SOCIÉTÉ

Une famille haïtienne devrait dépenser 45 000 gourdes en nourriture le mois

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La cherté de la vie s’est prolongée en 2019. Selon des évaluations de la Coordination nationale de la Sécurité alimentaire (CNSA), le coût du panier alimentaire pèse lourdement sur les ménages.

 

La CNSA évalue chaque trimestre le coût du panier alimentaire en Haïti. Ce panier prend en compte la quantité d’aliments nécessaires consommée par personne par jour pour un besoin de 1 870 kilocalories. Il se compose de six produits et permet de calculer l’évolution des prix sur le marché local. Ces produits sont le riz, la farine de blé, le maïs, le haricot, le sucre et l’huile végétale. Le panier reflète surtout la consommation alimentaire des ménages à faible niveau de revenu.

Dans son dernier rapport sur l’indice des prix à la consommation paru en janvier 2019, l’Institut haïtien de Statistique et de l’Informatique (IHSI) note une inflation de 17 % pour le mois de Février 2019 contre 15,5% en Janvier 2019. C’est à partir de cet indicateur que l’on calcule l’évolution des prix des produits du panier de la ménagère.

La CNSA a révélé que la hausse des prix des denrées de base et l’inflation pour le quatrième trimestre de l’année 2018 ont affecté le pouvoir d’achat des ménages et leur capacité à accéder à la nourriture. Dans son bulletin de janvier 2019, la CNSA estimait que le coût moyen du panier est passé de 1 261 gourdes en 2017 à 1 385 gourdes du mois d’octobre à décembre 2018 pour les familles pauvres.

Parallèlement, lundi 18 février, AyiboPost a visité deux marchés pour évaluer la hausse des prix des produits. Les marchés de Caridad (Carrefour-feuilles) et Salomon (Centre-ville) permettent de confirmer une hausse des prix sur des produits essentiels comme le riz, le maïs, le sucre, le blé, la farine, le spaghetti, le haricot noir et les boîtes de lait liquide.

 

Les prix avancent au galop

Les tarifs des produits ont été quasiment les mêmes tant au marché de Caridad qu’au marché Salomon. « Les prix des produits ont connu une forte hausse de janvier à février 2019 », déclare Marie, une grossiste au marché de Caridad. Selon ses chiffres, en l’espace de deux mois, le sac de riz de 25 kilogrammes est passé de 1 350 à 1 800 gourdes. Le sac de farine de 50 kilogrammes, élément de base dans l’alimentation haïtienne, a enregistré une hausse de 790 gourdes, passant de 2 210 à 3 000 gourdes. Le sac de sucre roux de 25 kilogrammes coûte 1 450 au lieu de 1 150 gourdes. Le sac de maïs (Alberto) qui se vendait à 909 gourdes a atteint aujourd’hui le prix de 1 250 gourdes.

Le prix du blé était de 1 350 ; il est passé à 1 575 gourdes. Le gallon d’huile Mazola de 3,8 litres se vend à 550 gourdes contre 425 gourdes au début du mois de janvier. Aussi, la caisse de lait liquide en boîte et la caisse de spaghetti sont respectivement passées de 925 à 1 100 gourdes et de 300 à 400 gourdes. Le sac de haricot noir a connu une augmentation de 1 250 gourdes, passant de 4 750 à 6 000 gourdes.

 

Les crises affectent le pouvoir d’achat

« Les troubles socio-politiques qu’a connu Haïti au cours des mois de juillet et de novembre 2018 ont eu un effet négatif sur les conditions de sécurité alimentaire », souligne le bulletin de la CNSA ayant pour titre : « Panier alimentaire et condition de sécurité alimentaire ». Plus loin, la CNSA explique que ces troubles ont engendré des ruptures d’approvisionnement dans la distribution, des pertes d’emploi, la hausse des prix des biens de base et la réticence des investisseurs à prendre de nouvelles initiatives économiques.

Que dire des troubles socio-politiques qu’a connu le pays à partir du sept février et qui ne restent pas sans conséquence sur les prix des produits de base ? En considérant cette crise, le coût journalier du panier alimentaire est aujourd’hui supérieur ou égal à 1 500 gourdes. Une famille devrait allouer au moins 45 000 gourdes à ses dépenses mensuelles de nourriture. Ce qui entraîne une réduction du pouvoir d’achat des individus alors que le salaire minimum mensuel varie, jusqu’à maintenant, entre 12 000 et 15 000 gourdes.

 

Des ménages en insécurité alimentaire

Le niveau de vulnérabilité structurelle du pays compte près de 25 % de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Selon la CNSA, environ 2 millions de personnes en Haïti sont menacées par l’insécurité alimentaire. Et, le président Jovenel Moïse, dans son adresse à la nation du 14 février, avait promis d’« atténuer la misère du peuple » par des mesures qui doivent être appliquées par l’ex Premier ministre Jean Henry Céant.

Parmi les neuf décisions prises par le gouvernement, l’accord entre l’État et les importateurs est le seul concrétisé pour la réduction du prix du riz importé sur le marché local.

 

NB: Pour cet article, les données du rapport de la CNSA pour le mois de janvier 2019 paru en février ont été utilisé et non ceux du mois de du mois de février paru le 22 mars 2019.

Emmanuel Moïse Yves 

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