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Ce qu’il faut savoir sur la brume de sable qui couvre Haïti

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Depuis samedi, le ciel est couvert d’une épaisse couche de poussière grise, appelée « brume de sable ». D’où vient-elle ? Est-elle dangereuse pour la santé ?

Depuis quelques jours, un épais brouillard de poussière enveloppe les montagnes surplombant la baie de Port-au-Prince. C’est une « brume de sable » qui traverse les pays de la Caraïbe, dont Haïti, depuis samedi dernier.

Ceci n’est pas un phénomène nouveau dans le pays. Cette année, elle est cependant plus intense estiment les spécialistes en météorologie. En 2019, c’était à Trinidad and Tobago que la plus haute concentration de « brume de sable » a été enregistrée.

Ce ciel gris signale une mauvaise qualité de l’air, une visibilité amoindrie et des difficultés respiratoires, notamment pour ceux qui déjà étaient malades.

La « brume de sable » a aussi un rapport avec l’augmentation de la chaleur ces derniers jours, rapportent les spécialistes. L’air à présent, est sec, chaud et chargé de particules poussiéreuses et d’autres éléments qui peuvent être dangereux pour la santé.

Des territoires de la Caraïbe comme la Guadeloupe sont passés en alerte rouge, cette semaine, en raison de ce phénomène météorologique. Les autorités de ce département français d’outre-mer ont appelé les industries et les agriculteurs à limiter les émissions de gaz. La population quant à elle, doit limiter ses déplacements et les activités de loisir à l’extérieur.

La brume de sable, vue depuis la route de Bourdon. Photo : Frantz Cinéus / Ayibopost

Déjà pris dans les méandres de la gestion du coronavirus, les autorités haïtiennes n’ont lancé aucune alerte et très peu de messages de sensibilisation ont été partagés, jusqu’à présent. Des plans de contingence sont en préparation à l’Unité hydrométéorologique d’Haïti (UHM) révèle un responsable de l’institution.

D’où vient ce nuage de poussière?

Une « brume de sable » est composée de particules en suspension dans l’atmosphère et qui ont la possibilité de réduire la visibilité, explique l’ingénieur Marcelin Esterlin, coordonnateur de l’UHM. Généralement, ces nuages de poussière proviennent du désert du Sahara. Pour cela, elles sont aussi appelées SAL (Sahara Air Layer). Pourtant, elles proviennent aussi d’autres déserts africains (le Sahel).

Ces déserts sont principalement formés de sable et de poussière. Quand des vents puissants soufflent sur ces endroits, ils les soulèvent dans l’atmosphère. Et lorsque ces vents puissants entrent en contact avec les vents qui sont en altitude, ils dirigent ces étendues de poussières, soit vers le nord, en Europe, vers l’ouest, les Amériques et les Caraïbes, ou même jusqu’à l’océan pacifique, indique Rudolph R. Victor (Rudy Météo).

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Ces étendues charrient des éléments lourds qui sont déposés dans les espaces où elles prennent naissance et leurs alentours. Quant aux éléments les plus fins, ils voyagent sur des distances énormes, à différents niveaux d’altitude.

C’est durant la période de mai à octobre que ce phénomène est enregistré dans le monde, informe Rudolph R. Victor. Mais c’est en juin, juillet et août qu’il est le plus souvent constaté. La dernière fois qu’Haïti a connu un épisode aussi intense, c’était en 2015. Et l’année dernière ce phénomène a été enregistré dans le pays, le 17 mai.

Aujourd’hui, tous les dix départements du pays sont concernés par ce phénomène, explique Marcelin Esterlin de l’UHM. Mais ce phénomène va diminuer en intensité à partir de demain, mercredi 24 juin 2020 et augmenter en puissance le samedi 27 juin 2020.

Photo : Frantz Cinéus / Ayibopost

Dangers

La brume de sable peut être dangereuse pour les personnes souffrant de maladie respiratoire comme l’Asthme. Mais elle peut tout aussi être néfaste pour les yeux, car ses particules peuvent provoquer la conjonctivite.

Des observations scientifiques parlent même de corrélation entre la présence de la « brume de sable » et la recrudescence de ces maladies, parce que les particules qui la composent ne sont pas uniquement de la poussière. La brume charrie parfois de la roche, de la fumée, des germes pathogènes, du pollen, des pesticides, ou même des matières fécales.

