ART & LITERATUREEN UNE

Petit éloge de la relecture

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¾.

Vous lisez à présent cet article. Plus tard, vous en lirez un autre. Et puis, encore un autre… Il y a tant à lire! Vous lisez alors souvent. Très souvent. Enfin, tout le temps. Si bien que, ce faisant, vous ne vous en rendez même pas compte. Pourtant, vous ne cessez pas de lire. Des textes, des images… tout. Et l’expression classique « dévorer les livres » le traduit bien. Ces derniers temps, en fait, vous ne « dévorez » pas que du papier. Vous pouvez tout aussi bien avoir sous la dent le dernier gagnant d’un prestigieux prix littéraire qu’un post tenace qui, comme celui-ci, a traîné plusieurs heures sur votre « mur ».

C’est dire combien vous êtes sollicité à la lecture; et ce ne sont pas les SMS de votre partenaire qui y changeront quelque chose. Sur les rayons de votre petite bibliothèque, les textes, en général, ne brillent que le temps ­d’une rose. Et c’est pareil chez Compère Internet. Pendant un certain temps, tels écrits vous parlent; puis, tout à coup, se taisent. Ils naissent, fleurissent. Ensuite, ils disparaissent. Pour laisser la place à d’autres qui, à leur tour, feront de même. C’est la fameuse « destruction créatrice »! Tous les produits y passent. Et cet article n’y échappera pas.

Bien entendu, il y a lire et lire. Selon son utilité, son genre, ses qualités, la durée de vie d’un texte peut bien varier. Il existe des livres-fast-food, des textes à avaler tout chaud, comme du mauvais café. Et d’autres, bons tout juste à mâcher, tel un chewing-gum. Mais vous connaissez sans doute aussi des livres plus intemporels, plus pénétrants. Certains arrivent à nous plaire. Quelques autres nous touchent, nous serrent la main. Nous étreignent. Nous bousculent. Nous obsèdent. Ou nous traumatisent. Mais nous parlent. Et n’arrêtent pas de nous parler.

À chaque relecture, c’est la découverte d’un nouveau-monde, miné d’ombres et de lumières. Tout étonné, vous réalisez combien de livres peut contenir un seul. Vous relisez. Vous relisez. À chaque occasion, vous vous donnez un nouveau rendez-vous pour encore relire. Et comme dans toute « belle amour humaine », la conversation avec l’auteur et ses personnages n’en finit pas… Vous cessez à ce moment d’être le touriste qui papillonne à tout vent: à travers l’œuvre, vous vous êtes fait un nouvel ami.

Mais quels sont les textes à relire? S’agit-il de classiques? De versets d’évangiles? D’articles? De quelques passages dans Le Petit Albert? De l’intégralité de la Constitution? De romans? Du code de la route? De proverbes?… À vous de décider. Moi, cette semaine, mon seul grand goût, c’est de ressusciter Marquez. Vous, plutôt, avez sans doute d’autres sensibilités. Libre à vous. Après tout, nous ne sommes pas obligés de tout « partager ».

 

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Carl-Henry Cadet

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