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Ces jeunes Haïtiens qui démarrent des entreprises, envers et contre tout

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Du 9 au 12 mai 2019, l’Ambassade américaine a organisé une formation à l’intention de jeunes ou aspirants entrepreneurs. Cette formation, appelée TechCamp, était organisée à l’hôtel Visa Lodge. 30 jeunes hommes et femmes venus de quartiers comme Cité Soleil, Bel Air et Martissant y ont participé. Ternéus Stingly et Vaelajunie Florestant, deux participants, nous racontent comment ils vivent de leur entreprise.

La salle de conférence de l’hôtel Visa Lodge était bien aménagée pour l’occasion. Pendant quatre jours, de jeunes entrepreneurs âgés de 20 à 35 ans se sont réunis pour suivre des ateliers de formation sur le leadership, l’entrepreneuriat, et l’utilisation d’outils technologiques. Plus de 25 formateurs, pour la plupart entrepreneurs eux-mêmes, se sont dédiés à partager leur expérience avec ces jeunes.

Stingly Dalratenscky Ternéus, jeune patron de Ternéus Entreprise, a pris part à ces 4 jours. Après une formation en design en 2014, il a décidé de mettre ses connaissances à profit en créant un atelier pour la confection de sacs à dos. C’est la spécialité de son entreprise. Ce choix de se lancer dans les affaires, nous dit-il, est le fruit d’un rêve d’enfance. Il voulait à tout prix devenir entrepreneur.

La confection de sacs à dos est un domaine qu’il n’a pas choisi. Cela s’est imposé à lui grâce à certaines circonstances. « En 4e année fondamentale, dit Ternéus, mon père m’a informé qu’il ne comptait pas m’acheter un nouveau sac à dos. J’ai donc pris l’ancien, je l’ai décousu, et j’ai ajouté d’autres bandes de tissu. J’avais un sac comme neuf que je pouvais utiliser pour aller à l’école ». Ses camarades de classe deviennent rapidement ses premiers clients. Chaque semaine il change le look de leurs sacs à dos. « Dès lors, poursuit-il, je n’ai plus eu besoin d’argent de poche de mon père. J’avais de quoi voir la semaine grâce aux sacs que je confectionnais. »

Une entreprise qui grandit

Devenu grand, Stingly Ternéus décide de ne plus fabriquer du neuf avec du vieux. Contre la volonté de son père qui souhaitait qu’il soit médecin ou pharmacien, il se lance sur le marché. Il achète des matériaux neufs, par exemple du vynil ou du latex, et ouvre un atelier à Clercine. Grâce au support de quelques membres de sa famille il achète quelques machines à coudre industrielles usées et se met au travail.

Ternéus Entreprise confectionne trois types de sacs à dos. Premièrement, les sacs simples, destinés principalement aux élèves du préscolaire ou du primaire, qui coutent environ 750 gourdes. Puis les sacs semi-professionnels et les sacs professionnels, plus complets, coutant environ 2250 gourdes. Lors de la rentrée scolaire, les affaires marchent bien. Ternéus assure qu’avec cette activité il arrive à subvenir à beaucoup de ses besoins et de ses collaborateurs, recrutés parmi ses amis.

En juillet 2018, lors des émeutes contre le gouvernement, son atelier à Clercine est saccagé et les 5 machines à coudre ont disparu. « J’étais complètement abattu, avoue-t-il. C’était dur. J’ai tant bien que mal économisé pour acheter une autre machine que j’utilisais chez moi pour répondre à certaines commandes. » Il se met avec quelques autres amis pour relancer son entreprise, en la structurant davantage.

Ternéus avoue que la technologie, principalement Internet, ne l’intéressait pas beaucoup. Mais avec le temps il a pris conscience du potentiel de ces nouveaux outils. C’est l’une des raisons pour lesquelles il participe au TechCamp cette année. Il affirme qu’il souhaite en tirer le plus de profits possibles, car son rêve c’est d’agrandir son entreprise afin d’embaucher plus de personnes. « Je veux participer à la construction de l’Haiti de demain. Quand tu donnes du travail à quelqu’un, tu l’empêches de devenir un mécontent, croit-il. Ainsi, tu évites à quelqu’un d’autre de subir les mêmes pertes que tu as subies. »

Master, la marque de Vaelajunie Florestant 

Vaelajunie Florestant s’adonne principalement à la fabrication de produits de nettoyage, comme du savon liquide. Mais elle confectionne aussi des produits plus divers comme le vinaigre, ou encore des parfums. « Au début ce n’était qu’un passe-temps, explique-t-elle. Mon père était malade et j’avais dû arrêter l’école un moment. À cette époque, à l’église que je fréquente, j’ai remarqué que les gens utilisaient beaucoup de produits de nettoyage. Comme j’avais une formation en chimie industrielle, pour passer le temps, j’en ai fabriqué pour leur en vendre. »

Quand son père s’est rétabli, Vaelajunie décide de poursuivre avec ses études en gestion de projet et d’abandonner le savon liquide. Mais l’un de ses clients lui en demande régulièrement, malgré ses réticences à en fabriquer. Cette insistance lui fait prendre conscience du potentiel de sa petite entreprise. Elle décide d’en fabriquer plus et d’en vendre en bouteille de 16 onces ou par gallon.

« J’ai déjà enregistré l’entreprise sous le nom de Floremaxs Agency, Florestant maximum services. Je n’ai pas encore d’employés. Pour le moment je n’ai que des gens qui viennent m’aider quand je suis en période de production», informe-t-elle. Selon la jeune entrepreneure, les revenus qu’elle tire de son entreprise ne lui permettent pas encore d’en vivre exclusivement, mais ils lui sont très utiles.

Vaelajunie, qui entretemps apprend le carrelage, affirme qu’elle a préféré laisser tomber d’autres projets pour appliquer pour la formation de l’ambassade. « Je suis venue au TechCamp parce que je veux savoir comment la technologie peut m’aider à avoir plus de clients. Je compte mettre en œuvre tout ce que j’aurai appris pendant ces 4 jours », assure-t-elle.

Un programme fait pour rapprocher les gens entre eux

Jeanne Clark, responsable des relations publiques de l’ambassade américaine, croit que former des jeunes entrepreneurs est une stratégie gagnante dans la lutte contre la violence. TechCamp est une activité créatrice d’alternative pour les jeunes. « Nous avons remarqué comme la violence affaiblissait les communautés, dit-elle. De concert avec des organisations locales nous avons donc lancé le processus d’application pour TechCamp. Une jeune femme ou un jeune homme qui a une petite entreprise a moins de chance de s’enrôler dans un gang. La technologie est créatrice de solutions».

La chargée des relations publiques admet que cela ne peut pas arrêter la guerre entre les gangs. Mais, assure-t-elle, après les quatre jours de la formation c’est une famille qui sera créée. « Je crois beaucoup à la création de liens entre les gens. Ils seront là les uns pour les autres. TechCamp ne les protège pas contre les balles, mais il leur donne des opportunités. Les formateurs aussi sont très concentrés sur ce projet. Pour eux, c’est comme s’ils rendaient à la communauté ce qu’elle leur a donné. »

TechCamp est organisé par les États-Unis à travers le monde, de manière différente selon les spécificités du pays. L’année dernière, il a été organisé aux Cayes à l’intention d’autres entrepreneurs.

Photo couverture: Samuel Laméry / Participants au Tech-Camp

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Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie.

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