Une étude épidémiologique, faite en 2009, a dévoilé la composition chimique de ces nuages de poussière. Elle a révélé qu’il y avait également la présence de métaux, comme le fer, l’aluminium, l’arsenic, le plomb, le carbone, le phosphore, le sodium et plus de 46 autres métaux.

Rudolph R. Victor, quant à lui, indique que certains de ces métaux peuvent provoquer le cancer. Il y a aussi des particules minuscules qui peuvent passer par les poumons, infiltrer la circulation sanguine et affecter le cœur.

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«[En Haïti], il nous faudrait un appareil pour calculer la qualité de l’air. [Il nous dira] quels éléments microscopiques et leurs proportions qui circulent [dans la « brume de sable »], c’est ce qui va nous amener à mettre des niveaux d’alerte», a fait savoir Marcelin Esterlin de l’UHM.

À cet égard, Rudolph R. Victor encourage la population à la prudence. Il s’adresse principalement aux personnes à risque, comme les femmes enceintes, les personnes âgées, les enfants en bas âge, et les personnes souffrant de maladies pulmonaires ou cardiaques. Ces individus doivent porter un masque spécial pour se protéger des particules, ne pas s’exposer au soleil, éviter de faire des exercices physiques (même chez eux), et de se déplacer durant ces derniers jours.

«Dans certains pays, il y a des observations qui lient ce phénomène avec une hausse du taux de mortalité, même s’il n’y a pas encore d’études approfondies à ce sujet», a fait savoir Marcelin esterlin de l’UHM.

Photo : Frantz Cinéus / Ayibopost

Pourquoi est-ce aussi intense aujourd’hui?

Tout au long de l’année, puisque le vent souffle d’est en ouest, Rudolph R. Victor signale qu’il y a des nuages de poussière qui survolent le pays, mais ils sont imperceptibles étant donné que la quantité reste infime.

«Durant la période cyclonique, il y a des orages ou des ondes tropicales qui se forment dans la région caribéenne, expose Rudolph R. Victor. Par conséquent, les « brumes de sables » sont plus remarquées, car toutes les conditions sont réunies sur l’atlantique et dans la caraïbe pour que [les nuages de poussière] restent aussi compacts. [Mais] j’ai parlé avec plusieurs spécialistes dans la zone, nous n’avions pas pensé que ce serait aussi important.»

Marcelin Esterlin, de son côté, fait comprendre que les pays de la Caraïbe, dont Haïti, font face aujourd’hui à un processus de désertification à outrance. La désertification impacte les couvertures végétales, ce qui rend difficile la gestion de toute cette couche de poussière.

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Ainsi, les particules restent suspendues dans l’air et se déplacent de l’est vers l’ouest au moyen des courants d’air. Parce que l’activité humaine, l’industrialisation notamment, a augmenté la pollution, ceci rend les périodes de « brume de sable » plus violentes et bien plus fréquentes aussi.

À part la qualité de l’air et la visibilité, ce phénomène semble impacter aussi la température du pays. La température va certainement augmenter, explique Rudolph R. Victor qui mentionne le pouvoir d’emmagasinement de chaleur du béton et le fait qu’il n’a pas plu depuis plusieurs jours.

Marcelin Esterlin, pour sa part, parle de particules présentes dans la « brume de sable » qui se sont réchauffées et qui dégagent de la chaleur tout près du sol.

Malgré tout cela, les autorités haïtiennes restent muettes face à cette anomalie météorologique qui affecte une bonne partie de la population.

À ce sujet, l’Unité HydroMétérologique d’Haïti ne restera pas indifférent, promet Marcelin Esterlin. « Nous avions déjà des plans de contingence pour les cyclones, mais nous n’en avions pas pour les ‘brumes de sables’. Puisque nous savons que c’est un phénomène qui peut se reproduire, nous travaillons actuellement sur plusieurs [de ces plans].»

Hervia Dorsinville

Photo couverture: Frantz Cinéus / Ayibopost

Commentaires

Hervia Dorsinville

Etazini depòte yon gwo asasen an Ayiti

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