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Seulement 300 pharmaciens et 128 pharmacies autorisées pour 11 millions d’habitants

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La majorité des pharmacies n’ont pas l’autorisation de la Direction de la Pharmacie, du Médicament et de la Médecine traditionnelle (DPM/MT).

Haïti a un marché libre favorisant l’accès à la circulation des produits pharmaceutiques venant de toutes les régions du monde. La rentabilité du marché favorise l’accès à de multiples pharmacies non reconnues par l’État. Néanmoins, le contrôle de la qualité dans la chaîne de médicament n’est pas assez opérationnel dans ce domaine.

La DPM/MT est une direction du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). Cette direction assure la politique pharmaceutique nationale dans ce secteur. Pour l’exercice fiscal 2018-2019, une liste de cent vingt-huit établissements pharmaceutiques privés autorisés a été publiée en février par la DPM/MT.

 

Répartition des établissements pharmaceutiques

Les établissements pharmaceutiques sont répartis comme suit : pharmacie, dépôt (de médicaments), agence pharmaceutique et laboratoire. La DPM/MT a dénombré cent vingt-huit pharmacies, trente-neuf dépôts, quarante agences et trois laboratoires ayant l’autorisation de fonctionnement dans le secteur pharmaceutique du pays.

Quatre-vingt-quatre pour cent des pharmacies autorisées, soit cent huit, se trouvent dans le département de l’Ouest. Le département de la Grand’Anse en a huit et celui du Sud’Est en a quatre. Les départements du Nord, du Nord’Ouest et des Nippes ont chacun, deux pharmacies autorisées. L’Artibonite et le Sud en compte une seule par département. Les départements du Nord’Est et du Centre sont les zones géographiques où aucun établissement pharmaceutique n’a obtenu l’autorisation de fonctionnement délivrée par la DPM/MT pour la production, la conservation et la vente de médicaments.

Un danger potentiel

Un médicament est une substance ou composition possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines ou animales. La vente des médicaments non réglementée par des imposteurs et des pharmacies illégales expose la vie du patient à des risques majeurs.

Alors que des normes de conservation particulières sont requises pour certains médicaments, ils sont soumis à des températures variées dans un grand nombre d’établissements pharmaceutiques. Or, transgresser ces normes, c’est transformer un médicament en poison mortel. Un document concernant ces normes et procédures a été publié en 2008 dans le but de contrôler les activités de ce marché délicat.

Acteurs du marché pharmaceutique

Selon le pharmacien Jean Maurice Dérisma, le secteur pharmaceutique d’Haïti se compose de deux acteurs majeurs : le secteur public et le secteur privé. À côté de ces deux, il existe un secteur humanitaire et un secteur informel de distribution de médicaments. Le pays est aussi approvisionné par des dons de produits pharmaceutiques à travers le secteur humanitaire. « Malheureusement, le secteur informel gagne du terrain et la majorité des entreprises pharmaceutiques du pays sont considérées comme illégales », dit-il précisant qu’il y a moins de trois cents pharmaciens en Haïti.

Jeudi 5 avril, des vendeurs ambulants de médicaments s’alignent près du Stade Sylvio Cator. Sous un soleil de plomb,  des plaquettes de comprimés entourent un étalage en carton. « Que cherchez-vous ? J’ai des comprimés pour toutes les maladies », dit Maxo, un des détaillants de la zone. « Tous les comprimés se vendent à cinq gourdes sauf les analgésiques qui coutent dix gourdes l’unité », explique-t-il.

Par ailleurs, à quelques pas de Maxo, des voitures équipées d’appareils sonores amplifiés font la promotion des bienfaits de certains médicaments, dont des sirops, des pommades  et autres compositions à base de recettes naturelles.

« Le secteur informel ne se constitue pas seulement de pharmacies ambulantes », ajoute le pharmacien. La plupart des bus, assurant le transport en commun pour les villes de Carrefour, Pétion-Ville, et de Bon-Repos transportent des vendeurs de médicaments (connus comme des agents de promotion) qui se confondent aux passagers.  Les usagers des transport en commun côtoient ces vendeurs (parfois indésirables) depuis déjà quelques années. Et, malgré les normes prescrites « la DPM/MT n’a pas le soutien de l’État central pour tenter de restreindre le marché informel » clame-t-il.

Le document qui fait état des normes et procédures postule que : « Avant la mise sur le marché, le médicament doit présenter un bénéfice risque positif pour les utilisateurs ». Tout médicament ou produit biologique non enregistré et non autorisé peut être saisi par les agents de cette direction. « Malheureusement, seuls les établissements autorisés par la DPM/MT sont supervisés », regrette Jean Maurice Dérisma.

Procédures relatives à l’ouverture d’une pharmacie

Pour ouvrir un établissement pharmaceutique, il faut une autorisation de fonctionnement délivrée par la DPM/MT. Cette autorisation est valide pour une année et peut être retirée temporairement ou définitivement en cas d’infraction aux dispositions législatives et réglementaires.

Le demandeur est invité à soumettre : une lettre de demande d’ouverture signée par un pharmacien ; mille cinq cents gourdes comme frais d’études de dossier. L’espace doit être inspecté en vue de vérifier sa conformité par rapport aux recommandations.  La dernière exigence est le paiement de dix mille sept cent cinquante gourdes comme frais d’ouverture par chèque de direction à l’ordre de l’MSPP.

Le document sur les normes et procédures prévoit une distance réglementaire à des pharmacies qui s’établissent par exemple dans un même quartier. La distance réglementaire fixée par la DPM/MT d’une pharmacie autorisée à une autre est au minimum de trois cents mètres. Tel n’est pas du tout le cas pour des pharmacies se trouvant à la rue Monseigneur Guilloux, en face de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) et de bien d’autres entreprises pharmaceutiques à Port-au-Prince.

La direction technique de tout établissement de fabrication, d’importation, d’exportation et de vente en gros de médicaments doit être sous la responsabilité d’un pharmacien. Il doit veiller à l’application des dispositions législatives et réglementaires relatives aux médicaments.

Les médicaments sont bénéfiques pour la santé. Mais quand leur utilisation n’est pas conforme et adaptée, ils peuvent entraîner des effets néfastes pour la santé.

Emmanuel Moïse Yves

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

    Medam yo ranse #9 | Ne pas vouloir d’enfants, un choix comme un autre

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    Bwakayiman, yon espas kote kretyen ak vodouwizan ap goumen

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