AYIBOFANMFREE WRITING

Une femme d’exception

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1995. Une année que je n’oublierai pas. L’année où j’ai reçu le plus de punitions de toute mon enfance. J’étais encore un gamin, en 3e année fondamentale chez les frères. La paresse et la turbulence m’avaient donné un ami, David. Talentueux fauteurs de trouble, nous avions ces « qualités » en commun et nous jouissions de la même « considération » de la part de l’institutrice. Toutefois, grâce aux nombreuses punitions et aux religieuses raclées, nous partagions surtout le même sentiment pour nos mamans.

Nous avions de longues conversations David et moi. Elles tournaient presque toutes autour de nos punitions et des exigences que ces femmes que la vie nous avait infligées nous faisaient subir. Nos mamans étaient des bourreaux. Elles voulaient toujours que nous ayons de bonnes notes, que nous soyons toujours excellents, que l’on mange, que l’on fasse tous nos devoirs… c’était l’enfer. Nous n’avions pas un vocabulaire riche, mais je préfère ne pas vous dire les noms dont nous les traitions. Je ne veux pas exagérer, mais je me demande si nous n’avions pas souhaité leur mort.

Des années ont passé, et j’ai grandi. David aussi, je crois. On ne s’est pas parlé depuis, mais j’aurais voulu lui poser certaines questions et partager avec lui certaines réflexions. Par exemple, je voudrais lui demander s’il a remarqué que ces pratiques que nous obligeaient ces femmes nous attirent aujourd’hui des compliments. A-t-il remarqué que les comportements qu’elles nous exhortaient à adopter nous distinguent ? A-t-il réalisé que les manières qu’elles nous exigeaient d’afficher sont devenues rarissimes ? A-t-il réalisé que l’éducation qu’elles nous inculquaient a fait de nous des seigneurs ? Que c’est grâce à leurs sacrifices que nous affrontons la vie la tête haute ? A-t-il compris la noblesse derrière ces punitions jadis ? Ou comment ces punitions nous ont façonnés ? A-t-il compris que c’était par amour qu’elles le faisaient ? A-t-il une idée de l’immensité de cet amour ? A-t-il aussi le doute qu’aucune femme ne l’aimera jamais comme sa mère ? Ou a-t-il aussi l’impression qu’aucune femme ne lui arriverait à la cheville…

Il y a tant de questions, que je voudrais poser à David ; parce qu’après avoir compris cela, je me suis repenti. J’ai compris aujourd’hui que ma mère est la pièce maitresse de ma vie. Au fait le plus étonnant, c’est que même si j’arrive à comprendre tout ça, je n’arrive pas encore à définir ce qu’est une mère parfaite. J’ai quand même la drôle impression que la mienne est la meilleure. Non parce qu’elle est parfaite ou qu’elle n’a pas fait d’erreurs. Mais si ma maman n’est pas la mère parfaite, je sais qu’elle a parfaitement essayé. Est-ce qu’elle a réussi ? Alors, dites-moi ce que je suis à vos yeux ? Ai-je l’air d’un coup d’essai ? Je suis pourtant son premier. Si je suis un auteur, elle est l’auteur de l’auteur. Si je suis une précieuse créature de Dieu, c’est à elle qu’Il m’a confié. Et si aujourd’hui  je suis un homme, elle y a grandement contribué.

J’ai juste voulu placer quelques mots en l’honneur de cette femme qui a été Maman et Papa pour moi. Aujourd’hui encore elle m’encourage dans tout ce que je fais, dans toutes les voies que je veux suivre. Mais je veux surtout lui dire que même si je n’ai plus la même taille, même si j’ai aujourd’hui la voix grave, même s’il me pousse des poils partout, même si je prends mes douches tout seul, même si je ne la sollicite pas toujours quand je suis dans l’ennui, je resterai toujours son petit garcon.

Ma façon de lui dire que je ne suis qu’un humain, donc imparfait et surtout ingrat. Et de toute façon, même quand je serais l’homme le  plus riche du monde, mes ressources seront faibles et mes moyens limités, je serai toujours insolvable pour témoigner ma reconnaissance.

Honneur et Gloire à toutes les mères dignes de ce nom.

Steeve, Le grand « Petit garçon » de sa mère

Commentaires

Steeve Bazile
Je suis Steeve Bazile, entrepreneur, journaliste, mais avant tout amateur de littérature. J’ai trouvé en cette dernière, un trésor surpassant toute forme d’intelligence : le bon sens. Le mien étant régulièrement aiguisé, je m’arroge donc de dire, de débattre, d’opiner, de contester, de questionner tout ce que je crois comprendre. Un érudit, dites-vous! Mais non, je ne suis qu’un profane… Le profane avisé!

     Mère ou femme, devrait-on choisir ?

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    Le choix du refus !

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