ART & LITERATURE

Sachernca Anacassis : «Un comédien haïtien ne peut joindre les deux bouts »

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Sachernca Anacassis, bientôt âgée de 26 ans, est une comédienne à peine sortie d’une formation de Théâtre à Toulouse. Elle est, cette année, l’une des deux figures à l’honneur de la 4e édition du festival de dramaturgie contemporaine « En Lisant ».

Sa première lecture scénique à la FOKAL a été un hasard en 2011. Une amie a été sélectionnée pour une lecture. Après plusieurs répétitions, l’amie en question a compris que le théâtre n’était pas son délire et elle a demandé à être remplacée. « C’est ainsi que l’animateur Billy Mondésir m’a contactée et m’a demandée de la remplacer. Dès la première répétition, j’avais compris que c’est cela que je voulais faire comme métier. J’avais enfin compris pourquoi toute petite déjà je me retrouvais tout le temps à me parler à moi-même. J’avais enfin compris pourquoi je cause toute seule dans la rue. C’est le théâtre qui m’a choisi et j’ai dit oui  », déclare Sachernca Anacassis.

L’artiste est née le 1er novembre 1993 sous un arbre à Port-au-Prince, dans une famille de 5 enfants, dont trois garçons et deux filles. Son choix de faire carrière dans le théâtre n’a jamais été mal vu par ses parents. Ceci peut s’expliquer par le fait que dès le début de sa carrière, elle a travaillé sur des projets très intéressants. « Dès le premier spectacle, ma mère a toujours fait l’effort de venir me voir sur scène. Elle a été témoin de chaque moment, chaque partage, chaque bisou et tout ceci l’avait rassurée. Elle a été ravie de découvrir mon univers, les gens avec qui je travaille et la fidélité du public », confie Sachernca. En 2013, elle avait commencé des études en Communication sociale à la Faculté des sciences humaines. Deux années plus tard, elle a laissé tomber la FASCH pour faire des études de théâtre au Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse en cycle d’orientation professionnelle. Aujourd’hui, la mère de la comédienne est sa première supportrice. Grâce à elle, les autres membres de sa famille se sont intéressés à son travail.

Sa première inspiration

Sachernca Anacassis n’a pas de premiers souvenirs en tant que spectatrice de spectacle joué en salle de théâtre par des comédiens et des comédiennes. Elle affirme que Michèle Lemoine est la première personne avec qui elle a travaillé sur un spectacle. « Elle m’a inculqué la discipline dans le travail. Avec elle, l’heure c’est l’heure. Avec elle, c’est sûr que le travail de direction d’acteur sera au cœur du travail ».

Beaucoup de gens trouvent Michèle Lemoine sévère. « Pour moi, c’est juste une question de discipline de travail. Le travail de comédien exige du sérieux ». Selon elle, le corps est une machine qu’il faut tenir continuellement en bon état par des exercices quotidiens, de la discipline et beaucoup de rigueur.

Le théâtre, support efficace de communication

« J’ose encore penser que le théâtre sert encore de support efficace pour faire passer des messages importants » déclare pieusement la jeune comédienne. Pour elle, les sujets d’actualités ont une forte influence sur le théâtre.

De tous les temps, dit-elle, le théâtre a toujours eu pour fonction de divertir et de raconter un récit, à questionner et à repenser la société. Nombreuses sont les pièces de théâtre dans le monde qui aujourd’hui parlent des migrants, de terrorisme et de violences sexuelles. « Comme preuve nous avons cette 4e édition du festival « En Lisant » qui ne présente que des femmes en scène. Tous les spectacles traitent de la situation de la femme dans le monde. Cinglée mise en scène par Michèle Lemoine avec comme comédienne Kestia Vainadine Alphonse est un très bon exemple ».

La diffusion est aussi une question cruciale. «J’avoue qu’il y a la question du public. Souvent, même contre la volonté de la compagnie, les spectacles sont destinés à des privilégiés, pas forcément à ceux et celles qui y sont directement concernés ».

Au bord de Claudine Galéa : aucune prétention de pédagogie

10 juillet 2019, des professionnels du théâtre et amateurs curieux des pratiques culturelles se réunissent autour d’un poignant monologue de la comédienne Sachernka Anacassis. Elle a joué le texte de Claudine Galéa « Au bord », mis en scène par Pascal Papini et Guillaume Langou.  

« Au bord » est un texte qui se sert de l’histoire des tortures qu’on infligeait aux prisonniers à Abou Ghraib. Pour Sachernca Anacassis, c’est avant tout un coup de cœur. « Quand j’ai lu ce texte j’ai tout de suite eu envie de le jouer même si pour « En Lisant » ce n’était pas mon premier choix ». Elle avoue qu’elle avait un peu peur de la réaction du public face à ce texte.

« En tant que comédienne, ce n’est pas mon rôle d’apprendre quoi que ce soit de la vie aux spectateurs et aux spectatrices. Mon travail ce n’est pas de faire la leçon au public. Il n’y a rien de plus chiant au théâtre que les spectacles donneurs de leçons » ajoute Sachernca.

À la fin d’une représentation, la comédienne ne croit pas être en mesure d’affirmer ce qui reste dans l’esprit du spectateur qui la regardait évoluer sur scène. La réaction face à un spectacle est subjective et varie selon la sensibilité, argumente t-elle. «  Si l’on garde l’exemple du texte « Cinglée » mis en scène par Michèle Lemoine, la personne qui était à côté de moi peut tout à fait ne pas partager ma compréhension du spectacle. Pour certains, ce sera la scénographie, pour d’autres le jeu de la comédienne et des autres comédiens. Pour certains, ce sera la bande sonore, pour d’autres le texte, etc. »

Un Haïtien peut-il vivre du métier de comédien ?

Cette question ne concerne pas que le métier de théâtre, relate-t-elle. En Haïti, aujourd’hui rares sont les Haïtiens honnêtes qui arrivent à vivre de leur métier. « La situation est d’autant plus compliquée pour les artistes interprètes de théâtre. Mais pour revenir à la question, je dirais que non. Un comédien ou une comédienne ne peut joindre les deux bouts. »

Les difficultés sont nombreuses déplore Sachernca. Il n’y a ni salle de théâtre ni accompagnement artistique pour les comédiens et les comédiennes en Haïti. Les programmations de spectacle fixées six mois à l’avance sont pour le moins exceptionnelles. «Comment dans ces conditions gagner sa vie avec le métier de comédien ou de comédienne ? » questionne-t-elle pour conclure.

Snayder Pierre-Louis

Crédit photo : Festival En Lisant

Commentaires

Snayder Pierre Louis
Journaliste à Ayibopost

    Ki dwa yon moun lapolis mete an Gadavi ?

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    Ayiti toujou anba gwo menas epidemi lawoujòl

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