SOCIÉTÉ

Que sait-on de la carte mauve « Zinli » en Haïti ?

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Près de 7 000 Haïtiens utilisent cette carte. Selon la BRH, elle ne figure pas sur la liste des institutions financières ou des services de paiement autorisés en Haïti

Près de 5 765 familles utilisent actuellement en Haïti la carte internationale Visa prépayée dénommée Zinli.

Ce portefeuille électronique, présent dans le pays depuis environ deux ans, a été introduit en 2024 par le Programme alimentaire mondial (PAM) dans le cadre d’un programme d’accompagnement et de soutien alimentaire destiné à des personnes en difficulté financière.

Déjà utilisée dans plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes, cette carte ne bénéficie toutefois d’aucune reconnaissance ni d’un cadre de régulation légal en Haïti, selon des informations recueillies par AyiboPost auprès de la Banque de la République d’Haïti (BRH).

Zinli est une carte de secours (Rescue Card) Visa électronique prépayée, rechargeable et préconfigurée, liée à un portefeuille numérique utilisé par le PAM dans le cadre de ses programmes d’assistance humanitaire.

La carte prépayée internationale « Zinli » d’un bénéficiaire, le 15 mars 2026. Photo : AyiboPost

En 2024, ce dispositif a bénéficié à 26 366 personnes en Haïti, au Pérou et en Bolivie, permettant à 10 470 ménages de subvenir à leurs besoins essentiels.

Contactée par AyiboPost, la BRH, organe régulateur du système financier haïtien, affirme ne pas être au courant de ce dispositif.

L’institution indique également que Zinli ne figure pas sur la liste des institutions financières ou des services de paiement autorisés en Haïti.

Interrogés sur le sujet, les responsables concernés contactés au sein du PAM n’ont pas répondu avant la publication de cet article. Cet article sera mis à jour dès réception de leurs éventuelles réactions.

Selon le PAM, l’utilisation des cartes de secours a été introduite en juillet 2024 comme l’une des modalités de paiement destinées aux bénéficiaires de ses programmes d’urgence.

L’initiative, baptisée « Rescue-Card-Zinli », a d’abord été mise en œuvre sous forme de projet pilote auprès de 251 ménages déplacés internes, victimes des violences armées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Contactée par AyiboPost, la BRH, organe régulateur du système financier haïtien, affirme ne pas être au courant de ce dispositif.

En février 2025, le programme a été élargi pour atteindre 754 ménages, chacun recevant trois cycles d’assistance de 120 dollars par mois.

Selon Wilfred Nkwambi, chef de programme du PAM en Haïti, ce mécanisme de transfert via carte Visa permet une réponse rapide à la crise d’insécurité alimentaire, dans un contexte marqué par les déplacements massifs de populations provoqués par la violence armée.

« Au départ, il s’agissait d’un projet pilote », explique-t-il à AyiboPost. « L’objectif était de mettre en place un mécanisme rapide pour assister des familles contraintes de quitter leur domicile et qui se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité alimentaire. »

Pour certains, ce programme représente une aide déterminante dans un contexte économique difficile.

Jeannot Francelin, 21 ans, raconte avoir reçu sa carte prépayée en avril 2025. Pendant cinq mois, son compte a été crédité de 120 dollars par cycle d’assistance.

« Cela a été une véritable aide pour moi et ma famille, surtout pour ma mère qui est handicapée », explique-t-il.

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Le jeune homme affirme faire parfois un usage détourné de la carte pour obtenir du liquide. Il lui arrive, par exemple, de se rendre dans des supermarchés et de proposer à des clients de payer leurs achats avec sa carte Zinli, en échange de l’équivalent en espèces.

Selon Wilfred Nkwambi, ces cartes ont été conçues exclusivement pour répondre à l’urgence alimentaire.

« La carte prépayée est reliée à un compte officiel du Programme alimentaire mondial. Les fonds sont crédités chaque mois sur le compte des bénéficiaires », explique-t-il.

Il précise également que les bénéficiaires ne peuvent pas retirer l’argent en liquide dans les distributeurs automatiques, ni effectuer des achats en ligne ou des transferts d’argent.

