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Une perspective peu reluisante

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Je viens de larguer, ou de me faire larguer, je ne sais pas trop. Encore une relation que j’ai fichue en l’air, encore un autre dont je ne porterai pas le nom. Et j’entends la voix de ma mère qui me dit si souvent avec une infinie douceur empreinte de fermeté néanmoins : « ma chérie, tu vieillis, il faut que tu apprennes à te stabiliser, à te trouver un mari et à fonder une famille. Mais d’abord, il faudrait apprendre à garder les mecs sinon tu finiras seule ». Merci maman !

Donc ce matin, j’ai mis toutes les chansons rétro de ma playlist. Mais, comme je n’ai pas beaucoup de chansons d’amour, j’ai dû me contenter de rap rétro. J’entends la jeune voix d’Orelsan qui me dit qu’il a une vie de merde… oui ça cadre parfaitement bien avec mon humeur. Puis je me suis mis à réfléchir à ma mère. Elle a eu ce qu’on peut appeler une vie exemplaire. Avec mari et enfants qu’elle a élevés en accord aux conventions sociales et religieuses. Mais il y a un truc qui m’échappe. Elle nous a appris à ne dépendre de personne et surtout pas d’un mec. Elle nous a appris à être responsables, à vivre seules ; à nous autosuffire d’une certaine manière, mais on dirait que son ultime but est de nous voir attachées à un homme pour le restant de nos jours. Comme quoi ce ne sera que là qu’elle aura accompli sa mission. C’est un peu paradoxal. Elle nous paie nos études. Elle nous a littéralement appris à pouvoir nous passer d’un homme sur le plan financier et social. Mais, faut croire qu’elle ne croit pas cela possible sur le plan émotionnel. Une fois elle m’a même sorti : « ton intelligence et ta carrière ne pourront pas te tenir chaud quand tu seras seule dans ton lit ».

Ça m’a naturellement amenée à réfléchir à la position de la femme dans notre chère société. Oui, c’est un sujet très en vogue je n’en disconviens pas. Mais là, je veux toucher un autre aspect.

Serait-ce possible que notre grande ouverture au monde, nos idées réformées, notre époque libérée, ne soient qu’un leurre ? Ou disons plutôt… une version moderne de la femme piétinée par la puissance masculine ?

Avant il y avait les lois pour nous mettre au niveau inférieur, mais maintenant, c’est plus simple pour l’homme. Il y a notre mentalité et misère, la bible. Sur cette dernière, je ne vais pas m’éterniser, car vous connaissez tous le fameux verset qui affirme que l’homme est le chef de la femme. Vous aurez beau le replacer dans son contexte, parler de l’aspect sociologique de la bible, tenter de définir le mot « chef », il y aura toujours un homo sapiens pour vous rappeler que c’est la parole sainte et qu’il n’y a aucun débat possible. Et moi les débats impossibles ben… je les évite !

C’est un peu comme si nous acceptons d’être inférieures, pas comme avant, certes. Maintenant on a le droit de voter, de conduire de gros camions, de faire des études supérieures, de travailler, d’élever toute seule nos gosses comme une grande et même de les mettre au monde toute seule, mais notre univers gravite dans l’orbite d’un homme. S’il n’existe pas, on passe notre vie à le chercher. Je ne minimise pas les relations interpersonnelles, non plus la force attractive que nous exerçons l’un sur l’autre nécessaire à la survie de l’espèce, encore moins cette institution sacrée qu’est le mariage. Non, ce que je dis c’est pourquoi la finalité de ma vie serait un mariage ?

Je vois le mariage comme une étape facultative de ma vie. Bien sûr, je sais que c’est beau d’avoir quelqu’un qui nous comprend, qui nous veut du bien, quelqu’un avec qui on se sent en phase, quelqu’un sur qui compter, quelqu’un qu’on aime et qui nous aime, quelqu’un de merveilleux, je comprends tout cela. Ce que je ne comprends pas par contre, c’est cet acharnement à le trouver, cette envie de s’attacher à cette personne pour le restant de ses jours et surtout pourquoi tu as l’air cinglée quand tu annonces à tes parents que te trouver un mari n’est pas ton but premier dans la vie, ni même le second. J’ai la très nette impression que sous peu ma mère se mettra à me chercher un mari à ma place. Les féministes ont fait du bon boulot. Si je puis écrire cet article aujourd’hui, c’est bien grâce à elles. Mais, si elles ont œuvré pour que nous soyons égales aux hommes sur le plan social, il y a un truc qu’elles ont oublié : nos rapports sentimentaux avec ces derniers. Je ne vois pas les hommes dépendre de nous émotionnellement comme nous dépendons d’eux. Tous les contes de fées se terminent quand la princesse trouve le prince et qu’ils se marient (sauf la reine des neiges, mais pas sa sœur). Je ne dis pas qu’il est bon d’être seule avec ses chats, je dis que ce n’est pas non plus obligatoire d’être dans une maison remplie de gosse et un prince. La vie peut être aussi belle en solitaire, mais pour certains et certaines c’est une perspective peu reluisante.

Bon il semblerait manifestement que je ne sois pas, comme diraient les vieilles femmes, taillée pour la vie de couple. Et j’y penserai quand je franchirai toutes les étapes de la rupture et mes préférées sont bien sûr le changement de look et les pleurs le soir en regardant un film barbant à l’eau de rose devant mon pot de glace. Il ne me manque pas encore, mais je suis sûre que ça viendra parce que celui-là, ben, je l’ai aimé. Mais, comme aurait dit Grand Corps Malade, nous ne pouvons que nous en réjouir tant que les gens font l’amour !

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Commentaires

Saonha Lyrvole Jean-Baptiste
Saonha Lyrvole Jean Baptiste est etudiante en sciences du langage, amoureuse de musique et de lecture. L'ecriture est sa passion.

    Écrire ? Bien plus qu’une passion !

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