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Rex théâtre : symbole coloré de la dilapidation PetroCaribe

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Le Rex Théâtre est en ruines alors que le rapport d’audit de la Cour des Comptes sur les fonds Petro Caribe affirme qu’un montant d’environ cinq millions de dollars américains a été prévu pour sa reconstruction.

Après le séisme dévastateur de 2010, le Rex Théâtre, jadis un espace d’attraction, est devenu un dépotoir. Les sans-abris du Champ-de Mars ont pris possession des lieux alors que les enfants de rues y jettent matières fécales et résidus de toutes sortes.

La reconstruction du Rex Théâtre faisait partie des nombreux travaux de réhabilitation et de reconstruction au Champ-de-Mars. Les fonds alloués à la reconstruction du Rex Théâtre et issus du fonds Petro Caribe n’ont malheureusement pas démarré les travaux comme prévu. Malgré les flamboyantes tôles rouges qui attirent l’attention sur la « Reconstruction du Rex Théâtre », ce sentier est resté au point mort.

En 2017, dans le cadre des festivités carnavalesques, la Mairie de Port-au-Prince a supervisé les travaux de peinture de la façade principale du Rex théâtre, pour cacher la laideur des ruines. Cette année-là, le carnaval national s’était déroulé dans la ville des Cayes selon le vœu du président Jovenel Moïse.

Cependant, le second rapport d’audit de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) sur le fonds Petro Caribe accuse un montant d’environ cinq millions de dollars US (5 061 139,91 $ US) pour la « reconstruction, l’ameublement, l’aménagement et la décoration intérieure du Rex Théâtre » (p. 228 version pdf).

Contactée à ce sujet, la mairie de Port-au-Prince affirme avoir découvert dans la plus grande stupéfaction la somme qui était destinée à la reconstruction du site.

Un décaissement sans suite

Selon le rapport du CSC/CA,  la réhabilitation du Rex théâtre figure dans la liste des projets ayant bénéficié des décaissements. L’exécution de ces projets a été confiée à la firme dominicaine CONSTRUCTORA ROFI SA. Un montant de 214 200 dollars US a été décaissé pour les travaux du site. « Aucune pièce justificative [des dépenses] n’a été retrouvée », lit-on dans le rapport.

Selon Ralph Youri Chévry, maire principal de la ville de Port-au-Prince, la mairie n’était pas au courant de ce décaissement. « La conception de la peinture et des graffiti était l’œuvre de Jean Dennis Bonnis, membre du comité d’organisation du carnaval 2017 de Port-au-Prince », explique l’édile de Port-au-Prince ajoutant qu’il voulait donner une allure carnavalesque aux ruines du bâtiment rien que pour alléger son image en cas de prise de photo pendant les défilés.

En sus, il confie que les travaux ont été réalisés à partir de dons de peinture Matpar et des peintres et artistes volontairement engagés dans la réussite du carnaval. « Les [seuls] frais de dépenses réalisés s’élevaient seulement à environ cinquante mille gourdes pour l’échafaudage », dit-il.

Une construction controversée

Les déclarations concernant la reconstruction du Rex Théâtre se sont multipliées après le tremblement de terre de 2010. En 2012, Mario Dupuy, ex-ministre de la Culture, avait dit qu’un montant évalué à dix millions de dollars venant du fonds Petro Caribe a été décaissé pour la rénovation du Rex théâtre et du Ciné Triomphe. Selon ses déclarations, les travaux de réaménagement devaient s’achever avant la fin de l’année 2013.

Selon un document publié le 13 novembre 2013 par l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP), le démarrage des travaux pour le nouveau bâtiment du Rex théâtre a été prévu pour le mois de janvier 2014. L’ouvrage se contente de présenter seulement les photos du nouveau site sans donner de détails sur le projet.

En 2016, lors d’une interview accordée à Magic 9, le directeur de l’UCLPB, l’ingénieur Clément Bélizaire avait clairement dit que les ressources pour la reconstruction du Rex Théâtre ne sont pas encore disponibles. « Nous avons décidé d’achever le Ciné Triomphe avec les moyens disponibles », disait-il.

Un plan global décapité, mal exécuté 

La volonté de rénover le Rex Theatre tire son origine des projets de « rénovation urbaine et développement résidentiel à Bowenfield et à Fort-National » qui ont été montés après le séisme de 2010.

Ces projets dont le coût total avoisine 314 260 515,55 dollars US visaient à construire de nouveaux quartiers permanents avec des infrastructures et des services de base durables. Ils devraient servir à relocaliser des victimes du 12 janvier 2010. Le contrat – passé hors normes selon le rapport de la CSC/CA – a été initié sous le gouvernement de Jean Max Bellerive. L’administration de Martelly-Lamothe a décidé d’apporter des modifications qui portent sur la désaffection du coût du projet.

En 2012, « trois avenants modifiant les termes de contrats des deux phases concernant la rénovation urbaine à Bowenfield et quatre avenants pour les trois phases concernant celle à Fort National ».

Ces modifications ont abouti à vingt-cinq projets dont celui de la reconstruction du Rex Théâtre issue de l’avenant cinq des contrats modifiés pour la rénovation à Fort National. « La désaffectation des fonds du projet à d’autres projets est la preuve qu’aucune étude préalable n’a été effectuée », lit-on dans le rapport.

Le premier décaissement qui date de 2011 pour les projets de rénovation non encore modifiés à cette date était de 44 millions de dollars. Les firmes CONSTRUCCIONES Y DISENOS RMNSA et CONSTRUCTORA ROFI SA ont reçu chacun, la moitié du montant dans le cadre du paiement de l’avance de démarrage des travaux. La CSC/CA révèle que les deux paiements ont été utilisés à d’autres fins.

« Ils ont été attribués de préférence aux travaux de construction dans la zone de Duvivier/Zoranjer pour un montant de 22 000 000,00 USD et l’autre partie de la somme, 22 000 000,00 USD, a été utilisée pour la rénovation urbaine et développement de Morne à cabri. » Le rapport révèle que ces montants ont été détournés de leur objet principal. « Il s’agit d’une irrégularité au cadre réglementaire et ayant causé un préjudice à la communauté », conclut le rapport sur ces projets.

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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