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Aux Héros humiliés

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“Mais je suis persuadé que si nous étions toujours sous la tutelle de l’étranger, notre sort, notre condition d’être aurait (sic) été améliorée (sic) pour ne pas dire meilleure. ‘’ ….’’ L’esclavage était, certes, un lourd faix ; et qu’il fallait s’en défaire….Mais les petites îles d’à côté qui ont pris leur mal en patience s’y sont bien tirées d’affaires (sic) tout en restant soumises’’. Wisner Désulmé, publication Facebook, vendredi 1er janvier 2016.

Il est des opinions qui vous arrachent seulement un hochement d’épaules, d’autres qui vous plongent dans d’intenses réflexions et quelques-unes qui vous déconcertent, déstabilisent et terrassent. La publication retranscrite plus haut fait partie de celles-ci.

Ce n’est point parce que j’ignore qu’elle pourrait exister, ce n’est même point parce que je sais qu’elle est partagée par une multitude, mais c’est surtout qu’elle ait été vulgarisée sur les réseaux sociaux un 1er janvier ! Date rappelant la proclamation de l’Indépendance d’Haïti aux Gonaïves, date sacrée rappelant la réhabilitation du statut de l’Homme Noir, date consacrant la victoire du courage sur la tyrannie !

Depuis que la liberté de la parole a épousé le droit aux blasphèmes, je ne m’étonne plus de certaines incontinences verbales qui frisent l’indécence et qui couronnent la bêtise. Si je réagis à cette publication, c’est dans l’unique but de demander pardon au nom de mon frère, chevauché par l’ignorance.

Mes chers Titans,

Vous qui ne pouvez reposer en paix, vous qui recevez chaque jour des crachats au visage pour votre sacrifice, je vous demande pardon. Je vous demande pardon pour ceux qui n’ont pas connu vos châtiments, vos humiliations et vos privations. Ceux qui n’ont jamais été soumis à la fantaisie de la barbarie. Ils ne pourront comprendre le sens de votre don. Je vous demande pardon pour tous ceux qui, du confort de leur salon et derrière leur ordinateur, s’arrogent le droit de vous juger et de vous blâmer. Vous qui avez défié la vie dans les conditions infernales de la traite, vous qui avez défié le soleil sans eau, le froid sans habit, les piquants sans bottes. Vous qui avez affronté le fer, brisé les chaînes, rompu les carcans. Vous qui avez osé rêver vivre la condition d’Homme, vous qui avez donné votre sang, votre sueur pour faire pousser l’arbre de la liberté tout en sachant que vous ne goutterez pas son fruit, je vous demande pardon.

Vous n’avez pas fait économie de vos perles. Dans votre dimension universelle, vous les avez répandues, largement, généreusement et les pourceaux ont eu leur part. Maintenant ils se retournent contre vous. Ils vous accusent, ils vous reprochent de ne pas les avoir laissés dans les chaînes. De les avoir libérés trop tôt. De les priver des miettes tombant de la table du maître, du colon. Ils vous accusent de la grandeur de votre héritage. Ils ne veulent pas développer la force de leurs épaules, ils réclament des fardeaux plus légers. Ils réclament l’anonymat, ils réclament l’insignifiance pour vivoter tranquillement. Comme les vers de terre. Malheur à qui veut être parasite ! Il sera vermine.

Mes chers Titans,

Je vous demande pardon. Je vous demande pardon en leur nom, je vous demande pardon en mon nom propre. Je ne vais plus demeurer complice tacite des outrages de ceux qui ne vous connaissent pas, de ceux qui ne voient que vos doigts quand vous montrez la lune. La liberté sans responsabilité n’existe nulle part et nous tardons encore à nous en convaincre. Vous nous avez fait Sel du monde Noir et la Lumière des nations exploitées et vilipendées, nous avons chuté jusqu’aux abysses des parias et des ingrats. Pardonne-nous. Nous tâcherons d’être encore la pierre de l’Angle.

Respectueusement,

Dr Valéry MOISE, citoyen libre grâce à vous !

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