald Dar.

Récoltant ses « mazonbel » dans un canal de la zone de Croix des Paix, Renald Dar révèle s’être fait dérober deux vaches, en une seule nuit, au cours du mois de mai. Ce même soir, son frère Antoine a lui aussi perdu deux de ses vaches.

Les policiers de la localité affichent leur impuissance, rapportant un manque d’effectif.

«Je suis révolté»

Jean Louis habite à Mariani, une zone voisine de Léogane. Ce paysan a perdu quatre vaches en une seule soirée, lors de la dernière intervention des malfaiteurs, le lundi 1er juin 2020. Pendant cette descente, les malfrats ont écorché une douzaine de bœufs dans un seul carrefour.

« Je suis révolté », lance Joseph Robinson Pierre un des membres du Conseil d’Administration de la Section Communale (CASEC) de la deuxième section de Petite-rivière de Léogane. Il explique que ses entretiens avec le commissaire de police de Léogane n’ont toujours pas apporté de résultats, sinon qu’augmenter ses doutes sur la volonté réelle de la police à venir à bout de cette pratique.

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« Les gens vont jusqu’à se demander, si les autorités ne sont pas derrière ce phénomène », rapporte Joseph Robinson Pierre qui dit ne pas pouvoir ni confirmer ni infirmer de telles allégations.

Sur ce point, le commissaire de police de Léogane, Fred Joseph indique que la peur qu’inspirent les bandits et le mutisme de la population sont un handicap pour la police qui ne peut pas être efficace sans la collaboration des citoyens. La question du nombre de policiers disponibles pour les interventions reste aussi une préoccupation.

Des mesures inefficaces

Le CASEC Joseph Robinson Pierre indique que lors d’une rencontre avec le commissaire de police de Léogane, ils sont même allés voir les responsables des commissariats de Gressier et Dufort.

L’objectif était de mettre la puce à l’oreille de ces deux responsables de police qui ont le contrôle sur l’entrée et la sortie de la ville de Léogane.

Ainsi, le CASEC s’attendait à ce que les malfrats soient pris en sandwich, quelques jours après avoir mis en place ce plan.

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Fiasco. Plus les mois passent, plus les bandits continuent à opérer et aucun commissariat ne semble pouvoir flairer l’odeur de la viande.

En quête d’explication devant cette impuissance de la police de Léogane, des paysans concluent que la viande de leurs bêtes est acheminée par chaloupe vers des destinations inconnues.

L’inaction pour garder sa peau

Les bandits sont bien armés et n’hésitent pas parfois à dégainer leurs armes pour forcer les victimes à ne pas réagir, racontent plusieurs témoins. La peur pousse les paysans impuissants à l’inaction.

« La situation est si compliquée que les citoyens ne parviennent même pas à mettre sur pied une brigade, dit Joseph Robinson Pierre. Ils n’ont pas d’armes pour affronter les bandits et ils ne savent pas à qui faire confiance ».

Incapable de mater les voleurs, la PNH a offert quelques conseils aux paysans. « Lors d’une rencontre avec le commissaire de police de Léogane, celui-ci m’a conseillé d’inviter les paysans à mettre leurs bétails un peu plus proches de leurs maisons pour éviter le vol », confie Joseph Robinson Pierre. Cependant, une telle stratégie se révèle inefficace devant le mode opératoire brutal des bandits.

Aux dires du commissaire Fred Joseph, ceux qui perpètrent de tels actes sont surement connus dans la localité. « On n’est pas assez naïf pour croire que ceux qui infligent de telles pertes aux paysans de Léogane viennent de Jérémie ou d’une autre ville lointaine », indique le commissaire.

Des associations appellent supermarchés et restaurants à la vigilance

Le Réseau des Vétérinaires interdépartementaux d’Haïti (INTERVET) est sorti du silence le 29 mai 2020 pour appeler les responsables des supermarchés et des restaurants à se montrer vigilants par rapport à leurs fournisseurs de viandes.

Ce réseau qui regroupe environ 1 200 vétérinaires à travers le pays mentionne que, depuis plusieurs mois, le phénomène de vol de bétails des paysans revient sur la scène. Selon l’institution, les malfrats profitent de la crise que connait le pays pour commettre leurs forfaits.

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L’INTERVET rappelle aux supermarchés et restaurants qui achètent de la viande quasi quotidiennement qu’il est impératif que les fournisseurs présentent les certificats d’abattage de la bête afin de garantir la qualité de la viande puisque les malfrats n’hésitent pas à vendre de la viande d’âne et de cheval à la place du bœuf.

Comme l’INTERVET, la Fédération nationale des Producteurs de Lait haïtien (FENAPWOLA) a, elle aussi, écrit aux responsables des supermarchés et des restaurants pour les mettre en garde contre l’achat de viandes dont la traçabilité n’est pas garantie.

De telles attitudes de la part de ces commerçants seraient une violation d’une circulaire du Ministère du Commerce et de l’Industrie sorti le 20 décembre 2016 et qui rappelle « aux supermarchés, restaurants et hôtels, la nécessité d’appliquer les dispositions règlementaires relatives à la commercialisation de la viande et de l’abattage des animaux », conformément à l’arrêté ministériel du 4 août 2015 qui traite de l’abattage des animaux et de la commercialisation de la viande.

Les autorités silencieuses

Contacté sur le dossier, le maire principal de Léogane, Monclair Désir, évoque un problème de santé qui l’empêche de donner la position de la Mairie alors même qu’il parlait longuement au téléphone. « Ma santé n’est pas bonne, je ne peux pas parler », explique-t-il en apprenant l’objet de l’interview.

Avant lui, le maire Sergo a refusé de parler sur ce dossier, prétextant être pris dans l’organisation des funérailles d’un cousin.

Ces autorités jouent à l’autruche face à un problème qui appauvrit de jour en jour, leurs propres mandants. Selon Renald Dar, à Léogane, il faut débourser environ 50 000 gourdes pour s’acheter un bœuf que les malfrats volent et tuent par dizaines en une seule nuit.

Samuel Celiné

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Samuel Celiné
Poète dans l'âme, journaliste par amour et travailleur social par besoin, Samuel Celiné est journaliste à Ayibopost. Il s'intéresse aux enquêtes journalistiques.

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