La carte est limitée aux paiements destinés à la consommation.

Pour le responsable humanitaire, ce dispositif vise avant tout à donner aux bénéficiaires la possibilité d’acheter eux-mêmes les produits dont ils ont besoin, plutôt que de recevoir uniquement des distributions alimentaires.

Le portefeuille numérique Zinli prend naissance au Panama en 2020. Il permet aux utilisateurs d’obtenir une carte Visa prépayée, virtuelle ou physique, afin d’envoyer, de recevoir ou de demander de l’argent en dollars américains.

Présente dans plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes, la plateforme compte aujourd’hui plusieurs milliers d’utilisateurs et s’inscrit dans l’écosystème des fintechs, ces entreprises qui utilisent la technologie pour offrir des services financiers numériques, souvent via internet ou des applications mobiles.

Parmi les fintechs les plus connues à l’échelle internationale figurent notamment PayPal ou l’application mobile Cash App.

Le portefeuille numérique Zinli prend naissance au Panama en 2020. Il permet aux utilisateurs d’obtenir une carte Visa prépayée, virtuelle ou physique, afin d’envoyer, de recevoir ou de demander de l’argent en dollars américains.

L’utilisation de ce type de service en Haïti pose plusieurs questions, notamment en matière de régulation financière et de protection des données.

Roosevelt Florestal, ingénieur en informatique et fondateur de la startup technologique Govibe, estime que la distribution de ces cartes pourrait soutenir les populations en difficulté.

Le verso de la carte prépayée internationale « Zinli », le 15 mars 2026. Photo : AyiboPost

Mais, prévient-il, l’initiative se déploie encore dans un cadre réglementaire peu structuré : « La distribution se fait dans un certain désordre. »

Selon lui, l’absence de contrôle institutionnel peut soulever des enjeux liés à la sécurité des données personnelles, au contrôle des flux financiers numériques et à la supervision des entreprises opérant dans ce domaine.

« L’entreprise peut être autorisée dans son pays d’origine. Mais si l’État haïtien n’exerce aucun contrôle sur une compagnie qui opère sur son territoire, cela peut représenter un risque, que ce soit pour la protection des données personnelles ou pour la surveillance des activités financières », explique-t-il.

Le spécialiste souligne également qu’il existe une incertitude sur l’avenir des cartes après la fin du programme.

« Rien ne garantit que les utilisateurs ne pourront pas réactiver ces cartes et les utiliser pour effectuer d’autres transactions une fois le programme terminé », s’interroge-t-il.

Dans un communiqué publié en juillet 2025, la BRH a rappelé que les activités de transfert d’argent et de paiement électronique sont soumises à une autorisation préalable de la banque centrale.

« L’entreprise peut être autorisée dans son pays d’origine. Mais si l’État haïtien n’exerce aucun contrôle sur une compagnie qui opère sur son territoire, cela peut représenter un risque, que ce soit pour la protection des données personnelles ou pour la surveillance des activités financières », explique Roosevelt Florestal.

Ces activités sont encadrées par le décret du 6 juillet 1989, modifié par celui du 16 juin 2020 sur les maisons de transfert, ainsi que par les dispositions de la circulaire 121 relative aux services de paiement électronique.

La banque centrale précise que toute publicité ou offre de services de transfert d’argent ou de paiement électronique par une entité non autorisée est illégale.

Parmi les fournisseurs de services de paiement électronique officiellement autorisés en Haïti figurent notamment HaitiPay S.A., Natcom avec NATCASH, Sogebank avec MAGO, Unigestion Holding S.A. avec MONCASH, Kiskeya Technologies Group S.A. avec KashPaw.

Selon Wilfred Nkwambi, la prochaine distribution d’aide via la carte est prévue en mars, tandis que la dernière distribution devrait avoir lieu en avril 2026, marquant la fin de ce programme.

Par : Lucnise Duquereste

Couverture | La carte prépayée internationale « Zinli » d’un bénéficiaire, le 15 mars 2026. Photo : AyiboPost

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Journaliste à AyiboPost depuis mars 2023, Duquereste est étudiante finissante en communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH).

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